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Sujet Origine Date 28-05-2007
Titre Gnosticisme - Évangile de Judas Section Société
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Sommaire

1. Gnosticisme - Évangile de Judas
1.1 Le gnosticisme
1.2 Simon le magicien
1.3 Valentin
1.4 Évangile de Judas
1.5 Épiphane
1.6 Le Nouveau Testament
2. Bibliographie
3. Textes et Encartés
3.1 Table des matières des sujets


Avant-propos


Eric - Infologisme.com


1. Gnosticisme - Évangile de Judas
1.1 Le gnosticisme Début de page

Ce mouvement religieux ésotérique, peut-être influencé par l’hermétisme hellénistique, se développa au cours des IIe et IIIe siècles apr. J-C et constitua un défi majeur pour le christianisme orthodoxe.

A ses adeptes, le gnosticisme, du grec gnosis (connaissance révélée), promettait une connaissance secrète du royaume divin. Des étincelles ou graines de l’Etre divin (éons) tombaient de ce royaume transcendant dans l’univers matériel, qui est tout entier la proie du mal, et étaient emprisonnées dans les corps humains. Réveillé par la connaissance, l’élément divin de l’humanité peut retourner vers ce qui est sa place normale, le royaume céleste transcendant.

La mythologie gnostique pourrait tirer son origine de spéculations de sectes juives basées en Syrie et en Palestine à la fin du Ier siècle apr. J-C, qui auraient elles-mêmes été influencées par des religions dualistes perses, notamment le mazdéisme. (Voir Mythologie romaine )

Les gnostiques expliquaient l’origine de l’univers matériel par la chute de l’esprit dans la matière. A partir du Dieu originel inconnaissable, une série de divinités inférieures fut générée par émanation. La dernière de ces divinités, Sophia (Sagesse), conçut le désir de connaître l’Etre suprême inconnaissable. Ce désir illégitime donna le jour à un dieu mauvais et difforme, le démiurge, qui créa l’univers. Les étincelles divines qui habitent l’humanité tombèrent dans cet univers. Le Dieu suprême envoya un émissaire révéler aux parcelles divines leur vraie nature et les aider à retrouver leur unité perdue pour qu’elles pussent s’extraire du monde corrupteur.

Les gnostiques assimilaient le dieu du Mal au Dieu de l’Ancien Testament qu’ils interprétaient comme le récit des efforts de ce dieu pour maintenir l’humanité dans l’ignorance et le monde matériel et pour punir leurs tentatives d’appropriation de la connaissance. C’est ainsi qu’ils comprenaient l’expulsion d’Adam et Eve hors du paradis, le Déluge et la destruction de Sodome et Gomorrhe.

Les gnostiques chrétiens refusaient d’identifier le Dieu du Nouveau Testament, père de Jésus, et le Dieu de l’Ancien Testament, et ils élaborèrent une interprétation non orthodoxe du ministère de Jésus.

Ils écrivirent des Évangiles apocryphes (comme l’Évangile de Thomas, l’Évangile de Marie-Madeleine, l’Évangile de Vérité, l’Évangile de Philippe, l’Évangile de Judas ) pour étayer leur thèse selon laquelle Jésus ressuscité révéla à ses disciples l’interprétation juste, gnostique, de ses enseignements : le Christ, esprit divin, habitait le corps de l’homme Jésus et ne mourut pas sur la croix mais retourna dans le royaume divin d’où il venait. Les gnostiques rejetaient donc les souffrances et la mort expiatrices du Christ, ainsi que la résurrection du corps. Ils rejetaient aussi d’autres interprétations littérales et traditionnelles des Évangiles. (Voir Bible, Écrits canoniques et apocryphes )

Des rites visaient à faciliter l’ascension de l’élément divin de l’âme humaine vers le royaume spirituel. Des hymnes et des formules magiques étaient récités pour tenter d’obtenir une vision de Dieu ; d’autres formules étaient récitées au moment de la mort pour chasser les démons, de crainte qu’ils ne capturent l’esprit pendant son ascension et ne l’emprisonnent à nouveau dans un corps.

La doctrine selon laquelle le corps et le monde matériel sont mauvais amena certaines sectes à renoncer au mariage et à la procréation. D’autres gnostiques prétendaient que du fait que leur âme était totalement aliénée à ce monde, peu importait ce qu’ils faisaient.

Les gnostiques rejetaient généralement les commandements moraux de l’Ancien Testament, les considérant comme faisant partie de la stratégie du mauvais dieu pour prendre l’humanité au piège.

Certaines sectes gnostiques refusaient tous les sacrements, tandis que d’autres observaient le baptême et l’eucharistie, qu’elles interprétaient comme les signes de l’éveil de la gnose.

Les barboniens et les phibioniens, faisaient consister leur philosophie dans une débauche effrayante.

Les barbélognostiques, donnait une place importante à une figure mythique, Barbélo, mère du mauvais Créateur de ce monde.

1.2 Simon le magicien Début de page

La littérature pseudo-clémentine, attribuée au pape Clément Ier (fin du Ier siècle), résume la doctrine que Simon le mage prétendait démontrer par les Écritures : le Dieu suprême est un dieu autre que celui qui a créé le ciel et la terre ; il est inconnu et ineffable et il pourrait être appelé le Dieu des dieux.

Irénée et Hippolyte font de Simon le magicien le père du gnosticisme et le fondateur d’une secte gnostique, mais on peut se demander s’il s’agit du même personnage.

Simon le Mage ou le Magicien, né en Samarie, était contemporain de Jésus. Son maître intellectuel était Philon d’Alexandrie, mais il ajouta à sa doctrine des pratiques de théurgie qui devaient exercer plus de prestige que des idées sur l’esprit grossier des Samaritains, auprès desquels il acquit une grande influence. Ils se faisaient appeler « la Vertu de Dieu » ou « la Grande Vertu ».

Cependant, le bruit des miracles accomplis par les apôtres intrigua le philosophe samaritain. Il se dit que ces gens devaient être plus habiles que lui et possédaient sans doute des secrets qu’ils pourraient lui transmettre. Converti par la prédication de Philippe, il reçut le baptême. Les apôtres étant venus à Samarie, Simon se rendit auprès d’eux, et ne comprenant pas comment ils faisaient descendre le Saint-Esprit sur les convertis en leur imposant les mains, il leur offrit une somme d’argent pour le savoir.

Pierre lui lança : « Périsse ton argent et toi avec lui ! » ; puis, il lui demanda de se repentir (Actes 8, 9-24). Depuis, le terme « simonie » désigne l’achat de charges ecclésiastiques et le trafic de biens spirituels et d’objets sacrés.

Simon, qui ne s’était fait chrétien que dans l’intérêt de son art, reprit son ancien état de magicien et se mit, comme les apôtres, à faire des prosélytes. Il alla s’établir à Tyr, où il acheta, dit Tertullien, une courtisane avec le même argent qu’il avait voulu consacrer à l’achat du Saint-Esprit. Cette femme, instrument de ses désordres, continue Tertullien, était un apôtre sui generis, qui réussit à recruter un grand nombre de néophytes. Elle s’appelait Hélène et Simon la présentait comme une nouvelle incarnation de l’épouse de Ménélas, celle qui causa la ruine de Troie. Il la faisait aussi passer pour Minerve ou pour la mère du Saint-Esprit.

Selon Justin (Ire Apol., 26 ; 56), Simon se rendit à Rome, au temps de Claude (41), et il y obtint un succès inouï. Les plus grands personnages du temps furent éblouis par ses prestiges. S’il faut en croire plusieurs Pères de l’Église, on leur éleva, à lui et à sa courtisane Hélène, des statues dans l’île du Tibre sous les noms de Jupiter et de Minerve.

On prétend que Simon mourut en l’an 64, d’une chute faite en voulant s’élever dans les airs sur un char de feu, afin de contrefaire l’ascension de Jésus-Christ. Arnobe dit seulement qu’il se cassa la jambe, mais que de honte il se tua en se jetant par la fenêtre de la maison qu’il habitait. Les Actes de Pierre (apocryphe du IIe siècle) racontent qu’après le départ de Paul de Rome pour l’Espagne, Simon le Magicien arriva à Rome et troubla les chrétiens par ses miracles. A Jérusalem, le Christ apparut à Pierre et lui apprit que la communauté romaine avait succombé au charme de Simon. Pierre se rendit en toute hâte à Rome. Il reconquit les fidèles par un grand concours de miracles où Simon et lui rivalisèrent d’originalité. La lutte suprême eut lieu sur le Forum d’où Simon s’envola vers le ciel ; mais il en retomba et mourut. Ce fut le triomphe pour Pierre : beaucoup de païens vinrent à lui. Ce fut aussi sa perte, car le préfet de Rome le fit mettre à mort.

Si, pour les Actes de Pierre et pour Épiphane, Simon mourut en tombant du haut des airs, à Rome (scène figurée sur l’un des plus beaux chapiteaux de la cathédrale d’Autun), pour Hippolyte, il se fit enterrer, ailleurs qu’à Rome, dans une fosse, en prétendant ressusciter le troisième jour : ce qui n’arriva pas...

Voici, d’après Nicéphore Calliste (+ vers 1350), quels étaient les prodiges opérés par Simon : « Simon le Magicien, avec l’aide des démons, faisait un grand nombre de choses surprenantes. Car il faisait en sorte que les statues se mouvaient d’elles-mêmes, et dans les appartements les vases et différents objets se transportaient d’un lieu dans un autre, et lui-même, entouré de flammes, ne br?lait pas. Il volait dans l’air. En trompant les hommes, il faisait des pains avec des pierres. Il prenait la forme d’un dragon et de plusieurs espèces d’animaux. On le voyait, avec deux visages ; quelquefois il se transformait tout en or. D’un mot il ouvrait les portes bien fermées et munies de serrures et de verrous. Il brisait des chaînes en fer. Dans les festins, il faisait paraître des simulacres de différentes formes. II se faisait précéder par plusieurs ombres qu’il disait être les âmes de personnes mortes depuis longtemps. Non seulement il se transformait lui-même comme il voulait, mais il changeait aussi les autres en différentes formes d’animaux. Quelques-uns de ceux qui le prenaient pour un bouffon ayant voulu le tromper, sous le prétexte d’une fausse amitié, il les invita à un banquet et les livra à des démons cruels, et leur infligea toutes sortes de maladies incurables. » (Nicéphore Calliste, Historia Eccles., lib. II, cap. XXVII. ? Hegesippus, De excidio Hierosolymitano, lib. III, cap. II.)

« Ce récit est d’autant plus remarquable, que nous trouvons les mêmes faits rapportés dans les lettres de plusieurs missionnaires, qui assurent que ces prodiges s’opèrent encore aujourd’hui dans les pays infidèles, notamment à Siam, en Chine et en Amérique... Le phénomène des Tables tournantes et parlantes est venu nous prouver qu’en fait de superstitions nous pouvons être comparés à ces peuples. Ce sont, du reste, les mêmes pratiques que Tertullien reprochait aux païens de son temps ; car les Romains évoquaient les morts par des prestiges rotatoires et ils prédisaient l’avenir par le moyen des chèvres et des tables (Tertullien mit en garde ceux qui pratiquaient la nécromancie car les démons les trompaient en se faisant passer pour les esprits des morts invoqués). Simon menait avec lui une femme nommée Hélène, qu’il avait achetée à Tyr, et qu’il disait être la célèbre Hélène qui avait été la cause de la guerre de Troie, et qui était passée successivement dans le corps de plusieurs femmes : cette femme l’aidait sans doute aussi à opérer ses prodiges, comme cela arrive chez plusieurs de nos prestidigitateurs. Simon, tout mauvais qu’il était, était chrétien. Il est digne de remarque que les païens qui faisaient mourir les chrétiens, adorèrent Simon comme un dieu et lui élevèrent une statue dans l’Ile du Tibre : ils adoraient Simon, sous la forme de Jupiter, et son Hélène, sous celle de Minerve. » (Mgr Mislin. Les Saints Lieux. 1876).

Simon est l’auteur de quelques écrits, entre autres de plusieurs discours qu’il intitula Contradictoires, parce qu’il y contredisait l’Évangile. Simon, pour le fond de sa doctrine, était platonicien ; il joignait à ce fond les pratiques de la théurgie asiatique la plus extravagante. « C’est, disait-il, par ma grâce (il se disait Dieu) et non par leur mérite que les hommes sont sauvés. Pour l’être, il suffit de croire en moi et en Hélène ; c’est pourquoi je ne veux pas que mes disciples répandent leur sang pour propager ma doctrine. »

Il y a si peu d’accord entre les actions et les idées philosophiques de Simon le Magicien que plusieurs chercheurs ont pensé qu’il y a eu deux personnages nommés Simon : l’un magicien et apostat dont les Actes des apôtres font mention, l’autre hérétique gnostique, fondateur d’une secte qui se perpétua jusqu’au IVe siècle.

Irénée (vers 180) et Hippolyte (vers 200) font de Simon le père du gnosticisme.

Les Homélies et les Recognitions, apocryphes faussement attribués au pape Clément Ier, contiennent des instructions aux chrétiens, l’apologie de certaines vertus, et des polémiques contre des thèses gnostiques ou païennes.

Les Homélies sont une source d’informations intéressantes sur certaines hérésies des premiers siècles de l’Église. Elles résument la doctrine de Simon le Mage : il prétendait démontrer par les Écritures que le Dieu suprême est un dieu autre que celui qui a créé le ciel et la terre ; qu’il est inconnu et ineffable et pourrait être appelé le Dieu des dieux.

Le portrait de Simon le Mage, qu’on trouve dans les Recognitions, constituera le modèle à partir duquel le mythe de Faust sera élaboré.

Ménandre, comme Simon dont il était le disciple, comme plus tard Apollonius de Tyane, voulut jouer au messie. Il ne reconnaissait pas, bien entendu, Jésus-Christ pour tel.

Simon le Magicien se faisait appeler la Grande Vertu ; Ménandre soutint que la Grande Vertu était encore inconnue, et que lui, Ménandre, était seul chargé de la révéler aux hommes.

Les ménandriens étaient les sectateurs des doctrines de Ménandre. Ils croyaient que l’Intelligence supérieure (Ennoïa) forma tout le monde intelligible et tout le monde sensible par voie d’émanations successives de génies de moins en moins purs à mesure qu’ils s’éloignaient de l’Etre absolu. Ce sont ces génies que Valentin et les autres gnostiques appelèrent plus tard des éons.

Un assez grand nombre de Samaritains et de gens des pays voisins acceptèrent cette croyance. Ces doctrines furent amalgamées plus tard au christianisme par les gnostiques.

Ménandre administrait le baptême en son propre nom ; il le qualifiait de résurrection et lui attribuait la propriété de donner une jeunesse perpétuelle et l’immortalité.

Comme plusieurs sectes gnostiques, comme les derniers néoplatoniciens, les ménandriens se livraient à la magie, et pensaient, comme nos spirites, pouvoir converser avec les esprits.

Saint Justin, martyr au milieu du IIe siècle, se plaint qu’il se trouve des ménandriens à Antioche, tel Saturnin (ou Sartornil).

Saturnin (Sartornil) était moins éloigné que Simon le Mage du christianisme traditionnel.

Il paraît néanmoins s’être également inspiré de la cabale judaïque et des principes de Zoroastre (Voir dossier « Mythologie romaine... »). Dieu était pour lui le père inconnu. Les ministres de Dieu n’étaient, d’ailleurs, que des puissances pures ou, si l’on veut, des facultés ; ces puissances s’affaiblissaient à mesure qu’elles s’éloignaient de leur principe.

Il admettait l’existence du monde pur ou spirituel et celle du monde des ténèbres ou matériel.

Au seuil du monde pur, 7 puissances (peut-être les Élohim de la Genèse) avaient créé notre univers et s’en étaient partagé le gouvernement. L’homme était leur œuvre ; mais après avoir fait le corps, ils n’avaient pu en créer l’âme, et il fallut que le Dieu suprême envoyât, en qualité d’âme, dans le corps de l’homme, une étincelle émanée de lui. L’âme devait un jour retourner à son principe ; en attendant, elle s’était souillée au contact du corps au point d’être incapable désormais de se délivrer elle-même ; d’où la nécessité d’un sauveur. Le Père inconnu envoya sa puissance suprême : Jésus-Christ. Celui-ci enseigna aux hommes comment ils devaient vivre pour que leur âme retournât un jour à son principe.

Bardesane d’Edesse, émule de Saturnin, lui succéda dans son enseignement. Il avait été d’abord un chrétien d’une orthodoxie sévère, et ennemi de Saturnin et de Marcion. Il connaissait à fond les mythes de la Grèce et de l’Orient comme la philosophie de Platon. Il possédait un talent littéraire remarquable. Plusieurs églises d’Asie étaient fières de lui et admirent longtemps ses hymnes dans leur liturgie. Il fut amené peu à peu, et par une sorte de travail intérieur, à professer les doctrines de ses anciens adversaires. Son école date du commencement du règne de Marc-Aurèle (vers 162). Il avait conservé le respect de la lettre dans les écrits bibliques. Ce fut lui qui découvrit dans le Zend-Avesta, le père inconnu à côté duquel il plaça la matière éternelle ingouvernable et mauvaise d’où était né Satan. Le Père inconnu enfanta de sa compagne, c’est-à-dire de sa pensée, un fils qui fut Jésus-Christ, qui eut à son tour une compagne, qui est le Saint-Esprit. Du Christ et du Saint-Esprit naquirent 2 paires d’éons, la terre et l’eau, le feu et l’air. Les éons, de concert avec le Christ et sa compagne, créèrent de nouveau 3 paires d’éons ou syzygies, ce qui fait 7 paires d’éons. Une nouvelle série de 7 paires d’éons pourvut au gouvernement du soleil, de la lune et des 5 planètes alors connues. Puis 12 génies, préposés aux 12 constellations dont se compose le zodiaque, et 36 esprits sidéraux ou doyens chargés de gouverner les autres constellations, complétèrent la hiérarchie imaginée par le fécond auteur. La compagne du Christ (pneuma ou Sophia achamoth) avait conçu pour la matière un autour déshonnête et s’était abandonnée à une débauche sans frein (toute symbolique). Enfin elle reconnut ses fautes et rentra dans le plérome, c’est-à-dire au sein de la perfection céleste. Par erreurs de la compagne du Christ, Bardesane veut parler des égarements sans nombre auxquels entraîne la pensée libre.

A Alexandrie, entre 120 et 145, Basilide professa une doctrine qui comportait des éléments philosophiques très importants et très curieux. Son enseignement était secret et ne se communiquait aux adeptes qu’après de longues épreuves.

Clément d’Alexandrie reprocha aux partisans de Basilide de croire que nous sommes tirés comme des marionnettes par des forces naturelles, en sorte qu’il n’y a plus ni volontaire ni involontaire. (Stromates, II, III, 12, 1)

Selon le même Clément (Stromates, IV, 12), Basilide aurait dit : « Tout ce qu’on voudra plutôt que de mettre le mal sur le compte de la Providence ». En effet, Basilide n’a jamais admis un second principe, celui du mal : il resta foncièrement moniste à la différence des autres gnostiques.

Basilide était natif de Syrie, et avait, sans doute, été élevé dans les idées gnostiques de cette contrée. Il alla étudier à Alexandrie, où l’attrait des grandes études dont cette ville, était la métropole le fixa définitivement (131). Son enseignement était secret et ne se communiquait aux adeptes qu’après de longues épreuves. Basilide l’avait résumé dans un ouvrage en 24 livres intitulé « Exégétique ». Les traditions sur lesquelles il se fonda pour dogmatiser étaient réunies dans un livre qu’on ne possède plus, ayant pour titre : Prophéties de Cham et de Barchir, dont on le supposa l’auteur. II s’autorisait aussi d’une Epître de saint Pierre (apocryphe) et d’une tradition secrète que saint Pierre aurait transmise par voie orale. Basilide n’aimait pas saint Paul, dont il rejetait presque toutes les doctrines.

Selon lui, le père inconnu du gnosticisme syriaque s’était manifesté dans 52 déploiements d’attributs ; chaque déploiement se composait de 7 éons, ce qui a fait croire à plusieurs que sa hiérarchie était fondée sur la division de l’année en 52 semaines de 7 jours comprenant une série de 364 éons, nombre des jours de l’année.

La secte des basilidiens, dirigée, après lui, par son fils, Isidore, connut une large diffusion puis s’éteignit au Ve siècle. Les basilidiens considéraient le démon Abrasax comme leur dieu suprême. (Voir Les anges et les démons judéo-chrétien et islamique )

1.3 Valentin Début de page

Valentin, le fondateur de la seconde école égyptienne du gnosticisme, est qualifié de platonicien par Tertullien. On ignore s’il avait été élevé dans le sein du christianisme ou de l’ancien culte polythéiste. On le voit succéder à Basilide dès l’an 136, comme représentant des mêmes idées. Ses livres, notamment ses Homélies, ses Epîtres, un Traité de la sagesse, le firent accepter pour chef par les gnostiques d’Alexandrie. Il est le premier des philosophes de la secte qui ait admis comme inspirés par le même Dieu l’Ancien et le Nouveau Testament ; mais, au fond, il n’admettait les écrits traditionnels du judaïsme et du christianisme qu’extérieurement. En métaphysique, il reprit les théories de Bardesane, négligées par Basilide, son prédécesseur, en les modifiant néanmoins. D’après lui, l’Etre suprême était demeuré durant une longue série de siècles dans un repos absolu. Le premier signe de son activité, ou son premier déploiement est la manifestation de sa pensée. Ce déploiement est suivi de plusieurs autres. Un rite mortuaire spécial, appelé chambre nuptiale, célébrait la réunion de l’esprit égaré et de son double céleste.

Valentin avait étudié à Alexandrie, brigué sans succès l’épiscopat et, irrité de son échec, entreprit de former une nouvelle secte. Mêlant la doctrine des idées de Platon et celle des nombres de Pythagore à la théogonie d’Hésiode et à l’Évangile de saint Jean, le seul qu’il considérait comme authentique, il forma un système qui se rapprochait de celui des gnostiques. Valentin prétendait avoir reçu ses doctrines d’un disciple de saint Paul. Il eut bientôt en Égypte un grand nombre de partisans.

Vers 140, Valentin décida à venir s’établir à Rome, et où la liberté de penser était beaucoup moins grande qu’en Égypte, où d’ailleurs l’orthodoxie chrétienne était en force, et s’opposa énergiquement aux efforts du philosophe gnostique : il fut excommunié deux ans plus tard. Pendant son absence, ses disciples d’Alexandrie se divisèrent en un grand nombre de sectes. Celle des marcosiens s’adressait particulièrement aux femmes et prit en Égypte, un ascendant qui dura plusieurs siècles.

Quand Valentin mourut en 161, après avoir quitté Rome, sa doctrine comptait des adhérents dans la plupart des provinces de l’Orient.

Le système des marcosiens n’est autre que celui de Valentin, revu et augmenté par son disciple Marc.

Tandis que les valentiniens expliquaient la création par l’émanation de couples ou syzygies d’éons procédant successivement du principe premier, les marcosiens, se basant sur ce que la Bible dit que Dieu a créé le monde par sa parole, attribuèrent à la parole même de Dieu, aux mots dont il s’était servi, une faculté créatrice.

Saint Irénée nous expose longuement ce système dans son livre Contre les hérétiques. Il nous apprend que les marcosiens, voyant la traduction grecque de la Genèse commencer par les mots En archê (au commencement), concluaient que ces mots étaient le principe premier de toutes choses ; et comme les 24 lettres de l’alphabet étaient aussi les signes des nombres, ils établissaient, sur la combinaison des lettres de chaque mot et des nombres qu’elles désignaient, le système de leurs éons et des opérations de ces éons. Irénée prétend qu’ils admettaient 30 éons ; mais il est plus rationnel de croire d’autres écrivains qui ne leur attribuent que la fabrication de 24 éons, en raison des 24 lettres de l’alphabet grec. Les marcosiens tiraient la confirmation de leur croyance du livre de l’Apocalypse où Jésus est représenté disant : « Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin », et sur quelques autres passages qu’ils travestissaient à plaisir.

De ce pouvoir merveilleux attribué à certains mots, les marcosiens déduisaient la possibilité d’entrer, par la connaissance de ces mots, en communication avec les esprits, de diriger leurs opérations, de partager leur puissance et de faire des miracles avec leur aide. Le gnosticisme s’alliait donc chez eux, comme chez les derniers néoplatoniciens, à la magie basée sur des rêveries arithmétiques analogues à celles autrefois forgées par les pythagoriciens.

A la théorie, les marcosiens durent joindre la pratique ; il leur fallut des miracles, ils en firent. Marc, par exemple, aurait changé le vin de la communion en sang.

Les Pères de l’Église, fort injustes envers leurs adversaires, font des hérétiques marcosiens le plus hideux portrait, les accusant notamment de pratiquer la magie. Quant aux orgies qu’Irénée reproche aux Marcosiens, elles paraissent d’autant plus invraisemblables que les gnostiques ont constamment affiché une austérité de mœurs excessive et une abstinence farouche.

Les marcosiens avaient certains livres religieux particuliers ; ils admettaient tout l’Ancien Testament et quelques parties du Nouveau. Ils donnaient le baptême avec de l’eau mêlée d’huile et de baume.

Irénée nous dit que cette secte était très répandue en Gaule, surtout sur les bords du Rhône.

L’école des ophites est une dérivation de celle de Valentin.

Les ophites ou naassènes, étaient les sectateurs du « Serpent » (ophis en grec, naas en hébreu) : il s’agit du serpent de la Genèse, invitant Ève à la connaissance (gnose) du Bien et du Mal, contre le Créateur mauvais, et du serpent d’airain (Nombres, XXI) identifié par Jean (III, 14) au Christ en croix.

Pour les ophites, le Démiurge est le dieu des Juifs, et ce que les livres sacrés des Hébreux appellent la chute est pour eux le moment de la transition de l’ignorance à la connaissance, le passage de l’état d’innocence à une conscience supérieure : voilà pourquoi ils rendaient un culte au serpent, cause de ce progrès, comme à la sagesse incarnée, comme à la source de la gnose.

Celse, le polémiste antichrétien du IIe siècle, vit un diagramme, dessiné par les ophites et représentant la structure de l’Univers sous la forme de cercles concentriques parmi lesquels le serpent Léviathan avait sa place. Des serpents apprivoisés figuraient dans les cérémonies des cultes : ils circulaient sur les tables dressées pour l’eucharistie.

Saint Hippolyte (+235) lutta contre l’hérésie des ophites.

Les ophites se divisèrent en plusieurs communautés, les plus connues étant celles des caïnites, des séthiens ou séthianiens et des pérates.

Les caïnites ou caïnistes, apparus vers l’an 159, vénéraient Caïn et les Sodomites, et possédaient un évangile de Judas dans lequel ce dernier était présenté comme un initié ayant trahi Jésus, à sa demande, pour assurer la rédemption de l’humanité.

Le 2ème évêque de Lyon, Saint Irénée (+ 208) dénonça cet évangile comme hérétique : « Ils (les caïnites) déclarent que Judas le traître était bien avisé de ces choses, et que lui seul, connaissant la vérité comme aucun autre, a accompli le mystère de la trahison. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé l’Évangile de Judas » (Adversus Haereses). Epiphane de Salamine (+ 402/403) combattit également cet écrit hérétique.

Une copie de la version plus ancienne rédigée en grec, a été découverte par un paysan près d’El Minya dans le désert égyptien en 1978. Elle fait partie d’un papyrus d’une soixantaine de feuillets (entre 62 et 66 suivant les sources) appelé « Codex de Tchacos », qui contient également deux autres textes apocryphes :

l’Épître de Pierre à Philippe et la Première Apocalypse de Jacques. L’évangile de Judas, écrit en copte dialectal (sahidique), restauré et traduit par Rodolphe Kasser, ancien professeur de coptologie à l’université de Genève, et publié à Washington le 5 avril 2006 par la revue américaine The National Geographic, a été authentifié comme datant du IIIe siècle ou du début du IVe.

Les caïnites avaient pour Judas [celui qui volait dans la bourse (Jean 12,6) et dans lequel Satan entra (Jean 13,21-27)] une vénération particulière et le louaient comme un homme admirable : le plus illustre des fils de Caïn. Ils désiraient réhabiliter Caïn, si maltraité dans le Pentateuque, et donnaient la législation judaïque pour l’œuvre du Dieu du mal, ce Yahvé, rempli d’ignorance et d’orgueil, qui avait crée le ciel et la Terre. Selon les conceptions gnostiques, le créateur, le démiurge, est un dieu mauvais, le malin, responsable de toutes les imperfections du monde. Pour les caïnites, Judas seul savait le mystère de la création des hommes et c’est pour cela qu’il avait livré le Christ à ses ennemis. Par là il avait rendu un grand service à l’humanité, car le Christ voulait réconcilier les hommes avec le Dieu créateur, alors qu’il fallait, au contraire, envenimer la haine des hommes contre celui-ci. La mort de Jésus devant procurer de grands biens au monde, Judas avait fait une bonne action en la précipitant.

1.4 Évangile de Judas Début de page

Ce qui vient en premier dans cet « Évangile », c’est la critique de « l’action de grâces au dessus du pain », telle que les disciples la pratiquent. Ensuite, Judas dit à Jésus : « Je sais qui tu es et d’où tu viens : du Royaume immortel de Barbélo. Je ne suis pas digne de prononcer le nom de celui qui t’a envoyé » (Barbélo, dans la tradition gnostique, est l’aspect féminin de la Divinité et serait à l’origine du malheur dans ce monde parce qu’ayant créé le dieu mauvais ; Barbélo se serait repenti, après quoi Dieu aurait envoyé le Christ sur Terre pour sauver l’Humanité). Puis, Jésus dit à Judas : « Tu surpasseras tous les autres, car tu sacrifieras l’homme qui me sert d’habit ». Il lui annonce qu’il sera le treizième disciple, qu’il sera maudit à travers les générations et qu’il viendra régner sur elles. Alors, « Les grands prêtres s’approchèrent de Judas et lui demandèrent ; « Que fais-tu ici, toi, le disciple de Jésus ? Judas leur donna la réponse qu’ils souhaitaient. Et il reçut de l’argent et il leur livra. ». A la fin, le titre apparaît : « Évangile de Judas »

Évangile de Judas
Traduction en français de L’Évangile de Judas,
Eric - Infologisme.com

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Plusieurs sectes antérieures au caïnisme avaient expliqué l’origine du bien et du mal en supposant une intelligence bienfaisante, qui tirait de son sein des esprits heureux, innocents, et une intelligence malfaisante, qui emprisonnait ces esprits dans des organes matériels.

Mais d’où venait la différence qui existe entre les esprits et les caractères ? Ces deux principes avaient produit Adam et Eve, puis chacun d’eux ayant revêtu un corps, avait eu commerce avec Eve ; de cette union étaient sortis des enfants qui avaient le caractère de la puissance à laquelle ils devaient la vie. Par ce moyen on comprenait la différence du caractère de Caïn et d’Abel et de tous les hommes.

Comme Abel s’était montré très soumis au Dieu créateur de la terre, il était regardé comme l’ouvrage d’un Dieu qu’ils appelaient Histère. Au contraire, Caïn, le meurtrier d’Abel, était l’ouvrage de la sagesse et du principe supérieur ; il devait être vénéré comme le premier des sages.

Les partisans de cette doctrine, conséquents avec eux-mêmes, honoraient tous ceux que l’Ancien Testament avait condamnés : Caïn, Esaü, Coré, les Sodomites ; ils les regardaient comme des enfants de la sagesse et des ennemis du principe créateur.

Ils prétendaient que la perfection consistait à commettre le plus d’infamies possibles. D’après Théodoret (+ vers 453/458), ils affirmaient que chacune des actions infâmes avait un ange tutélaire qu’ils invoquaient en la commettant.

L’Évangile de Judas et le récit de l’Ascension de saint Paul (où sont décrits toutes les merveilles et tous les secrets que l’apôtre Paul a vus et appris, lorsqu’il fut ravi au 3ème ciel) font partie des livres saints des caïnites.

Une femme de cette secte, nommée Quintille, étant venue en Afrique du temps de Tertullien (155-225), s’y fit beaucoup d’adeptes, qui prirent le nom de quintiliens ou quintillianistes. Tertullien indique que Quintille avait trompé beaucoup de fidèles en luttant contre le baptême, notamment en rejetant l’emploi de l’eau (traité Du Baptême).

Philostrius fait une secte particulière des caïnites qui honorent Judas.

Les séthiens ou séthianiens honoraient en Seth le fils de la divine Sagesse, représentant l’esprit, en opposition à Abel qui représentait l’âme et à Caïn qui représentait la chair. Contrairement aux caïnites, les séthiens judaïsaient.

Les pérates (« traversiers ») entendaient passer du monde sensuel dans celui de la vie éternelle. Le logos (raison), intermédiaire entre le principe de l’idée pure et la matière, était représenté comme le serpent universel établissant une sorte de va-et-vient entre le monde et Dieu.

« XVII. Les ophites. Leur nom vient du mot serpent [...] Ils prétendaient que le serpent n’était autre que le Christ, et ils avaient un serpent apprivoisé qui venait se rouler sur leurs pains, et leur consacrer une sorte d’Eucharistie. Certains auteurs les font descendre des Nicolaïtes ou des Gnostiques : c’est dans les fabuleuses fictions de ces sectaires qu’ils auraient puisé l’idée d’adorer le serpent. XVIII. Les Caïnites, ainsi nommés parce qu’ils honoraient Caïn, lui reconnaissaient un courage éminent. A leur avis, le traître Judas était presque un Dieu, et son crime un bienfait il n’avait livré Jésus-Christ aux Juifs que parce qu’il avait prévu le bien immense qui devait résulter de sa mort pour les hommes : de plus, ils rendaient un culte aux Sodomites et même à ces malheureux engloutis sous terre pour avoir fait schisme chez le premier peuple de Dieu (Nombres XVI, 31-33). La Loi et Dieu, auteur de la Loi, n’étaient d’ailleurs pour eux que des objets de blasphème, et la résurrection, une fable dérisoire. XIX. Les Séthiens étaient ainsi appelés du fils d’Adam qui portait le nom de Seth : ils l’honoraient, mais à leur culte se joignaient des fables et des erreurs, fruits de leur vanité. A les entendre, le patriarche Seth fut engendré par une mère céleste, qui, disaient-ils, avait eu un commerce avec un père également céleste, et ainsi se forma une nouvelle race divine, celle des enfants de Dieu. Du reste, nul ne saurait dire les rêveries qu’ils ont imaginées par rapport aux principautés et aux puissances. Quelques auteurs disent qu’à leurs yeux, Sem, fils de Noé, était le Christ. » (Saint Augustin, Des Hérésies, traduction de M. l’abbé Aubert)

« Si quelqu’un dit qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de rendre ses voies mauvaises, mais que c’est Dieu qui opère les mauvaises œuvres, aussi bien que les bonnes, non seulement en tant qu’il les permet, mais si proprement, et si véritablement par lui-même, que la trahison de Judas n’est pas moins son propre ouvrage, que la vocation de Saint Paul : qu’il soit anathème. » (Concile de Trente, 1545-1563, Canon VI)

C’est en Égypte que se déploya l’activité de l’alexandrin Carpocrate et de son fils Épiphane.

On ne connaît pratiquement rien de Carpocrate, fondateur de la secte gnostique des carpocratiens. Les documents anciens rapportent qu’il avait pour femme une certaine Alexandrie, de qui il eut un fils, Épiphane, mort à 17 ans après avoir composé un traité, Sur la justice, où il professe le communisme des biens et des femmes, et dont un long passage a été cité par Clément d’Alexandrie.

Une disciple de Carpocrate, Marcellina, vint à Rome sous le pontificat d’Anicet (154-165).

Le monde, selon les carpocratiens, est l’œuvre d’anges inférieurs au Père inengendré. Les hommes sont, dans ce monde, assujettis aux lois de ces créateurs et doivent remonter vers le Père.

Jésus, le fils de Joseph, est pour ces gnostiques non pas un Sauveur, mais l’idéal de l’homme juste, qui a gardé vivant en lui le souvenir du Père inengendré et qui est remonté vers lui par le mépris des créateurs du monde et le dédain de leurs lois.

Les carpocratiens mettaient ce Jésus aux côtés de Pythagore, de Platon et d’Aristote, dont ils honoraient les images. Les gnostiques sont appelés à remonter vers le Père et doivent, pour cela, marquer leur mépris pour les créateurs du monde en accomplissant tous les actes réprouvés par les lois injustes de ce monde.

1.5 Épiphane Début de page

Épiphane mettait l’accent sur le détournement du désir humain opéré par les lois injustes des créateurs du monde qui ont introduit l’appropriation et la séparation là où la Loi fondamentale de Dieu exigeait la communauté des biens et des femmes. Il s’agissait moins d’une incitation au libertinage que d’une véritable ascèse systématique visant à nier la puissance contraignante des lois. Cette exigence est telle que l’âme qui ne parvient pas à tout accomplir dans une seule vie devra se réincarner (doctrine de la transmigration des âmes).

Une subdivision de la secte des épiphaniens, les antitactes, prêchait la destruction totale de la société, qu’elle regardait comme un déshonneur pour le genre humain.

Les carpocratiens présentaient une certaine analogie avec les simoniens, à la fois par le culte rendu au fondateur de la secte et par la pratique de la magie.

Les épiphaniens voulaient mettre en pratique l’enseignement de Platon dans sa République sur la communauté des biens et celle des femmes.

Une subdivision de la secte des épiphaniens, les antitactes, prêchait la destruction totale de la société.

Les termes « adamites » ou « adamiens » désignent divers hérétiques.
Ce fut d’abord le surnom des prodiciens de la secte fondée par Prodicus, disciple de Carpocrate (IIe s.).

Soucieux d’imiter Adam avant la chute et convaincus que les vêtements dont l’homme s’affuble détruisent en lui l’état de nature, les adamites allaient complètement nus et c’est dans cet état qu’ils priaient et célébraient.

Ils sont mentionnés par Épiphane, Clément d’Alexandrie, saint Augustin et Théodoret. Le même mot, adamites, désigna plus tard, aux XIIe et XIIIe siècles, des hérétiques du Dauphiné et de la Savoie, puis, au XVIe siècle, les Pikarti ou Picards de Bohême (mouvement hussite).

Ce fut sous le pontificat de Hygin (v. 136-142) que Cerdon, philosophe et hérésiarque, né au début du IIe siècle, vint à Rome prêcher sa doctrine et ouvrir une école.

Epiphane traite Cerdon comme le dernier des hommes : il nous le représente comme un vil imposteur qui serait allé à Rome en mendiant, et se serait fait chasser de la communion chrétienne pour sa honteuse conduite.

Irénée, son contemporain, qui, par conséquent, devait être mieux informé qu’Epiphane, en parle tout autrement : il en fait un philosophe qui, en embrassant le christianisme, ne renonça pas entièrement aux traditions de la théogonie orientale et s’en servit même pour résoudre des problèmes auxquels les Évangiles ne donnaient pas de solution, l’origine du mal, par exemple.

Irénée nous dit que Cerdon établissait une différence entre l’Ancien et le Nouveau Testament : le premier était l’œuvre du Dieu juste et inconnu, et le second l’œuvre du Dieu bon et connu. Il existait deux principes des choses, l’un avec l’attribut de la justice, et l’autre avec l’attribut de la bonté. Selon Épiphane, Cerdon adopta d’abord le système philosophique de Simon et de Saturnin. Comme la plupart des gnostiques, il supposait au sommet de l’être un Dieu suprême, produisant par voie d’émanation les esprits d’abord, et ensuite les corps et le monde matériel. Mais, ne pouvant concilier l’existence du mal avec l’idée d’une substance unique donnée pour cause à l’univers, il renonça au système des émanations qui attribuait tout, bien et mal, à l’Être suprême, et supposa l’existence d’un mauvais principe, égal en puissance au bon, et qui aurait contribué de moitié à l’œuvre de la création. Il faisait remonter au bon principe tout ce qui lui paraissait bon, et au mauvais principe tout ce qui lui semblait mauvais : du premier émanait le monde spirituel tout entier, et du second descendait la matière, cause des maux qui affligent la terre.

La loi judaïque, qui est un ensemble de pratiques grossières, superstitieuses et cruelles, ne peut procéder que d’un être méchant qui ordonne aux Israélites de déclarer la guerre aux nations de la Palestine et de les exterminer.

1.6 Le Nouveau Testament Début de page

Le Nouveau Testament, au contraire, émane du bon principe, car on n’y trouve ni les pratiques, ni les maximes, ni les atrocités dont l’Ancien Testament fait l’éloge : tout y respire la bienfaisance, la douceur, la miséricorde. C’est pourquoi Cerdon regardait le Christ comme un ministre du bon principe, un éon chargé de le révéler aux hommes. Jésus était venu dans le monde sous l’apparence humaine, mais non en chair, car, pour Cerdon, la chair ne pouvait ressusciter.

Saint Augustin a vu en lui un précurseur des manichéens (Voir Manichéens )

Marcion, fils de l’évêque de Sinope, commença par embrasser la vie monastique. Son savoir, ses vertus et sa continence le firent élever au sacerdoce. Plus tard, accusé d’avoir séduit une vierge (c’est-à-dire une jeune chrétienne vouée au célibat), Marcion fut excommunié par son père et chassé de Sinope. Réfugié à Rome en 140, il parvint à rentrer dans l’Église, mais il en fut exclu de nouveau pour hérésie. Marcion, chassé de la ville en 144, fonda alors sa propre communauté.

Marcion (+ vers 160), philosophe stoïcien autant que gnostique (influencé par Cerdon), rejetait l’Ancien Testament et presque tout le Nouveau Testament, y compris la Nativité et la Résurrection, et se fondait entièrement sur les Epîtres de saint Paul et sur une version modifiée de l’Évangile selon saint Luc. Il croyait à l’éternité de la matière et défendit la doctrine gnostique des deux principes, en affirmant l’existence de 2 dieux : le Dieu de la Loi, le Créateur évoqué dans l’Ancien Testament, et le Dieu de l’Évangile, bon et infiniment supérieur, révélé par Jésus-Christ.

L’origine du mal a toujours fait le désespoir des Pères : les marcionites l’expliquaient comme tous les gnostiques par la matière éternelle et par son chef, le mal, de même qu’ils expliquaient la facilité de l’homme à pécher par son imperfection résultant de celle de son créateur : le Démiurge. Marcion objectait : « Si Dieu est bon et s’il sait tout, s’il est en outre tout-puissant, comment se fait-il qu’il ait souffert que l’homme, son image et sa ressemblance, se soit laissé séduire par le diable et ait mérité la mort en transgressant sa loi ? S’il est bon, il a d? vouloir l’en empêcher ; s’il connaît l’avenir, il n’a pu ignorer que cela arriverait ; s’il est tout-puissant, il a pu l’arrêter à temps. Comment est-il donc arrivé ce qui ne pouvait arriver si Dieu est tout bon, omniscient et tout-puissant ? »

Marcion eut pour adversaires Tertullien, Origène et Basile. Tertullien qui a beaucoup écrit contre Marcion et les marcionites, affirme qu’ils étaient les plus dangereux des gnostiques.

Les marcionites se distinguaient par leur célibat et leurs pratiques ascétiques. Ils laissaient dans les rangs des catéchumènes ceux qui ne se sentaient pas en état de garder la plus rigoureuse continence. Ils célébraient les sacrements du baptême et de l’eucharistie, toutefois sans utiliser de vin pour ce dernier. Ils rejetaient les mystères et permettaient aux femmes de baptiser.

Marcion, doué d’une grande éloquence, eut de son vivant une école nombreuse.
Les églises d’obédience marcionite fleurirent rapidement et vinrent à concurrencer en nombre celles de l’Église établie. Les marcionites adoptèrent une hiérarchie épiscopale.

Le marcionisme eut beaucoup d’adeptes en Occident jusqu’au IVe siècle ; il se fondit alors probablement dans le manichéisme, mais il subsista en Orient jusqu’au Moyen Age.

Tatien ou Tatianos (+ vers 173), disciple de saint Justin (qui fut d’abord un philosophe stoïcien et platonicien) et apologiste syrien, fusionna les quatre Évangiles dans le Diatessaron.

Il est à l’origine de l’encratisme qui fut proscrit par de nombreux décrets de Théodose Ier, à la fin du IVe siècle, et de Théodose II, en 428. Les encratites, « les continents » (du grec enkratès), prônaient un rigorisme moral radical (interdiction du mariage, abstention de viande et de vin) fondé sur une condamnation de la matière et du corps considérés comme les œuvres d’un démiurge distinct du Dieu suprême.

Les fondements doctrinaux de la secte consistaient dans le rejet de certaines parties des Écritures, en particulier de l’Ancien Testament. Certaines positions doctrinales et liturgiques découlaient généralement de la conception encratiste de la création et de la matière : négation du salut d’Adam (Tatien), négation de la résurrection de la chair, docétisme en christologie, utilisation d’eau à la place du vin pour célébrer l’eucharistie. La ligne de démarcation entre l’encratisme et le gnosticisme est difficile à tracer.

L’encratisme s’est confondu avec le manichéisme et a trouvé des prolongements chez les bogomiles et les messaliens.

La secte des messaliens (ou massaliens) apparut en Asie Mineure vers le milieu du IVe siècle.

On les appelait aussi euchites ou euthites (du mot grec correspondant au mot syriaque : celui qui prie) ou eustathiens, adelphiens, marcianites ou marciens d’après les noms de leurs porte-parole les plus connus : Adelphius, Eustathe et Marcien. Ils se nommaient eux-mêmes les « spirituels ». Leur mythologie est très proche de celle de beaucoup d’autres sectes gnostiques. Satan, qui était le fils aîné de Dieu, s’est, dans son orgueil, révolté contre son père. Expulsé du ciel, il a créé le monde matériel, qui est donc nécessairement mauvais. Ce mythe cosmogonique a probablement influencé les doctrines bogomiles.

Les messaliens priaient sans cesse (seule oraison : le « Notre Père ») pour expulser le mauvais démon qui, selon eux, réside dans l’âme de chacun et qui doit sortir par les liquides de la bouche et du nez. Une fois libérés du démon, ils se regardaient comme unis avec le Saint-Esprit et incapables de commettre des péchés.

Ils rejetaient l’Ancien Testament comme la plupart des sectes dualistes, ne vénéraient pas la Vierge, se refusaient à honorer la Croix (moyen de supplice du Christ et non pas symbole de la Rédemption) et ne croyaient pas à l’efficacité des sacrements.

Les messaliens furent persécutés et condamnés comme hérétiques dès leur apparition.

Irénée de Lyon écrivit sa Réfutation des systèmes gnostiques en 180.

Plotin (+ 270) reprochait aux gnostiques de ne jamais parler de la vertu : « Or, dit, sans la vertu, Dieu n’est qu’un nom ». Il ajoutait : « Les gnostiques admettent, dans l’intelligible, des générations et des corruptions de toute sorte, ils blâment l’univers sensible ; ils traitent de faute l’union de l’âme et du corps ; ils critiquent celui qui gouverne notre univers ; ils identifient le Démiurge à l’âme et lui attribuent les mêmes passions qu’aux âmes particulières. »

Vers le IIIe siècle, le gnosticisme commença à succomber à l’opposition et aux persécutions des chrétiens orthodoxes. En partie en réaction à l’hérésie gnostique, l’Église renforça son organisation en centralisant l’autorité entre les mains des évêques, ce qui permit de se débarrasser plus efficacement des gnostiques, qui étaient peu organisés.

Le gnosticisme en tant que mouvement semble avoir en grande partie disparu vers la fin du IIIe siècle.

Une petite secte gnostique, les Mandéens, existe encore en Irak, bien qu’il ne soit pas certain qu’elle ait vu le jour au sein du mouvement gnostique.

Si les anciennes sectes ne survécurent pas, des aspects de la vision gnostique du monde sont périodiquement réapparus sous de nombreuses formes :

- l’ancienne religion dualiste appelée manichéisme et les hérésies médiévales apparentées, notamment les bogomiles, les pauliciens et les albigeois ;
- la philosophie mystique juive du Moyen Age appelée Kabbale ou Cabale [du mot hébreu qabbalah (tradition, transmission)]. C’est une méthode d’enseignement par la transmission de maître à disciple, d’initié à initié, dont l’origine est aussi ancienne que le peuple hébreu. Par extension, on a utilisé ce terme pour désigner des écrits réservés à de petits groupes d’hermétistes ou de gnostiques possédant une connaissance voilée et codée, qualifiée d’occulte ou d’ésotérique.

Dans l’élaboration de la cabale, on distingue 3 périodes :

- la période précabalistique (XIIIe s.), où les influences des gnostiques, de Plotin et d’Aristote se combinent pour susciter le Sepher Jetzira (le « Livre de la création » attribué à Abraham) ;

- l’époque du Sepher ha-Zohar, le « Livre de la splendeur » (recueil de commentaires du Pentateuque qui constitue l’ensemble le plus important de la littérature hébraïque et kabbalistique, réunit plusieurs traditions ésotériques et tente de trouver le sens caché des textes bibliques par l’étude mystique et symbolique des nombres), écrit en araméen, au XIIIe siècle, par Moïse de Léon (qui s’inspira des écrits de Simon bar Yohai lequel aurait reçu, au IIIe siècle, ces révélations du prophète Elie) ;

- l’époque de la cabale proprement dite (XVe s.), dont l’auteur principal est Isaac Louria. La doctrine cabalistique dégage, par un travail de systématisation et de formalisation, la théologie incluse dans la Bible. C’est une philosophie de l’émanation, étudiant les intermédiaires entre Dieu et le monde, qui se répartissent en 4 degrés ou « hypostases » : Dieu (atsiouth), la création (béria), la formation (jetsira) et l’homme (’hassia). La révélation même est rendue possible à travers ce schéma, qui lie directement l’existence humaine à la sagesse divine. La cabale s’oppose au Talmud, qui étudie le détail du texte et le contenu concret des histoires qui y sont racontées.

- l’ismaélisme de l’islam.
- les spéculations métaphysiques autour de l’alchimie de la Renaissance ;

- la théosophie au XIXe siècle. La théosophie, du grec theos, dieu, et sophia, sagesse, est le nom donné à différents systèmes philosophiques et religieux fondés sur la volonté de leurs disciples de connaître la divinité et de recevoir l’illumination intérieure par l’étude symbolique et spirituelle. La théosophie est une mystique préconisant une ascèse et une élévation progressive de l’esprit humain jusqu’à l’illumination de Dieu (illuminisme). Elle utilise les sciences ésotériques et la gnose.

Les théosophes les plus illustres furent Paracelse, Jacob Boehme, V. Weigel, Swedenborg, Schuré, Saint-Martin, Baader.

En Allemagne, au XIXe siècle, Herman Emmanuel Fichte (fils du grand philosophe J.-G. Fichte) fonda une école de « théosophie spéculative » dont le but était de réaliser l’identification avec Dieu grâce à l’exercice de la réflexion philosophique.

Selon la théosophie enseignée par madame Blavatsky, l’homme possède 3 corps : un corps astral aux fonctions spirituelles et universelles, un corps mental aux fonctions intellectuelles et un corps physique aux fonctions sensuelles. Cette théosophie est un syncrétisme reliant les différentes religions, de l’Antiquité au christianisme, par les réincarnations de grands initiés qui instruisent les hommes.

L’essence du gnosticisme a résisté à l’épreuve du temps, à savoir que l’âme intérieure de l’humanité doit se libérer d’un monde qui est fondamentalement trompeur, oppressif et mauvais.

« Il n’y a que le gnostique qui ait une véritable religion. » (Clément d’Alexandrie)

« Le prestige des noms hébreux ou supposés tels était un des moyens de séduction qu’employaient les gnostiques auprès des gens simples. » (Renan)

2. Bibliographie Début de page





3. Textes et Éncartés

3.1 Table des matières des sujets Début de page

Arthur et le saint Graal
Bible, Écrits canoniques et apocryphes
Jésus de Nazareth dit Jésus Christ
Les anges et les démons judéo-chrétien et islamique
Les conciles œcuméniques
Les papes dans l’Histoire
Manuscrits de Nag Hammadi et d’autres Bibliothèques
Marie de Magdala dit Marie-Madeleine
Mythologie romaine

Référence publication :
Compil Histoire

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Jean-Paul Decoeurtyte Début de page
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