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Sujet Pollution Date 30-03-2006
Titre Forêts et changement climatique Section Planète
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L’aménagement des forêts joue un rôle clé


Le changement climatique et les forêts sont indissolublement liés. D’une part, les forêts subissent déjà les conséquences de la modification du climat de la planète par un accroissement des températures annuelles moyennes, une altération des régimes de précipitations et des phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents.

D’autre part, les forêts et le bois qu’elles produisent piègent et stockent le dioxyde de carbone, jouant un rôle essentiel dans l’atténuation du changement climatique. Revers de la médaille: lorsqu’elles sont détruites ou surexploitées et incendiées, les forêts peuvent devenir des sources de gaz à effet de serre, le dioxyde de carbone.

Selon la FAO, il faut prendre dès maintenant des mesures pour gérer ces liens complexes dans une optique holistique.

“ Nous devons assurément arrêter la déforestation et accroître la superficie des terres émergées boisées”, affirme Wulf Killmann, qui préside le groupe de travail interdépartemental de la FAO sur le changement climatique. "Mais il nous faut aussi remplacer les combustibles fossiles par des biocarburants – comme les combustibles ligneux de forêts gérées rationnellement – afin de réduire les émissions de carbone. Nous devrions aussi utiliser plus de bois dans des produits durables pour éliminer le carbone de l’atmosphère pendant des périodes plus longues".

Comment piéger mille milliards de tonnes de carbone

Lorsque les combustibles fossiles brûlent, ils émettent du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement de la planète et au changement climatique.

Les arbres et les forêts aident à atténuer ces changements en prélevant le dioxyde de carbone de l’atmosphère et en le convertissant durant la photosynthèse en carbone qu’ils emmagasinent ensuite sous la forme de bois et de végétation, un processus connu sous le terme de "piégeage du carbone".

Les arbres sont généralement constitués d’environ 20 pour cent de carbone et la biomasse totale des forêts fait fonction également de "puits de carbone". Par exemple, la matière organique présente dans les sols des forêts, tel l’humus produit par la décomposition des matières végétales, sert aussi de réservoir à carbone.

En conséquence, les forêts emmagasinent d’énormes quantités de carbone: au total, les forêts et les sols forestiers mondiaux stockent plus de mille milliards de tonnes de carbone – deux fois plus que le volume présent dans l’atmosphère – d’après les études de la FAO.

La destruction des forêts, en revanche, injecte près de six milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère chaque année. Empêcher ces stocks de carbone d’être relâchés est important pour le bilan du carbone et vital pour la conservation de l’environnement, déclare l’Organisation des Nations Unies.

Mieux utiliser les forêts

Les forêts pourraient être mieux utilisées dans la lutte contre le changement climatique non seulement en empêchant l’abattage mais aussi par des programmes de boisement (nouvelles plantations) et de reboisement (replantation des zones déboisées).

En particulier sous les tropiques, où la végétation pousse vite et absorbe donc le carbone plus rapidement, la plantation d’arbres prélève de grandes quantités de carbone en un laps de temps relativement bref; les forêts peuvent stocker jusqu’à 15 tonnes de carbone par hectare et par an dans leur biomasse et leur bois.

La FAO et d’autres experts ont estimé que la rétention mondiale de carbone dérivant d’une baisse de la déforestation, de l’accroissement du recrû forestier et de l’expansion de l’agroforesterie et des plantations pourrait compenser environ 15 pour cent des émissions de carbone des combustibles fossiles au cours des 50 prochaines années.

Le bois récolté constitue également un puits de carbon; le bois utilisé dans l’industrie du bâtiment ou en ameublement stocke le carbone efficacement des siècles durant. La fabrication des matériaux de construction énergivores utilisés à la place du bois – tels que plastique, aluminium et ciment – requièrent des quantités considérables de combustibles fossiles. Les remplacer par du bois porterait d’autres avantages en termes de réduction des émissions de carbone.

De même, l’utilisation des combustibles ligneux à la place du pétrole, du charbon et du gaz naturel peut véritablement atténuer le changement climatique. Le bois et la biomasse qui brûlent relâchent effectivement du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, mais si ces combustibles viennent d’une forêt gérée dans une optique durable, les émissions de carbone peuvent être compensées par de nouvelles plantations d’arbres. D’ailleurs, si elles sont bien gérées, les forêts peuvent fournir une énergie biologique quasiment sans apport de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

La hausse des températures modifiera la répartition des forêts

Selon la capacité des essences forestières de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, le réchauffement de la planète pourrait modifier le panorama forestier mondial, selon la FAO.

L’aire de répartition de toute espèce végétale dépend en grande partie des régimes de température et de précipitations, de sorte que le changement climatique a de grandes chances d'entraîner une nouvelle distribution des essences forestières.

Selon une étude de la FAO, les essences forestières tendent à se déplacer vers les plus hautes latitudes et altitudes en raison du réchauffement de la planète. Dans ce contexte, les habitats des arbres dans l’hémisphère nord peuvent s’étendre à 100 km au nord, tandis que leurs frontières méridionales pourraient reculer du même ordre de grandeur pour chaque degré dépassant les températures régionales actuelles.

De même, les scientifiques prévoient que le pin à encens (Pinus taeda), une importante essence forestière industrielle de la région sud-est des Etats-Unis, pourrait se déplacer jusqu’à 350 km vers le nord sous l’effet d’une augmentation de 3 degrés des températures de la planète.

Ces modifications de la répartition des forêts ont déjà été observées. En Suède, durant la première moitié du XXème siècle, l’aire de répartition du bouleau (Betula pubescens) s’est déplacée au nord vers la toundra pour faire face au réchauffement climatique.

La vulnérabilité croît avec l’altitude

Outre le déplacement vers le nord, les essences forestières pourraient grimper plus haut pour échapper au réchauffement de la planète.

L’étude de la FAO a cité des travaux de scientifiques réalisés dans les Alpes autrichiennes qui ont constaté que les essences végétales alpines ont "migré" vers des altitudes plus élevées (de moins d’un mètre à près de 4 mètres par an au cours du siècle dernier). Les Alpes centrales se sont réchauffées de 0,7 degré Celsius durant la même période.

Cette tendance rendrait de nombreuses essences plus vulnérables aux pressions génétiques et environnementales, car les habitats de montagne sont généralement limités en taille, ce qui restreindrait alors les peuplements d’essences et, partant, la diversité de leur pool génique.

Impact mineur ou risque d’extinction

Toutes les essences ne réagiront pas en se déplaçant vers le haut, fait remarquer la FAO. Certaines auront une meilleure capacité d’adaptation aux nouvelles conditions climatiques et pourraient continuer à occuper plus ou moins leurs aires de répartition actuelles.

Pour d’autres, par contre, le changement climatique pourrait l’emporter sur leur capacité d’adaptation et conduire ainsi à leur extinction.

En effet, met en garde la FAO, au siècle prochain, le climat de la terre devrait se modifier plus rapidement que le rythme d’adaptation ou de rétablissement sous des climats plus favorables de nombreux écosystèmes forestiers, faisant planer le spectre de disparitions à grande échelle d’espèces arborescentes et de forêts entières.

Les forêts, victimes des phénomènes climatiques extrêmes et de l’intensification des feux

Une conséquence du changement climatique touchant les forêts est l’accroissement des phénomènes climatiques extrêmes, qui peuvent causer des pertes d’arbres importantes. La valeur des arbres endommagés par l’ouragan Ivan en 2004 est estimée à des centaines de millions de dollars dans les 12 comtés des Etats-Unis les plus durement frappés (les comtés sont des régions administratives de taille moyenne, plus petits que les états).

En dehors de ces impacts directs, les inondations et les tempêtes peuvent également modifier les écoulements d’eau dont dépendent les arbres, nuisant à la santé des forêts.

La modification du climat a une autre conséquence: les espèces exotiques nuisibles qui envahissent les écosystèmes perturbés. Les changements de températures et de précipitations peuvent favoriser les infestations d’insectes, aussi bien dans les forêts boréales du nord que dans les plantations tempérées et de bois tropicaux, avec des conséquences dévastatrices.

Feux de forêt aggravés par le réchauffement

Ces changements escomptés des habitats des espèces forestières, de la composition des forêts et de la dimension et de la fréquence des populations d’insectes influeront également sur la dynamique des feux de forêt.

Bien que ceux-ci soient essentiellement provoqués par la main de l’homme, leur fréquence croissante peut être due aux températures plus élevées et à la modification des vents dérivant du changement climatique.

Les sécheresses régionales sont clairement liées à la fréquence et à l’intensité des incendies. Lors de la vague de chaleur qui a touché le Portugal durant l'été 2003, près de 400 000 hectares de forêt ont été brûlés, la plus vaste superficie boisée incendiée en une année dans toute l’histoire du pays.

Aider les forêts à réagir

" Les responsables forestiers devraient évaluer la vulnérabilité de leurs forêts et la sensibilité des essences aux conditions météorologiques extrêmes”, selon Dieter Schoene, un expert de forêts et de changement climatique de la FAO.

" Ils doivent commencer à envisager des mesures pour aider les forêts à faire face et à s’adapter au changement climatique, sinon les forêts ne survivront pas à longue échéance", ajoute-t-il.

Dans les pays en développement, les évaluations de la vulnérabilité forestière peuvent être effectuées dans le cadre des «Plans d’action nationaux d’adaptation» lancés par la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Ce programme prévoit d’aider les pays pauvres à identifier des actions prioritaires pour s’adapter aux effets négatifs du changement climatique.

Référence publication :
www.fao.org
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