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Sujet Histoire Date 28-05-2007
Titre Manichéens et les mots en « isme » Section Société
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Sommaire

1. Manichéens et les mots en « isme »
1.1 Platonisme
1.2 Le docétisme
1.3 Le donatisme
1.4 Manichéens
1.5 L’origénisme
2. Bibliographie
3. Textes et Encartés
3.1 Table des matières des sujets


Avant-propos


Eric - Infologisme.com


1. Manichéens et les mots en « isme »
1.1 Platonisme Début de page

La philosophie de Platon (428-348 ou 347 av. J-C) repose sur la théorie des Idées ou doctrine des Formes.

C’est Euclide le socratique (450-380 av. J-C), disciple de Parménide (lui-même disciple de Xénophane, fondateur de l’école d’Elée, qui développa un panthéisme idéaliste) et de Socrate, qui est à l’origine de cette théorie des « Idées » développée par Platon.

La théorie des Idées divise l’Univers en deux mondes : le « monde intelligible » formé d’Idées ou Formes parfaites, éternelles et invisibles, et le « monde sensible » formé d’objets concrets et familiers.

Pour Platon, les arbres, les pierres, les corps humains et tous les objets connus par les sens sont de vagues copies irréelles et imparfaites des Idées. Les croyances résultant de l’expérience de tels objets sont donc vagues et trompeuses, alors que les principes de la mathématique et de la philosophie, découverts par la méditation sur les Idées, constituent la seule connaissance digne de ce nom.

Le genre humain est emprisonné dans une caverne et prend à tort les ombres projetées sur le mur pour la réalité. Le philosophe est celui qui pénètre le monde à l’extérieur de la caverne, parvenant à une vision de la vraie réalité (c’est-à-dire du monde des Idées), et retourne dans la caverne pour délivrer ses congénères.

Le Logos, loi de l’être dans la philosophie d’Héraclite, est Dieu, source des Idées, chez Platon (chez les stoïciens, le logos est sort, raison ; chez les néo-platoniciens, c’est un des aspects de la divinité.) (Voir Précepte de la morale des stoïciens )

La théorie spiritualiste des Idées de Platon et sa conception rationaliste de la connaissance sont au fondement de son idéalisme moral et politique. La conception du bien absolu de Platon, forme suprême englobant toutes les autres, a été une source importante des doctrines religieuses, panthéistes et mystiques, de la culture occidentale.

Xénocrate (v. 400 - 314 av. J-C), disciple de Platon, dirigea l’Académie (339) et s’efforça de concilier le platonisme avec la pensée de Pythagore.

1.2 Le docétisme Début de page

Les docètes (en grec dokêtai, du verbe dokein : « paraître » « sembler ») ont représenté une tendance hérétique dans le christianisme dès le Ier siècle : le Christ, au cours de sa vie terrestre, n’avait pas un corps réel mais seulement un corps apparent, comme celui d’un fantôme.

Bien qu’on trouve dans le Nouveau Testament (Ire Épître de Jean, IV, 2) des allusions à ses premières manifestations, le docétisme reçut une élaboration plus ample au IIe siècle, du fait que les gnostiques, qui enseignaient que la matière est mauvaise, en firent un point important de leur doctrine. (Voir Gnosticisme - Évangile de Judas )

Le terme « docétisme » se rencontre pour la première fois au IIe siècle dans un écrit de Sérapion, évêque d’Antioche. On ignore si ce nom désignait une secte, comme le prétendaient Clément d’Alexandrie et Théodoret, ou simplement une opinion très répandue, surtout parmi les gnostiques, ainsi que l’affirmaient Epiphane et Philastre.

Certains adeptes niaient la nature humaine du Christ, alors que d’autres admettaient son incarnation mais non ses souffrances, prétendant qu’il a persuadé l’un de ses disciples (Judas ou Simon) de prendre sa place sur la croix ; d’autres encore lui attribuaient un corps céleste et éthéré incapable de connaître les souffrances humaines.

Cette négation de la réalité humaine du Christ dérivait des présupposés du dualisme (Voir Manichéens ), une doctrine philosophique qui envisageait la matière comme un simple support, une substance inférieure à l’esprit. S’inspirant de cette doctrine, les docétistes affirmaient que Dieu ne pouvait être associé à la matière. Ils refusaient par là l’interprétation littérale de l’Évangile selon saint Jean (1,14) où il est dit que la Parole se fit chair.

Des docètes radicaux soutenaient que le Christ naquit sans aucune participation à la matière et que toutes les actions et les souffrances de sa vie, y compris la crucifixion, ne furent que des apparences.

Ils niaient la Résurrection et l’Ascension.

Le docétisme rencontra une forte opposition chez les premiers écrivains chrétiens, à commencer par Ignace d’Antioche (+ vers 100-117) et Irénée (+ vers 208).

Le concile de Nicée proclama en 325 :

« Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non créé, d’une même substance que le Père, et par qui tout a été fait ; qui, pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux et s’est incarné par le Saint-Esprit dans la Vierge Marie et a été fait homme. »

Dans son traité Sur l’incarnation du Verbe (Logos), saint Athanase (+ 373) enseigne qu’il n’y a pas en Jésus-Christ deux natures, mais la seule nature divine incarnée, que la nature humaine n’a été qu’un instrument pour le Logos :

« Notre transgression provoqua la philanthropie du Verbe, de telle sorte que le Seigneur vint jusqu’à nous et apparut parmi les hommes. Car nous sommes devenus la cause de son entrée dans un corps. C’est pour notre salut qu’il a été pris d’amour jusqu’à se rendre humain et paraître dans un corps. »

« Les gnostiques docétiques supprimaient l’humanité du Christ. » (Strauss)

1.3 Le donatisme Début de page

Le donatisme, mouvement chrétien hérétique des IVe et Ve siècles, estimait que la valeur des sacrements dépendait du caractère moral du ministre et jugea l’Église trop laxiste envers les lapsi (déchus), c’est-à-dire les chrétiens qui, trop faibles devant les persécutions, avaient abjuré le christianisme et qui demandaient à rentrer dans la communion des fidèles.

La secte des donatistes prétendait que le caractère du ministre avait une influence absolue sur la validité des sacrements, et que ceux qui étaient reçus de la main d’une personne ordonnée sans en être digne étaient nuls et sans valeur, quelles que fussent, d’ailleurs, la disposition spirituelle de celui qui les recevait et la régularité du mode d’administration. Il fallait donc rebaptiser les catholiques et consacrer de nouveau les édifices sacrés. On reprocha aux donatistes d’être exclusifs et fanatiques et de mettre les catholiques au même rang que les juifs ou les idolâtres.

Les ariens tentèrent vainement de fusionner avec les donatistes.

L’hérésie donatiste apparut en 311 à la suite de la consécration de l’évêque de Carthage, Cécilien.

Cécilien n’attendit pas l’arrivée des évêques de Numidie pour se faire consacrer, bien que cette fonction revînt à leur doyen. Ces évêques, au nombre de soixante-dix, déclarèrent son ordination nulle parce que parmi ses consécrateurs se trouvait Félix d’Aptonge qu’on accusait d’être un traditor, un apostat (c’est-à-dire d’avoir livré les Écritures aux persécuteurs) et, à sa place, élurent Majorin. Cependant, dès la publication de l’édit de Milan (313), Cécilien fut reconnu comme l’évêque catholique de Carthage par l’administration impériale. Majorin mourut peu après et fut remplacé par Donat le Grand (Donatus Magnus), théologien et évêque de Cellae Nigrae en Numidie, qui organisa la dissidence ; le mouvement lui emprunta son nom.

En 313, le concile de Rome condamna les donatistes et Donat fut excommunié par le pape Miltiade.

La même année, en octobre, un synode d’évêques gaulois, réclamé par les donatistes pour trancher le différend entre les deux évêques concurrents, condamna également le parti de Donat.

En appel au Concile d’Arles de 314, la sentence fut identique.

Lors d’un ultime recours auprès de la juridiction impériale en 316, la justice prouva que l’accusation de traditio portée contre Félix d’Aptonge n’était qu’une diffamation, reposant sur des faux de fabrication donatiste, et qu’en revanche d’authentiques traditeurs se trouvaient parmi les consécrateurs de Majorin. Ainsi s’écroulait le fondement même de la querelle faite à Cécilien.

Constantin punit sévèrement les donatistes en ordonnant la confiscation de leurs basiliques et l’exil des meneurs. Cependant, devant les désordres qui en résultèrent, la pleine liberté religieuse fut rétablie en 321.

« Quoi de commun entre l’empereur et l’Église ? » s’écria Donat, en 347, lorsque les légats de Constant Ier, fils cadet de Constantin, arrivèrent en Afrique pour y rétablir l’unité religieuse.

C’est alors que le donatisme élargit encore son audience populaire par une alliance explicite avec le mouvement d’ouvriers agricoles indigènes qui luttait, d’une façon violente et organisée, contre les abus des propriétaires fonciers. Ce mouvement, organisé dans les montagnes, s’abandonna aux excès les plus sauvages.

Les rebelles parcouraient le pays, pillant, brûlant, massacrant, aspirant au martyre comme à une jouissance suprême et à un don précieux. Ces fanatiques, désignés sous le nom de Circumcelliones ou Scotapites, suppléaient quelquefois au martyre légitime par le suicide, et souvent même forçaient les voyageurs qu’ils rencontraient par les chemins de leur donner la mort. Ils prétendaient avoir mission de réparer les injustices et de rétablir l’égalité parmi les hommes. Ils mettaient les esclaves en liberté.

Traqués, massacrés par les troupes impériales, ils recevaient la mort avec la joie des martyrs ou se précipitaient eux-mêmes du haut des rochers.

L’empereur Constant Ier envoya Donat en exil où il mourut en 355.

En 361, Julien l’Apostat rétablit les dissidents dans tous leurs droits.

Parménien, successeur de Donat à l’évêché de Carthage, écrivit l’apologie de la secte.

Dès 366-367, l’évêque Optat de Milève entreprit la première réfutation théologique sérieuse du schisme.

Saint Augustin mena le combat décisif sur le plan théologique : le synode d’Hippone qu’il présidait en 393, condamna les donatistes. L’évêque de Carthage refit l’unité de l’épiscopat catholique en présidant dix-huit synodes entre 393 et 410. Il tenta d’abord de convaincre les hérétiques, mais il dut finalement faire appel à la police impériale pour réduire le schisme.

C’est sous l’égide impériale que se tint, du 1er au 26 juin 411, la conférence de Carthage qui réunissait, en un débat public, 279 évêques donatistes et 286 évêques catholiques dont Augustin était le porte-parole. Les catholiques l’ayant emporté, Honorius promulgua de nouvelles lois antidonatistes : leurs églises et propriétés furent transférées aux catholiques, leurs clercs exilés et leurs fidèles condamnés à l’amende.

En 415, une loi punit de mort ceux qui s’assemblaient en réunions.

Sous la domination arienne des Vandales conquérants, les donatistes et les catholiques furent persécutés.

A l’époque byzantine, Justinien prit encore des mesures contre les donatistes.

Le donatisme survécut jusqu’aux conquêtes musulmanes.

« Les premiers des chrétiens qui ont pris séditieusement les armes avec une ardeur furieuse, sous prétexte de persécution, ont été les donatistes. » (Voltaire)

1.4 Manichéens Début de page

Fondé au IIIe siècle par le Perse Mani (ou Manès), le manichéisme est l’une des formes tardives et syncrétistes du gnosticisme (Voir Gnosticisme - Évangile de Judas ). Mani voulut unir le christianisme (sous sa forme gnostique) au mazdéisme (Voir Mythologie romaine ), au bouddhisme et à la philosophie grecque.

La doctrine fondamentale du manichéisme est sa division dualiste de l’Univers, divisé en royaumes du Bien et du Mal : le royaume de Lumière (esprit) où règne Dieu, et le royaume des Ténèbres (matière) où règne Satan. A l’origine, les deux royaumes étaient complètement séparés, mais à la suite d’une catastrophe, le royaume des Ténèbres envahit le royaume de Lumière ; ils se mélangèrent et entamèrent une lutte perpétuelle.

La race humaine est à la fois résultat et microcosme de ce conflit. Le corps humain est matériel, donc mauvais ; mais l’âme humaine est spirituelle, morceau de la Lumière divine, et doit être rachetée de son emprisonnement dans le corps et le monde. « Le bien et le mal habitent dans chaque homme. » (Mani, Kephalaia, I)

Le chemin de la Rédemption passe par la connaissance du royaume de Lumière, communiquée par les prophètes, Zarathushtra (zoroastrisme ou mazdéisme), Bouddha, Jésus et Mani (le dernier). Grâce à cette connaissance, l’âme humaine peut vaincre les désirs matériels qui l’emprisonnent et atteindre le royaume divin.

Les manichéens se divisaient en 2 classes, selon leur degré de perfection spirituelle.

Les premiers, qu’on nommait élus, pratiquaient un célibat et un végétarisme rigoureux, ne travaillaient pas et prêchaient. Tout achat, toute richesse, toute possession, la moindre occupation mondaine étaient condamnés. Outre cinq commandements particuliers, la règle des Trois Sceaux était imposée à l’élu dans toute sa rigueur : il devait sans défaillance ni exception se conformer au « sceau de la bouche », c’est-à-dire s’abstenir de la nourriture carnée, du sang, du vin, de toute boisson fermentée, comme de toute parole blasphématoire ; obéir au « sceau de la main », c’est-à-dire ne commettre aucune action capable de léser en quoi que ce soit la Croix de Lumière ; observer le « sceau du sein », c’est-à-dire garder la continence la plus sévère, éviter tout contact ou tout commerce charnel, s’interdire de procréer. Les élus étaient assurés d’entrer au royaume de Lumière après leur mort.

L’autre classe était constituée des auditeurs, beaucoup plus nombreux et d’un niveau spirituel inférieur. Ils devaient se conformer à un « décalogue » : ne pas se livrer à l’idolâtrie ou à la magie, ne pas mentir, ne pas se montrer avare, ne pas tuer, ne pas commettre d’adultère, ne pas faire preuve de duplicité ni de mollesse, ne pas négliger les exercices de piété. Ils étaient libres de posséder, de bâtir, de semer, de récolter, d’être agriculteurs, artisans ou commerçants, de manger de la viande et de boire du vin, de se marier ou de vivre avec une concubine, d’avoir des enfants (bien que la procréation fût déconseillée). Ils observaient des jeûnes hebdomadaires et servaient les élus. Ils ne pouvaient qu’espérer renaître dans le corps d’un élu.

La distinction entre les élus et les auditeurs revient à celles qu’établissaient les gnostiques entre « pneumatiques » et « psychiques », les cathares médiévaux entre « perfecti » et « credentes », ou plus spécialement, les valentiniens et les naassènes entre « l’Église élue » et « l’Église appelée ».

A la fin des temps, tous les morceaux de Lumière divine devraient être rachetés, le Monde matériel détruit et Lumière et Ténèbres à nouveau séparées pour l’éternité.
Le manichéisme doit son nom à son fondateur Mani (ou Manès ou Manikhaios ou Manichaeus, c’est-à-dire, en syriaque, Mani hayya, « Mani le Vivant »), appelé parfois Cubricus, né le 14 avril 216 en Babylonie.

Patik, le père de Mani, s’était joint à un groupe de sectaires appelés baptistaï (« baptiseurs » ou « baptistes ») par les documents grecs et coptes, al-mughtasilah (« ceux qui se lavent ») par les auteurs arabes, menaqqede (« ceux qui purifient » ou « sont purifiés ») et hall heware (« vêtements blancs ») dans la tradition syriaque, et identiques, non pas aux mandéens, mais aux elkhasaïtes, adeptes de la doctrine répandue dans le « pays des Parthes », vers l’année 100, par le prophète Alkhasaï. Ces judéo-chrétiens combinaient avec des traditions et des observances juives certaines théories d’allure plus ou moins « gnostique », mais se réclamaient de l’autorité et des « commandements » de Jésus. C’est au sein de cette communauté que Mani vécut jusqu’en 240.

Le 23 avril 240, Mani aurait reçu de l’ange al-Tawm (« le Compagnon », « le Jumeau ») l’ordre de proclamer tout haut sa doctrine. Mani, en qui l’Esprit saint et la Science totale étaient censés s’être alors incarnés, annonça qu’il était l’Apôtre de la Lumière envoyé par Dieu, l’Illuminateur parfait, le Paraclet, le Révélateur suprême et le « Sceau des prophètes » en tant que dernier maillon d’une chaîne de Messagers célestes dont Zoroastre (ou Zarathushtra), Bouddha et Jésus sont les principaux. Il enseigna que les révélations de ces « Apôtres » qui l’ont précédé, étaient contenues et accomplies dans sa doctrine. Il ne tarda pas à être exclu de la communauté et à se séparer d’elle définitivement. Il la quitta, accompagné de son père et de 2 partisans. Mani parcourut l’Empire iranien en tous sens, prêchant « la Bonne Nouvelle » et organisa l’envoi de missions à l’étranger :

« Mon espérance ira vers l’Occident et elle ira aussi vers l’Orient, et l’on entendra la voix de son message dans toutes les langues, et on l’annoncera dans toutes les villes. Mon Église est, sur ce point, supérieure aux Églises qui l’ont précédée. Car ces Églises étaient « élues » en des pays particuliers et dans des villes particulières. Mon Église, elle, se répandra dans toutes villes, mon Évangile touchera chaque pays. »

Mani eut un grand nombre de partisans dont le roi de Perse Shahpur (ou Sapor) Ier (241-272). Mais le mage Kirdir, simple prêtre sous Shahpur, devint le chef suprême du zoroastrisme érigé en religion d’État, avec l’appui de Bahram II (276-293). Kirdir combattit les égarés de la « religion mazdéenne » (maguséens et zervanites) ; il persécuta les juifs, les chrétiens, les bouddhistes, les brahmanes et les manichéens. Ces derniers représentaient un danger sérieux pour le mazdéisme, car le manichéisme était une religion fortement structurée, avec un corps de doctrines que son fondateur avait tôt mises par écrit, et redoutable par son expansion prodigieuse et par sa prétention à l’universalité. Les manichéens opposaient le « vrai » Mithra au « faux Mithra » chevauchant le taureau. (Voir Mythologie romaine )

Sur l’instigation de Kirdir, Mani comparut devant le Roi des rois en personne. Accusé de crime de lèse-religion, il fut condamné et traîné en prison. Epuisé après 26 jours d’épreuve, Mani succomba le lundi 26 février 277, à la 11ème heure. Son corps fut décapité et sa tête exposée à l’une des portes de la ville. Le reste du corps aurait été mutilé et jeté à la voirie, non sans que les fidèles aient pu en recueillir quelques parties, conservées comme reliques. Selon des versions plus corsées, le cadavre aurait été coupé en deux, ou bien Mani aurait été écorché vif avec des pointes de roseau. La peau, gonflée d’air, de paille ou par d’autres moyens, se serait longtemps balancée au vent, pendue à une porte de Belapat ou ailleurs...

Dans le siècle qui suivit la mort de Mani, le manichéisme se répandit à l’Est jusqu’en Chine et, à l’Ouest, dans tout l’empire romain [Rome fut atteinte sous le pontificat de saint Miltiade (311-314)] jusqu’en Afrique du Nord et en Espagne où il se manifesta au VIe siècle.

En 297, l’empereur Dioclétien adressa d’Alexandrie au proconsul d’Afrique, Julianus, un édit stigmatisant la pernicieuse et monstrueuse nouveauté introduite par la nation perse dans l’Empire romain. L’édit condamnait à la mort et à la confiscation de leurs biens les chefs de la secte manichéenne. Le manichéisme ne succomba pas sous ce coup : nombre de chrétiens égyptiens ne pouvaient être que sensibles à une doctrine qui présentait tant d’affinités avec la gnose et avec l’encratisme.

Augustin d’Hippone fut « auditeur » de la secte pendant 9 ans environ (de 373 à 382). Il a imaginé le dialogue suivant entre un manichéen (Fauste) et lui-même :

« Augustin : - Croyez-vous qu’il y ait deux dieux ou qu’il n’y en ait qu’un seul ? Fauste : - Il n’y en a absolument qu’un seul. Augustin : - D’où vient donc que vous assurez qu’il y en a deux ? Fauste : - Jamais, quand nous proposons notre créance, on ne nous a ouïs seulement parler de deux dieux. Mais dites-moi, je vous prie, sur quoi vous fondez vos soupçons. Augustin : - C’est sur ce que vous enseignez qu’il y a deux principes, l’un des biens, l’autre des maux. Fauste : - Il est vrai que nous connaissons deux principes ; mais il n’y en a qu’un que nous appelions Dieu ; nous nommons l’autre hylé (la matière), ou, comme on parle communément, le démon. Or, si vous prétendez que c’est là établir deux dieux, vous prétendez aussi qu’un médecin qui traite de la santé et de la maladie établit ainsi deux santés, ou qu’un philosophe qui discourt du bien et du mal, de l’abondance et de la pauvreté, soutient qu’il y a deux biens et deux abondances. »

Le marcionisme et l’encratisme se fondirent probablement dans le manichéisme.

Dès le IIIe siècle, l’hérésie chrétienne novatienne fut qualifiée de « cathare » (du grec kataros « pur ») parce qu’elle excommuniait tous les chrétiens apostats ou simplement fautifs, même repentis.

Épiphane signala sous le nom d’apostoliques ou apotactiques une secte manichéenne du IVe et du Ve siècle qui professait le refus du mariage, la continence et le détachement des biens matériels.

Le pape saint Sirice (384-398) combattit les hérésies des novatiens, des donatistes, des priscillianistes et des manichéens en général.

1.5 L’origénisme Début de page

Origène (en grec Ôrigenês), également surnommé Adamantius « homme de fer », naquit à Alexandrie vers 185. Il reçut une éducation chrétienne et la légende rapporte qu’il dut être freiné dans son élan de subir le martyre à la mort de son père, Léonidas, décapité en 202, lors de persécutions de Septime Sévère.

Selon les récits ecclésiastiques traditionnels, il étudia sous l’égide de Clément d’Alexandrie. Professeur de grammaire, il enseigna dans cette ville pendant 28 ans, instruisant chrétiens et païens, y élabora ses principaux traités dogmatiques et se lança dans l’écriture de nombreux ouvrages critiques.

Un jour, la tête rasée comme un prêtre de Sérapis, il se plaça sur les degrés du temple pour distribuer des branches de palmier aux personnes qui entraient : « Venez, disait-il aux païens, recevez ces palmes, non comme celles de votre idole, mais comme celles de Jésus-Christ. » Il fut incarcéré et maltraité à plusieurs reprises, sans que rien ne pût ralentir son zèle.

Origène fit un voyage à Rome sous le pontificat du pape Zéphyrin (+ 218).

Dans l’école d’Origène, on enseignait l’arithmétique, la géométrie, les autres sciences connues depuis sous la dénomination collective d’arts libéraux. A ces études succédait l’enseignement de la philosophie, qui les résumait. Origène avait donné à cet enseignement un caractère éclectique qui le faisait paraître impartial.

Selon Eusèbe de Césarée, son ascétisme (il vivait comme un anachorète) et sa chasteté furent si intransigeants qu’il finit par se castrer pour échapper à toute tentation (il condamnera plus tard cet acte inconsidéré).

Son enseignement et ses méthodes d’exégèse ayant été fortement controversées à Alexandrie, Origène se fixa à Césarée (232) où il reconstitua l’Ecole d’Alexandrie. Théoctiste, évêque de Césarée, l’ordonna prêtre, ce qui suscita une violente réaction de l’évêque d’Alexandrie, Démétrios, qui dénonça à la fois les hérésies d’Origène et l’irrégularité de l’ordination d’un castrat. L’affaire eut un retentissement immense ; Démétrios réunit un concile à Alexandrie qui excommunia Origène.

La persécution de Maximin fit descendre Origène de sa chaire. Il alla alors se cacher chez une veuve de Cappadoce et y vécut deux ans, jusqu’à la mort violente de l’empereur.

En 250, la persécution de Decius surprit Origène au moment où la protection ouverte de l’empereur Philippe l’Arabe semblait avoir émancipé le christianisme d’une manière définitive. Origène fut incarcéré, mis au carcan, torturé, menacé d’être brûlé vif. L’avènement de Gallus l’arracha à la mort. Libéré en 251, mais affaibli par ses blessures, il mourut vers 254, probablement à Tyr.

Origène a consacré l’essentiel de son activité à l’exégèse biblique :

- dès 213, ses Hexaples présentent six versions de l’Ancien Testament (texte hébreu, transcription et traductions grecques). (Voir Bible, Écrits canoniques et apocryphes )

- Il ne reste presque rien des scholies, des très nombreux commentaires et des sermons qu’il avait rédigés pour chaque livre de la Bible : Origène interprète l’Écriture selon trois sens (littéral, moral et spirituel) qui correspondent, chez l’homme, au corps, à l’âme et à l’esprit.

- Contre Celse (platonicien qui vécut à Rome sous les Antonins et fut célèbre par ses attaques contre le christianisme) est un traité d’apologétique.

- Sur les principes (v. 231) est une tentative hardie d’explication cohérente du dogme chrétien : Origène y établit l’infériorité du Verbe vis-à-vis du Père, la préexistence de l’âme et son libre arbitre, son salut dans la réintégration universelle et, simultanément, sa purification au terme d’épreuves successives. L’action du Père s’étend à tous les êtres, celle du Fils aux seuls êtres raisonnables, celle de l’Esprit se borne aux saints, c’est-à-dire à l’Église. Origène fait de l’« apocatastase » la certitude du salut universel : tous, même les démons, seront restaurés dans leur plénitude originelle après s’être purifiés dans les « éons » infernaux et avoir compris que seul Dieu, et non le mal, peut rassasier leur soif d’infini.

Le pape saint Anastase Ier (399-401) condamna les doctrines d’Origène.

Devant l’agitation causée chez les moines de Palestine par les controverses origénistes, Justinien publia un édit condamnant comme hérétiques neuf propositions tirées des principes d’Origène (542-543).

Le concile de Constantinople II (553) et les papes Vigile (537-555) et Pélage (555-560) condamnèrent les doctrines origénistes et les noms d’Origène et d’Evagre le Pontique furent anathématisés : « Si quelqu’un dit que les Vertus célestes, tous les hommes, le diable, les Puissances du mal seront unis pareillement au Dieu Verbe et de la même manière que Christ, qu’il soit anathème. » (Concile de Constantinople II)

Le concile condamna également chez Didyme l’Aveugle, certaines doctrines origénistes qu’il professait : préexistence des âmes et « restauration » finale de tous les êtres, y compris les anges déchus et les pécheurs, dans leur condition originelle de purs esprits.

Parce qu’il ouvre la porte à une conception de la métempsycose et du temps cyclique contraire au dogme, l’origénisme a été assumé comme spiritualité. Tendue vers la Parousie, l’Église prie pour tous les morts, il ne peut y avoir d’enfer définitif avant le Jugement dernier (c’était déjà la conception des Pères subapostoliques : saint Irénée de Lyon et saint Hippolyte).

Cette métaphysique suscita l’adhésion de nombreux penseurs chrétiens contemporains d’Origène, puis celle d’Evagre le Pontique (346-399), qui systématisa sa pensée.

Les théories développées à partir de ses doctrines firent l’objet d’une controverse qui traversa tout le Moyen Age.
Origène combattit les doctrines marcionites (Voir Gnosticisme - Évangile de Judas ) et montanistes. (Voir le montanisme).

Origène accomplit la synthèse la plus originale du platonisme (Voir « Platonisme ») et de la pensée chrétienne. Il déclarait à son disciple : « En toi se trouvent tous les dieux de l’Olympe. »

Origène conseillait aux chrétiens de porter sur un anneau l’image d’une colombe, d’une ancre ou d’un poisson.

La symbolique du Poisson se retrouve constamment dans l’Ére chrétienne. Les premiers chrétiens, au temps où ils étaient pourchassés par l’autorité romaine, avaient adopté le poisson comme signe de reconnaissance. En grec, poisson se dit « ichthus » dont chacune des lettres est l’initiale de « Iesu Kristos Theou Uios Sôter » (Jésus Christ, fils de Dieu, sauveur). Trois poissons formant une boucle sans fin ou un poisson n’ayant qu’une seule tête pour trois corps, symbolisaient la Trinité. La mitre, que le pape et les évêques portent sur la tête lors des cérémonies religieuses, a la forme d’une tête de poisson (3 000 ans avant l’ère chrétienne, les prêtres sumériens d’En-Ki étaient coiffés de la mitre du dieu-poisson de la médecine et de la magie).

Le Nouveau Testament n’indique pas combien de mages suivirent l’Étoile. Le chiffre symbolique de 3 (à cause des 3 offrandes et du triple aspect de la personne de Jésus à la fois roi, prêtre et prophète), a d’abord été fixé par Origène, puis adopté vers 450 par saint Léon le Grand.

« Il faut avoir l’audace de dire que de toutes les Écritures les évangiles sont les prémices. Et parmi eux, les prémices sont l’évangile de Jean, dont nul ne peut saisir le sens s’il n’a reposé sur la poitrine de Jésus et n’a reçu de Jésus Marie comme mère. Pour devenir un autre Jean, il faut s’entendre appelé par Jésus comme étant Jésus Lui-même : « Voici ton fils. »

« Sache que sans exercice et sans connaissance, personne n’accueille la parole prophétique. Par conséquent, tu ne te rends pas chaque jour près du puits, si tu ne puises pas des eaux chaque jour près du puits, non seulement tu ne pourras donner à boire aux autres, mais tu endureras toi aussi la soif de la parole de Dieu selon le prophète Amos 8. 11. » (Origène)

« Après les apôtres, je regarde Origène comme le grand maître des Églises ; l’ignorance seule pourrait nier cette vérité. Je me chargerais volontiers des calomnies qui ont été dirigées contre son nom, pourvu qu’à ce prix je pusse avoir sa science profonde des Écritures. » (Saint Jérôme)

2. Bibliographie Début de page





3. Textes et Éncartés

3.1 Table des matières des sujets Début de page

Arthur et le saint Graal
Bible, Écrits canoniques et apocryphes
Gnosticisme - Évangile de Judas
Jésus de Nazareth dit Jésus Christ
Les anges et les démons judéo-chrétien et islamique
Les conciles œcuméniques
Les papes dans l’Histoire
Manuscrits de Nag Hammadi et d’autres Bibliothèques
Marie de Magdala dit Marie-Madeleine
Mythologie romaine

Référence publication :
Compil Histoire

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Auteur
Jean-Paul Decoeurtyte Début de page
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