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Sujet Historique Date 08-06-2007
Titre Marie de Magdala dite Marie-Madeleine Section Homo Sapiens
Article

Sommaire

1. Marie de Magdala dit Marie-Madeleine
1.1 Marie-Madeleine
1.2 La Femme en Pourpre et la Vierge Noire
1.3 Marie-Madeleine, Femme aimée de Jésus de Nazareth
1.4 Marie-Madeleine la Pérégrine : de la Sainte Baume à Ephèse
1.5 La Mariée et la Mère de Sang Royal
2. Bibliographie
3. Textes et Encartés
3.1 Table des matières des sujets


Avant-propos

Parmis toutes les « Marie », Marie-Madeleine ou Marie de Magdala, Marie de Béthanie, Marie la pécheresse et Marie-Jacobé et Marie-Salomé. Les évangiles mentionnent dans divers épisodes des femmes, dont plusieurs s’appellent Marie, autres que la mère de Jésus, dont il ne sera pas question ici.

Cet article peut aider le lecteur à comprendre ce que l’on peut dire à son sujet. Précisons pour commencer que « Marie-Madeleine » et « Marie de Magdala » sont une seule et même personne Marie, celle que l’on nomme « la Magdaléenne ».

Ce sont les articles les plus intéressants trouvés sur Marie-Madeleine, car la vie de cette femme est un vrai poème liturgique. Car faire ne faire référence qu’au Nouveau Testament, n’apprend rien de très sérieux sur elle.

Site Web aussi à consulter : Prismes Hebdo

Eric - Infologisme.com


1. Marie de Magdala dit Marie-Madeleine
1.1 Marie-Madeleine Début de page

Qui est Marie-Madeleine, celle dont il est sorti sept démons ?

Le portrait habituel de Marie-Madeleine est construit à partir de plusieurs épisodes évangéliques. Il convient de se pencher sur les récits apocryphes pour enfin sortir du cliché « pécheresse ».

Portrait de ce drôle d’apôtre, la Magdaléenne est toute autre. C’est la plus prodigieuse histoire d’amour du monde : elle débouche sur une tragédie qui surpasse toutes les autres, l’histoire du Dieu assassiné... et de la femme qui l’aima.

Myriam en Galilée, puis Mariam ou Maryam quand elle fut en Gaule, et enfin Marie. Magdaléenne était un surnom pour indiquer qu’elle venait de Magdala, mais aussi pour la différencier des autres Marie, car elles sont nombreuses les femmes se prénommant Marie, le jour de la résurrection au tombeau.

Dans MARYAM le Y représente la Coupe Sacrée qui contient le sang très précieux du Christ, le Saint Sang, le Saint Graal, ou sangreal, c’est à dire en vieux français, le sang royal.

Marie Madeleine s’identifie au Graal

Marie-Madeleine serait née en l’an 3 de notre ère et aurait été la fille de l’archiprêtre Syrus le Yaïrite, prêtre de David. Son père officiait dans la synagogue de Capharnaüm. Eucharie, sa mère, aurait appartenu à la lignée royale d’Israël mais non davidique.

Connue sous le nom de Marie-Madeleine, Marie de Magdala, c’est-à-dire originaire de la ville de Magdala (de l’hébreu migdal, tour) sur la rive occidentale du lac de Tibériade, était une femme qui, selon le Nouveau Testament a été délivrée de sept démons par Jésus (Lc 8, 2). Elle devint une de ses disciples – peut-être la disciple la plus importante du Christ – et l’a suivi jusqu’à sa mort (Mc 15, 40-41). Elle est également la femme la plus présente du Nouveau Testament. Elle fut le premier témoin de la Résurrection de Jésus (Mc 16, 1s), ce qui lui donne une importance considérable, mais elle ne le reconnait pas tout de suite, ce qui lui vaudra l’épisode appelé Noli me tangere.

La tradition occidentale (Grégoire le Grand Homiliae in Evangelium 2, 33) l’a identifiée avec Marie de Béthanie, sœur de Lazare et de Marthe, et avec la pécheresse citée en Lc 7, 36-50. Grégoire de Tours, en 590, mentionne son tombeau : « Dans cette ville [Ephèse] repose Marie-Madeleine, n’ayant au-dessus d’elle aucune toiture » (In Gloria Martyrium, ch. 29, P.L., t. 71, c. 731). La dépouille présumée de Marie-Madeleine reposait probablement dans l’atrium précédant un sanctuaire, tradition typiquement éphésienne. Grégoire de Tours ne précise pas où se trouve ce sanctuaire.

Selon la légende du Moyen Age des Saintes Maries, Marie-Madeleine (sœur de Lazare, c’est-à-dire Marie de Béthanie) serait venue se fixer en Provence après avoir débarqué aux Saintes-Maries-de-la-Mer et se serait retirée dans le Massif de la Sainte-Baume et aurait été ensevelie dans la crypte de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume.

Un texte apocryphe, l’Évangile selon Marie du codex copte de Berlin, porte son nom. C’est un texte gnostique comprenant un dialogue entre le Christ et Marie de Magdala, celle-ci le restituant aux apôtres, suivi de dialogues entre Marie et eux. (voir l’article spécifique Évangile de Marie-Madeleine).
Dans l’art sacré, Marie-Madeleine a très souvent été représentée dénudée, avec les cheveux longs et dénoués, comme les prostituées de Palestine.

1.2 La Femme en Pourpre et la Vierge Noire Début de page

Les premiers textes chrétiens présentent Marie Madeleine comme « celle qui connaît le Tout », que « le Christ aime plus que tout autre disciple », qui fait montre de plus de « science, de pénétration et de vision que Pierre », elle, l’épouse bien-aimée qui parfume les pieds du Christ à Béthanie, à l’occasion de la célébration de leur second mariage (le hieros gamos).

Cela n’empêche pas l’Église de la discréditer, le moment venu, afin de porter aux nues Marie, la mère de Jésus. Pour cela on s’appuie sur des textes ambigus de l’Évangile qui la décrivent comme une « pécheresse », alors que nous savons que cela signifie qu’elle est tout simplement une almah.

Avec une mauvaise foi insigne, les dignitaires religieux décrètent qu’une « pécheresse » est une prostituée ! C’en est fait de la réputation de Marie Madeleine, et aujourd’hui encore le nom de Madeleine a une connotation péjorative en anglais (une « courtisane repentie », d’après l’Oxford English Dictionary). Il n’a pourtant point manqué d’artistes pour s’inscrire en faux contre cette calomnie, en représentant Marie Madeleine vêtue d’une tunique blanche ou bien d’un manteau bordé de soie blanche, symbole de pureté.

Il existe d’ailleurs un parallèle étonnant entre la façon dont les peintres et les sculpteurs flétriront par la suite sa mémoire et le sort, beaucoup plus enviable, réservé à l’une de ses compagnes d’exil, Hélène, alias Salomé.

Pierre éprouve une telle antipathie pour les femmes, surtout si elles sont instruites, qu’il ne peut voir en Hélène/Salomé qu’une « sorcière », oubliant qu’elle se trouve au pied de la croix avec Marie, la mère du Christ. A dire vrai, comme elle a épousé Simon le Zélote, alias Zébédée (ou Simon le Magicien), elle est la « mère » au sens religieux du terme (au sein de la communauté de Qumrâm) des Apôtres Jacques et Jean Boarnergès, et comme telle affiliée à l’ordre d’Asher, qui autorise la possession de biens immobiliers et dont les prêtresses reçoivent le nom (grec) de hiérodulai (femmes sacrées). Car notre amie est bien une grande prêtresse officiant à Ephèse et portant le titre honorifique de Sarah, ce qui lui permet de revêtir une robe de cérémonie rouge (comme les prélats membres du Sacré Collège endossent aujourd’hui encore la pourpre cardinalice). Ces femmes haut placées dans la hiérarchie ecclésiastique ne disent rien qui vaille à Pierre, qui redoute de perdre à cause d’elles son statut de chef des Apôtres. Cette méfiance va se perpétuer au fil des siècles, raison pour laquelle on n’ordonne toujours pas de femmes dans l’Église catholique, qui les cantonne dans des congrégations.

A l’inverse, les femmes se réclamant de l’ordre de Dan sont des nazôréennes laïques. Marie Madeleine, élevée à la dignité de Miryam, en est en quelque sorte la « supérieure » (occupant une fonction analogue à celle d’un archevêque), et de ce fait habilitée à être vêtue de noir, les nazôréennes ayant adopté la tenue des prêtres d’Isis. Parallèlement à cette dévotion à Marie Madeleine on voit, en l’an 44, apparaître en France (à Ferrières, dans la région de Meaux) le culte de la Vierge Noire, qui inspirera tant d’artistes, et dont l’une des plus belles statues se trouve à Verviers, en Belgique (non loin de Liège) : il s’agit d’une Vierge au teint bistre, portant couronne, la tête nimbée d’un halo, tenant à la main un sceptre doré et se trouvant en compagnie de l’Enfant jésus, couronné lui aussi comme il se doit pour un roi.

Par contraste, on a coutume de représenter Marie Madeleine vêtue d’une tunique rouge, souvent jetée sur une robe verte (couleur emblématique de la fertilité), tel qu’il apparaît sur la fresque qui lui est consacrée dans Invention de la vraie Croix, suite de neuf compositions murales de Piero della Francesca, peintes dans l’église d’Arezzo, en Toscane. On peut également citer Marie Madeleine au pied de la Croix, tableau de Botticelli, où elle est drapée dans un manteau écarlate, ce qui dénote sa place élevée dans la hiérarchie ecclésiastique.

Voilà qui suscite l’ire du Vatican : des femmes en pourpre ocupant des fonctions importantes dans l’Église ! En dépit du culte de la Vierge (qui se développe surtout après le concile d’Éphèse), les prélats décrètent qu’elle ne doit point jouir du prestige accordé à Marie Madeleine, le Vatican allant jusqu’à stipuler, en 1649, qu’on ne doit jamais la représenter que vêtue de bleu et de blanc (c’est la « Vierge Blanche »). Comme prévu, cela a pour effet de lui retirer toute influence, sur le plan ecclésiastique, même si l’on encourage par ailleurs la dévotion mariale.

Les femmes sont ainsi exclues de la prêtrise et Marie, la mère de Jésus, mise à part elles sont reléguées au bas de l’échelle, ce qui rejette un peu plus dans, l’ombre Marie Madeleine. Du même coup, on observe un silence total sur les descendants directs du Christ, et les évêques prétendent tenir leurs pouvoirs spirituels d’une « descendance » exclusivement masculine inventée de toutes pièces et n’ayant aucun rapport avec la lignée messianique issue de Jésus, ni même avec celle du prince de la couronne Rama-Theo, Joseph d’Arimathie, alias Jacques (le juste ou le Mineur), son frère cadet. Tel est le legs de Pierre, l’essénien fruste, misogyne et borné...

L’Église des premiers temps est aussi en butte au culte de la déesse de l’univers, très répandu autour de la Méditerranée, et qui connaît un regain de ferveur en cette époque où l’on discute du statut de la femme. Cette figure du panthéon revêt diverses apparences et porte des noms différents, Déméter, Junon, Diane, Cybèle, etc., qui ne sont jamais que la transposition d’Isis, « la mère de l’univers, qui commande aux éléments, règne sur toute chose, est l’enfant du temps et la manifestation singulière de tout ».

Dans l’Égypte ancienne, Isis est la femme (et la soeur) d’Osiris, le père de la civilisation, qui juge les âmes après la mort. Nous sommes là en présence d’une divinité mère (d’Horus, en particulier, avec lequel on nous la dépeint souvent, et qui symbolise le pharaon). On sait désormais que la « Vierge Blanche » n’est qu’une résurgence d’Isis, la mère qui allaite son enfant. Mais c’est aussi d’elle que procède la mystérieuse Vierge Noire, dont on trouve presque deux cents exemplaires (statues ou tableaux) en France au XVIe siècle (on en a répertorié au total plus de quatre cents dans le monde entier). La patronne de la France elle-même, Notre-Dame de Lumière, dérive d’Isis, la mère de l’univers.

La représentation de la « Vierge Noire à l’Enfant » ne cessera de poser un dilemme aux autorités religieuses, en particulier les statues que l’on trouve dans les églises ou dans les lieux de prière célèbres : tantôt elles sont totalement noires, tantôt elles n’ont de foncé que le visage, les mains et les pieds, sans qu’il faille attribuer ce phénomène à une décoloration naturelle au fil des siècles, comme l’ont pensé certains ecclésiastiques, que cela laissait perplexes. Il arrive parfois qu’on les ait repeintes en rose pâle, de manière à ce qu’elles correspondent à l’image convenue de la Vierge, ou bien qu’on les aient reléguées dans un endroit discret afin de les soustraire au regard des fidèles. Quoi qu’il en soit, elles n’ont pas les traits négroïdes, mais seulement la peau hâlée, qu’elles soient richement ou modestement vêtues (à la manière des Vierges Blanches).

S’il faut voir dans la Vierge Noire une lointaine image d’Isis, son origine remonte en réalité à Lilith, déesse (sumérienne et babylonienne) vénérée avant même l’époque des « Patriarches », et qui représente la femme dotée d’une force qui en fait l’égale de l’homme, autrement dit un personnage droit, fier et imposant, à la différence du rôle effacé dévolu à Marie, la mère de jésus, habituellement dépeinte sous les traits de la Vierge Blanche. Isis et Lilith sont censées, l’une comme 1) autre, connaître le Nom secret de Dieu, prérogative dont hérite à son tour Marie Madeleine. La Vierge Noire figure donc aussi Marie Madeleine qui, en vertu de la doctrine alexandrine, « a transmis les arcanes du Christ ». C’est d’ailleurs en ces lieux où l’on trouve des Vierges Noires que s’exprime la dévotion à Marie Madeleine. Celle-ci a le teint bistre comme la sagesse (Sophia), qui existait dans les ténèbres du chaos avant la création. Pour Simon le Magicien (alias Simon le Zélote), qui est d’obédience gnostique, la sagesse (la grande et immortelle sagesse qui a mis au monde le Premier Père, en l’arrachant aux profondeurs), se confond avec le Saint-Esprit. Sophia réalise ainsi, pense-t-on, l’incarnation de l’Esprit Saint en la reine Marie Madeleine.

1.3 Marie-Madeleine, Femme aimée de Jésus de Nazareth Début de page

Le Codex de Berlin, découvert en Égypte, fut rédigé en copte vers la fin du IIème siècle de notre ère. Il inclut l’Évangile de Marie, un court écrit dont quelques passages manquent. Il contient cependant d’étonnantes révélations sur le cercle des disciples de Jésus et leur travail spirituel. La figure de Marie-Madeleine, qui relate les faits, se dresse avec force et révèle la clarté d’une femme aux prises avec la suprématie masculine.

Marie-Madeleine Femme initiée

« Soeur, nous savons que le Sauveur te préférait aux autres femmes, rapporte-nous les paroles du Sauveur dont tu te souviens, et que tu as comprises et pas nous, et surtout celles que nous n’avons pas entendues », demande Pierre à Marie-Madeleine.

En quelques mots apparaît le point de discussion qui alimentera les plus vives controverses pour les siècles à venir !
Marie-Madeleine, la femme

On connaît l’existence simultanée de 3 Maries : la mère de Jésus, Marie de Béthanie en tant que soeur de Marthe, et Marie-Madeleine.

Nous savons historiquement très peu de choses sur cette dernière, sinon qu’elle était instruite, qu’elle disposait d’une certaine fortune personnelle qu’elle mit au service de Jésus et des apôtres. Elle est mentionnée pour la première fois dans l’Évangile de Luc (8,2) : « Marie, dite de Magdala, de laquelle étaient sortis 7 démons ». Les 4 Évangiles ne la mentionnent alors plus avant la scène de la résurrection dans le tombeau. Rien ne permet d’affirmer qu’elle fut la femme adultère ou celle dite de Béthanie qui acheta pour Jésus un coûteux parfum dont elle l’oignit.

Le nom même de Magdala, qui signie « terrestre », ne peut renseigner sur son identité précise.

Son influence est toutefois considérable : c’est à elle que Jésus apparaît lors de sa résurrection, lorsqu’elle vint s’occuper du corps. Cette seule tâche, dévolue à une femme très proche, souligne son lien particulier avec Jésus : Marie, mère de Jésus, est toujours vivante mais ce n’est pas elle qui effectue cette opération. Curieusement, la conversation de Marie-Madeleine avec Jésus ressuscité n’est pas rapportée dans l’Évangile de Jean dont les écrits témoignent pourtant d’une connaissance initiatique poussée ; il dépeint simplement l’affolement de Marie-Madeleine à la vue du tombeau vide, comme si elle avait perdu la tête. Tout l’aspect crucial de la vision puis de la reconnaissance de Jésus ne figure pas dans son texte.

Après son ascension définitive, Jésus apparaît de nouveau à Marie-Madeleine. Le Codex de Berlin raconte la déclaration de Marie aux disciples : « J’ai vu le Seigneur dans une vision. » Aussitôt, elle est prise à parti par le groupe : « Pour ma part », dit André, « je ne crois pas que le Sauveur ait dit cela. Car ses enseignements ont certainement une autre signification. » Et Pierre ajoute : « Se serait-il entretenu avec une femme, en secret et à notre insu ? Devrions-nous nous tourner vers elle et l’écouter tous ? Il l’aurait privilégiée par rapport à nous ? » Alors Matthieu répond à Pierre : « Si le Sauveur l’a rendue digne, qui es-tu, toi, pour la rejeter ? Certainement le Sauveur la connaît à fond. C’est pourquoi Il l’a aimée plus que nous ! Ayons plutôt honte et revêtons plutôt l’Homme Parfait comme Il nous en a donné la mission ! Nous devons proclamer l’Évangile sans établir d’autres règles ou d’autres lois que celles prescrites par Lui. »

Nous le constatons : selon la conception de ces hommes, une femme ne saurait être considérée digne d’être initiée, à plus forte raison de manière directe et à titre individuel. L’intervention de Matthieu met bien en relief la préférence marquée de Jésus envers Marie-Madeleine, que personne ne songe ensuite à contester. Ce lien seul est insupportable et critiqué par les apôtres, qui ont même demandé à Jésus qui d’entre eux siégerait assis à sa droite et à sa gauche dans le Royaume des Cieux... Le Codex de Berlin met en évidence les dissensions et la soif de puissance des disciples. Malgré le témoignage de vie de Jésus, ils continuent de rivaliser entre eux et prolongent la loi ancienne.

La tradition juive faisait de la femme un être indigne, impur, inférieur, dangereux - un aspect qui perdure à notre époque encore en de nombreux domaines. Le groupe des apôtres est nommément constitué d’hommes ; les femmes y sont simplement présentes comme des suiveuses. Jésus ne craignait cependant pas de déranger « l’ordre » établi en louant Marie de Béthanie, assise à ses pieds et écoutant son enseignement sans s’activer dans la maison. Pareillement, on le voit au contact de femmes adultères, de prostituées ou de pauvres vieilles affectées de maux divers.

Marie-Madeleine dérange donc à double titre : elle est femme, et elle fut l’aimée de Jésus qui lui dispensa un enseignement dont les autres ne bénéficièrent pas. Après son ascension, Il demeura même en contact avec elle. Dans le Codex de Berlin, lorsqu’elle est accusée d’affabuler, par les disciples jaloux à propos de sa vision, elle fond en larmes : son récit, qui constitue un authentique enseignement spirituel, n’a pu être reçu par ces hommes aveuglés par leur prééminence, leur soif de pouvoir, et qui s’imposent en tant que continuateurs de l’ordre ancien.

Quel enseignement nous est donné par Marie-Madeleine, qui seule l’a reçu ?

L’aimée de Jésus

Un texte apocryphe rapporte que l’on vit Jésus embrasser publiquement Marie-Madeleine sur la bouche. Ce fait embarrasssant fut soigneusement occulté, car il impliquait une profonde remise en question de l’être de Jésus tel qu’il fut présenté durant des siècles. Le Codex de Berlin vient très à propos éclairer cet aspect.

En effet, le premier questionnement émis par Marie-Madeleine porte sur la matière : « Sera-t-elle donc sauvée ou non ? » Un dialogue s’ensuit, où prennent part les disciples de la vision, portant sur le Désir et le péché. Jésus évoque alors le périple de l’âme qui voyage à travers les sphères du désir, de l’ignorance, des appétits charnels, de la mort, de la science et de la colère. Ce passage comporte une analogie frappante avec les écrits de la Pistis Sophia. L’âme rencontre tour à tour ses anciens persécuteurs qui s’étonnent de sa liberté, car elle ne se laisse plus arrêter par eux. Elle leur répond : « dans le monde, j’ai été délivrée du monde ; et libérée jusqu’à obtenir l’image d’un ordre supérieur. » Il est donc question ici de deux ordres : l’un, inférieur, gouverné par les pulsions de domination, la mort et un intellect exacerbé, sans sagesse, qui reflète l’ignorance de la réalité ; l’autre, véritable, supérieur, fait de silence, d’harmonie et d’éternité. La première tâche à accomplir sur la voie de l’accession à l’autre Nature est la libération du joug du désir ; un aspect majeur dans la doctrine du Bouddha.

Il est significatif que Marie-Madeleine soit la porte-parole de cet enseignement. Du fait de sa liaison étroite avec Jésus, le Sauveur, elle est rendue digne d’évoquer le point central du travail de détachement des appétits charnels. Par charnels, il faut aussi et surtout entendre tout ce qui relie à l’ancienne nature sans pour autant relever de la matière brute : les passions intellectuelles en font pleinement partie. Alors l’âme libre peut-elle évoluer au milieu de la nature limitée et mortelle, sans subir aucun dommage. Si l’on assimile le personnage de Marie-Madeleine à l’âme terrestre qui acquiert, par sa liaison avec l’Esprit, une nature pure et libre, alors on comprend le message extraordinaire qu’elle est amenée à transmettre aux hommes. Et le baiser de Jésus prend tout son sens : Son Souffle - le Pneuma, l’Esprit - vient s’incarner dans Magdala - la Terre -, pour la libérer. Alors, vraiment, Marie-Madeleine accède à l’état de Marie, la Mère, la Substance Primordiale d’où jaillit la Vie. Et si cet enseignement est donné aux hommes qui en font la demande, c’est que tous peuvent avoir part à ce merveilleux processus.

Les ténèbres de l’ignorance sont définitivement chassées par la connaissance, la Co-Naissance authentique. C’est l’aspect féminin, récepteur et engendreur, présent en chacun et représenté par l’âme, qui permet la descente de l’Esprit dans la nature terrestre, pour lui rendre toute sa dignité.

« Bienheureuse es-tu parce que tu n’es pas troublées par ma vue ! Car à tel pouvoir de compréhension correspond telle vision », s’exclame le Sauveur à l’attention de Marie.

L’Initiée

La personne de Marie-Madeleine dépasse le simple cadre historique et c’est sans doute la raison des mystérieuses interrogations qui ne cessent de passionner les hommes depuis plus de 2000 ans. La légende indique qu’après l’ascension de Jésus, les 3 Marie firent voile jusqu’aux Saintes Marie de la Mer, où elles débarquèrent en terre d’Occident. La Mer, ou la Mère ... Ce triple aspect des Marie évoque un être unifié selon le corps, l’âme et l’Esprit. Ensemble, il est dit qu’elles oeuvrèrent à apporter l’enseignement de l’Amour aux Occidentaux. Cette légende a pris corps dans le mythe du Graal, dont il est significatif de trouver trace tant en Orient qu’en Occident. La Coupe est emplie de la Liqueur Divine pour opérer la transmutation, suivie de la transfiguration. La liaison de la Terre et de l’Esprit s’opère par une Ame purifiée, neuve, nouvelle. Les 7 démons anciens des convoitises ont disparu pour laisser place à un être libre, dispensateur de l’Amour qui ne connaît aucune entrave.

L’Évangile de Marie se situe donc dans la droite ligne des textes gnostiques des premiers siècles ; il peut se lire à différents niveaux et parle ainsi à tous ceux qui s’ouvrent à son message.

« La nature entière, toutes les créations et les créatures vivent les unes dans les autres, mais elles se dissoudront toutes à nouveau pour revenir chacune à leur origine propre, car la matière composée ne peut se dissoudre qu’en ses propres éléments. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. »


1.4 Marie-Madeleine la Pérégrine : de la Sainte Baume à Ephèse Début de page

1.4 Marie-Madeleine la Pérégrine : de la Sainte Baume à Ephèse

Marie-Madeleine serait venue se réfugier à la Sainte Baume, en Gaule, dans une grotte miraculeuse. D’autres sources archéologiques situent son tombeau à Ephèse, près de la « Caverne des Sept Dormants ». La « pécheresse », comme on se complaît à l’appeler, n’aurait cessé de se repentir et de se terrer dans des lieux obscurs... Est-elle bien crédible, cette théorie qui induit que la femme, pourtant guérie de 7 démons par le Maître, aurait conservé l’indignité de son état et serait à jamais restée impardonnable ?

La Sainte Baume et Maître Jacques

Aride, désertique ... vierge de toute vie, tel est le massif de la Sainte Baume. Les soldats de César affirmaient le lieu empli de forces maléfiques et sanguinaires.

Au nord-ouest s’ouvre une caverne : noire, si humide au contraire, qu’elle suinte en permanence. La légende en fait l’ultime refuge de Marie-Madeleine durant trente ans. Elle y pleura tellement de remords que la grotte s’en souvient et qu’une rivière est née de ses larmes... Nue, cachée seulement par ses longs cheveux, elle survécut dans une solitude absolue. Toutefois, sept fois par jour, des anges l’emportaient sur le sommet de la montagne où elle entendait les choeurs divins. Son corps embaumé subit des fortunes diverses après sa mort : disparition, redécouverte miraculeuse avec une branche de fenouil dans la bouche !

Des pélerinages aux motifs plus ou moins nobles se sont organisés au cours des âges, se mêlant à des rites de fécondité. Une maison de repentance pour filles publiques s’y établit même. Un couvent y fut aussi fondé. Hélas, ses occupantes se distinguèrent par leur conduite scandaleuse et l’établissement fut clos. Comme on le voit, l’ignorance chemine de concert avec les croyances aveugles et leur route ne cesse de s’élargir au long des siècles.

Cependant, Maître Jacques, l’un des constructeurs du Temple de Salomon, trouva refuge dans la grotte de Marie-Madeleine après son différend avec Soubise. C’est là qu’il fut rejoint et tué de cinq coups de couteau : cinq, le nombre de l’âme qui s’offre en oblation au service des autres. Ses effets furent partagés entre les différents corps de métier qui se réclament de lui. Par conséquent, la Sainte Baume constitue une étape clef du Tour de France compagnonnique.

Devant tant de prodiges, que peut bien encore receler le site d’Ephèse ?

Ephese et la caverne des sept dormants

La mère de Jésus mourut probablement à Ephèse où une très antique maison lui est attribuée. Deux cultes s’y rendent aujourd’hui qui unissent en un même lieu chrétiens et musulmans. Ephèse est aussi l’endroit où Jean fonda sa communauté et y mourut.

Cependant, on peut voir à Ephèse une niche où aurait été entreposé le corps de Marie-Madeleine, « à découvert », entourée des tombes des « Sept Dormants ».

La grotte de la Sainte Baume et Maître Jacques, la Caverne des Sept Dormants : macabre coïncidence ou symbole spirituel ?

Le lien qui unit Maître Jacques et les Sept Dormants est constitué par :

- Marie-Madeleine,
- la grotte,
- la mort,
- le nombre sept.

Marie-Madeleine, énoncent les deux traditions locales, est venue passer ses dernières années dans le recueillement d’une grotte. Il est inconcevable de s’arrêter à un « repentir » bien commode, qui ferait d’elle une créature si vile que sa guérison des sept démons et l’apparition de Jésus lors de Sa Résurrection ne suffisent pas à libérer de ses fautes - et quelles sont-elles exactement ? Nul ne le sait !

La grotte de la Sainte Baume fait jaillir l’eau précieuse qui ruisselle dans cette région désertique.

Le fenouil retrouvé dans la bouche du corps s’apparente au « fue nou » ou en provençal... « feu nouveau » qui sort de la bouche pure.

La mort de Maître Jacques ouvre la voie à la diffusion du savoir, à qui s’en rend digne.

Les rituels de fécondité opérés sur le site unissent la mort à la vie... D’ailleurs, toute proche de la grotte de la Sainte Baume se trouve la Grotte aux Oeufs.

A Ephèse, les Sept Dormants de la Tradition musulmane véhiculent le même symbole. Sept jeunes gens s’endormirent d’un sommeil divin qui les garda des années dans l’immobilité de la mort. Dieu les éveilla et ils sortirent annoncer le prodige avant de retourner dans cette grotte pour y mourir. La grotte, matrice divine d’où tout vient et où tout retourne, où le Divin couve Sa Créature. Non loin de la Caverne des Sept Dormants se trouve... le rocher d’Emeraude : le parallèle devient évident si l’on sait que la sagesse hermétique s’intitule « tabula smaradigna » : la Table d’Emeraude, sur laquelle serait gravé l’enseignement d’Hermès Trismégiste. Notons encore que Marie-Madeleine remplace, à la Sainte Baume, le culte de la Diane d’Ephèse... déesse de la fécondité !

Marie-Madeleine se dresse alors dans toute sa gloire : ayant été témoin unique de la Résurrection dans le tombeau, elle est détentrice de ce savoir. Elle invite chacun à la suivre dans le désert de ce monde mortel, à la recherche du sanctuaire intérieur d’où son message fait jaillir l’Eau de Vie telle un feu nouveau. Mort à l’ancienne vie, le disciple peut porter à son tour le Message dont il est maintenant le témoin vivant. Le monde terrestre demeure un désert qui absorbe les scories matérielles. L’être libéré s’est affranchi de ses lois et témoigne de la fécondité de la Vie : il a anéanti ses sept démons et est empli de l’Esprit Divin auquel est traditionnellement associé le nombre 7.

Marie-Madeleine n’avait donc pas un don occulte d’ubiquité... Elle est un archétype universel. Ni l’histoire ni l’archéologie ne détiennent la clef d’un mystère qui, pour être découvert, exige d’abord la mort aux anciennes croyances, qui sont le fruit de l’ignorance.


1.5 La Mariée et la Mère de Sang Royal Début de page

Cette chapelle, située au nord, est la symétrique du retable de la Passion ; elle est décorée de hauts reliefs du XVIe siècle et d’une statue de N.D. du Rosaire du XVIIe siècle. Sur la gauche, deux chapelles ont été crées contre les stalles du choeur, Sainte-Anne et Saint-nom-de-Jésus décorées de tableaux de Michel Serre (XVIIe siècle).

Basilique de Saint-Maximin

Chassée de Jérusalem par la persécution avec son frère Lazare, sa soeur Marthe et ses compagnons, Marie Madeleine participa à l’évangélisation de la Provence et se retira dans une grotte, dans le massif actuel de la Sainte-Baume.

Elle mourut dans les bras de Saint-Maximin, évèque d’Aix, dont le village prit le nom.

Les reliques de Sainte-Marie-Madeleine furent conservées dans un sarcophage, puis enfouies en 710 pour échapper aux pillages des Sarrasins. Ses reliques furent perdues...

En 1279, Charles II d’Anjou, comte de Provence, futur roi de Sicile, les redécouvrit. Le pape Boniface VIII et Charles II décidèrent la construction d’une basilique digne d’être un reliquaire pour Sainte-Marie-Madeleine. La construction commença en 1295 ainsi que celle du couvent qui jouxte la basilique ; la garde de ces reliques fut alors confiée aux frères Prêcheurs, les Dominicains, qui s’installèrent dans le couvent jusqu’en 1957.

Biographie de Marie Madeleine « Myriam »

Marie Madeleine meurt en 63. Agée de soixante ans, elle réside alors en Provence, dans le massif de la Sainte-Baume, loin de sa terre natale et loin aussi de l’endroit où son mari s’est apparemment éteint.

Quels rapports entretient Marie Madeleine avec l’histoire de l’Église ?

A Qumrâm, Marie est d’abord un titre honorifique, dérivé de Miryam (nom de la sœur de Moïse et Aaron) et attribué aux femmes exerçant des fonctions sacerdotales dans les communautés à vocation spirituelle, comme celle des thérapeutes de Qumrâm, réunissant ascètes et médecins.

Les Moïse président les cérémonies réservées aux hommes, et les Miryam celles où se retrouvent des femmes, pratique héritée de l’Ancien Testament. Marie Madeleine « de laquelle étaient sortis sept démons » (Luc 8, 2), est, dit-on dans le même texte, « une pécheresse », ce qui ne l’empêche pas d’être la fidèle compagne du Christ, qui l’aime entre tous. Il faut savoir lire entre les lignes et interpréter les propos de l’évangéliste.

Avant son mariage, elle se trouve placée sous l’autorité du chef des scribes, en l’occurrence Judas Iscariot, qui est également le septième Prêtre Démon, faisant partie d’une confrérie symétrique à celle des Septs Prêtres de la Lumière (allusion au chandelier à sept branches ou Menorah). Sa tâche consiste à surveiller les femmes célibataires de la communauté de Qumrâm. Or, de par son mariage, Marie Madeleine n’est plus concernée par ces dispositions, car ayant épousé un homme de sang royal, elle est tenue de vivre, parfois longtemps, séparée de lui, périodes pendant laquelle elle est considérée comme une soeur (c’est-à-dire l’équivalent d’une religieuse) et dépend du Père, Simon le Zélote, alias Lazare. Marthe (dont le nom est lui-même emblématique de son statut et signifie Femme) est également placée sous l’autorité du Père, à la différence près que les Marthe ont le droit d’avoir des biens, ce qui n’est pas le cas des Marie (Madeleine). En outre, les sœurs occupant la même place que les veuves (encore appelées infirmes) dans l’échelle sociale, elles cèdent le pas devant les almah (« vierges »). Si le fait de se marier s’accompagne pour elles d’une promotion, car elles accèdent ainsi à la dignité de mère, pendant les périodes de séparation obligatoires d’avec leur époux elles déchoient de leur position et se retrouvent ravalées au rang d’almah.

Marie Madeleine est la fille de l’archiprêtre Syrus, dit le Yaïrite, venant juste après le grand prêtre dans la hiérarchie, et qui officie dans la synagogue de marbre de Capharnaüm, tout en restant indépendant des Sadocides et des Ebyatars, puisqu’il s’agit d’une fonction héréditaire réservée, depuis le temps du roi David, aux descendants de Yaïr (Nombres 32, 414). On en trouve confirmation un peu plus loin, dans un Livre historique (deuxième livre de Samuel 20, 25-26) : « Shiya était secrétaire ; Sadoq et Ebyatar étaient prêtres. De plus, Ira le Yaïrite était prêtre de David. »

La première fois qu’apparaît le nom de Marie Madeleine dans l’Évangile, c’est lorsqu’on nous explique qu’elle est « ressuscitée d’entre les morts » par Yaïr en l’an 17. Cette opération, qui consiste, comme on l’a vu, à sauver quelqu’un de l’obscurité éternelle, désigne soit une promotion au sein de la communauté (essénienne) de ceux qui suivent « la Voie », soit la suspension d’une excommunication, c’est-à-dire le rachat de la mort spirituelle. (à noter qu’aujourd’hui encore les francs-maçons emploient ce terme.) Les femmes n’étant jamais excommuniées, il ne peut s’agir dans le cas de Marie Madeleine que d’une cérémonie initiatique.

Celle-ci intervient à l’âge de douze ans pour les garçons, et à quatorze ans chez les filles. Marie Madeleine étant « ressuscitée » en 17, il en ressort qu’elle est née en l’an 3 de notre ère, et qu’elle a par conséquent neuf ans de moins que Jésus, son mari, qu’elle épouse en 30. Comme elle tombe enceinte en décembre 32, elle a trente ans lors de la célébration de son second mariage, qui intervient quelques mois avant la naissance de sa fille Tamar, en septembre 33. Quatre ans après, elle met au monde jésus Justus, le fils aîné de Jésus-Christ, et en 44 (alors qu’elle a quarante et un ans) son frère cadet, joseph. A cette époque, elle se trouve à Massalia (Marseille), ville fondée par les Grecs et où l’on parle encore leur langue, ce qui nous amène à préciser que si les juifs, au temps du Christ, parlent une langue sémitique, celle-ci est fortement mâtinée de grec, et bientôt de latin.

Tradition gnostique oblige, Marie Madeleine connote la sagesse (Sophia), représentée par le soleil, la lune et les étoiles. Dans cette optique, elle se confond avec l’Esprit Saint, dont elle est l’image sur terre, partant en exil avec le fils aîné du Christ, traquée par les Romains qui veulent détruire « le reste de ses enfants ».

C’est ainsi qu’il faut entendre ce que nous dit Jean dans l’Apocalypse (12, 1-17) :

Un signe grandiose apparut dans au ciel : une Femme ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement. Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème. [...] En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né. Or la Femme mit au monde un enfant mâle [... 1 ; et son enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône, tandis que la Femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge [...]

Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon [...] On le jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique Serpent [...] Mais eux l’ont vaincu par le sang de l’Agneau et par la parole dont ils ont témoigné [... 1 Se voyant rejeté sur terre, le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l’Enfant mâle. Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu’au refuge [...] Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s’en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus

Marie Madeleine part en Gaule avec Marthe et une servante, du nom de Marcelle. L’apôtre Philippe, Marie Jacob (lépouse de Cléophas) et Marie Salomé, alias Hélène, sont aussi du voyage, qui s’achève à Ratis, petit port de la côte méditerranéenne, dans le delta du Rhône, devenu depuis les Saintes-Maries-de-la-Mer. Or, si Marie Madeleine et Marthe jouent un rôle de premier plan dans l’Évangile, Paul ne fait jamais allusion à leur exil dans ses épîtres, rédigées ultérieurement.

Vie de Marie Madeleine

La Vie de Marie Madeleine de Raban Maur (776-8566) s’inspire de nombreux récits de la vie de notre héroïne, qui remontent à une époque reculée. On trouvera, au début du XVe siècle, une copie de ce manuscrit à Oxford, ce qui donnera lieu à la création du Magdalen Collige par William de Waynfleete en 1448. Matthew Paris le mentionne déjà en 1190 dans sa Chronica majora, et il figure dans le Scriptorum ecclésiasticorum historia literaria basilae d’Oxford. En France, Louis XI (1423 -1483, qui régna de 1461 à sa mort) insiste sur la place occupée par Marie Madeleine dans la lignée dynastique royale française. Enfin, toujours dans le même pays, au XIXe siècle Lacordaire publie Sainte Marie Madeleine, une étude très éclairante, à rapprocher de La Légende de sainte Marie Madeleine, livre écrit au début du XIIIe siècle par Jacques de Voragine, archevêque de Gênes, puisqu’ils soulignent tous les deux qu’Eucharie, la mère de Marie Madeleine, appartient à la famille royale d’Israël (en réalité, elle est d’ascendance asmonéenne, et non davidique).
Marie Madeleine selon la Légende dorée

C’est toutefois La Légende dorée qui rendra célèbre Jacques de Voragine. Publié au départ en latin et en français, cet ouvrage sera ensuite partiellement traduit en anglais, certains passages essentiels étant malencontreusement omis - erreur vite corrigée, car sur les conseils du comte d’Arundel, William Caxton offrira bientôt au public anglais une version intégrale de ce texte, qui est une véritable hagiographie, c’est-à-dire une rédaction de la vie des saints destinée à magnifier, par des exemples et des anecdotes, les préceptes de l’Évangile. Cet ouvrage connaîtra une fortune extraordinaire, et l’on en donnera lecture, très souvent quotidiennement, dans les monastères et les églises d’Europe (Grande-Bretagne exceptée).

Sainte Marthe de Béthanie

L’un des développements les plus saisissants concerne Sainte Marthe de Béthanie et sa sœur, Marie Madeleine. En voici un résumé, retranscrit en français moderne :

Sainte Marthe, qui hébergea Notre-Seigneur Jésus Christ, est issue d’une famille royale. Son père, originaire de Syrie, s’appelait Syro, et sa mère Eucharie. Sa soeur et elle héritèrent de leur mère trois propriétés : le château Madeleine, Béthanie, et un quartier de Jérusalem. Après l’Ascension de Notre-Seigneur, et une fois que les disciples se furent dispersés, elle embarqua, avec son frère Lazare et sa soeur Marthe, sur un navire qui, placé sous la protection de Notre-Seigneur, a touché la terre à Marseille. De là, ils se sont rendus dans la région d’Aix, où ils ont fait partager leur foi aux habitants.

Magdalena

Madeleine (ou Magdala) vient de migdal, qui signifie « tour » en hébreu. Ne nous laissons pas abuser par la déclaration selon laquelle nos deux « sœurs » détiennent trois propriétés, étant donné que les Marie (ou, si l’on veut, les Miryam) n’ont pas le droit de posséder des biens immobiliers. Leur héritage désigne en réalité le rôle éminent de gardiennes qui est le leur, au sein de la communauté de Qumrâm, en écho à ce que dit le livre de Michée (4, 89).

Si c’est à Rennes-le-Château (village situé dans l’Aude) que l’on célèbre avec le plus de ferveur le culte de sainte Marie Madeleine, il ne faut pas oublier la dévotion à sa tombe, sise à Saint-Maximin, et gardée au début du Moyen Age par les moines rassemblés sous la houlette de Jean Cassien. Rappelons ce que fut l’œuvre de ce dernier : alors que saint Benoît (de Nursie) est le père du premier ordre monastique en Occident (par le biais de la fondation de l’abbaye du monastère du Mont-Cassin, où il édicte la Règle), il a eu un prédécesseur de taille en la personne de Jean Cassien, qui fonde deux établissements à Marseille aux alentours de 410 (et qui lui-même suit l’exemple de saint Martin, évêque de Tours, et de saint Honorat, archevêque d’Arles12. L’innovation de Jean Cassien et de ses continuateurs, au premier rang desquels saint Benoît, consiste à soustraire la vie monastique à l’autorité de la hiérarchie ecclésiastique. Notre homme dénonce ainsi en la prêtrise une « funeste pratique » et met en garde les moines contre les évêques. De retour du Proche-Orient, où il a mené une vie d’ermite (en Égypte, au sein de groupement d’anachorètes, et à Bethléem), il fonde deux monastères à Marseille, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes. Devenu un centre de la vie conventuelle, cette ville donnera également naissance à la Chandeleur, qui remplace la fête de Perséphone. C’est également dans la cité phocéenne que naît le culte de la Vierge.

Saint Guilhem le Désert

Autre lieu de culte important à l’époque, la chapelle romane de Saint Guilhem le Désert (petite bourgade située dans la banlieue de Montpellier). L’église de Rennes-le-Château est officiellement consacrée à Marie Madeleine en 1059 et, en 1096 (l’année ou Pierre l’ermite prêche la première croisade) commence la construction de la basilique Sainte-Marie Madeleine à Vézelay- C’est aussi là que saint François d’Assise (1182-1226) fonde (en 1210) l’ordre dit des Franciscains, et que saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), le moine à qui l’on doit l’abbaye de Cîteaux et l’ordre des cisterciens, prêche en 1146 la seconde croisade, devant Louis VII le jeune et Aliénor d’Aquitaine. La dévotion à Marie Madeleine est donc indissociable de l’enthousiasme des croisés qui partent pour la Terre sainte.

Cisterciens, dominicains et franciscains et autres ordres monastiques actifs à l’époque vivent par conséquent à l’écart de « l’évêque de Rome » (le pape), mais tous manifestent la même piété à l’égard de Marie Madeleine. En participant en 1128 à la rédaction de la Règle de l’ordre des Templiers, saint Bernard (de Clairvaux) stipule que les chevaliers du Temple doivent se réclamer de Béthanie, « le château de Marthe et de Marie (Madeleine) ».

Il est dès lors évident que les grandes cathédrales dédiées à Notre-Dame, à l’initiative des Templiers, ne célèbrent pas Marie, la mère du Christ, mais bel et bien Marie Madeleine, l’épouse divine.


2. Bibliographie Début de page





3. Textes et Éncartés

3.1 Table des matières des sujets Début de page

Acta Pilati - Actes de Pilate ou Évangile de Nicodème – Apocryphe Copte
L’Apocryphon de Jean – Apocryphe Copte
Authentikos Logos – Apocryphe Copte
Évangile de Judas – Apocryphe Copte
Évangile de Marie – Apocryphe Copte
Évangile de Philippe – Apocryphe Copte
Évangile de Pierre – Apocryphe Grec
Évangile de Thomas – Apocryphe Copte
Fragment du Discours Parfait – Apocryphe Copte
La Lettre de Pierre à Philippe – Apocryphe Copte
Le Protévangile de Jacques – Apocryphe Égyptien ou de l’Asie Mineure

Jésus de Nazareth dit Jésus Christ
Les anges et les démons judéo-chrétien et islamique
Manuscrits de Nag Hammadi et d’autres Bibliothèques

Référence publication :
Avant-propos
Eric - Infologisme.com

Prismes Hebdo

Patricia Chirot - Écrivain
Auteur de « La Quête de l’Anneau, l’Épopée dont Vous êtes le Héros »,
aux Éditions Ramuel.

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Auteur
Patricia Chirot Début de page
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