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Sujet Légende Date 02-10-2012
Titre La légende du Graal Section Homo Sapiens
Article

Théodoredapolis ou Le cycle gothique du Graal


Kyot ist ein Provenzal,
der dise âventiur von Parzival
Heidensch geschriben sach,
Swaz er franzoys dâ von gesprach.

Wolfram von Eschenbach.


La Légende du Graal



Présentation

La célèbre légende du Graal, qui marqua profondément l‘imaginaire médiéval, nous est parvenue par l‘intermédiaire de plusieurs œuvres de la fin du douzième siècle. Parmi celles-ci, « Perceval, ou le comte du Graal », roman rédigé vers 1180 par le trouvère Chrétien de Troyes, semble constituer le modèle original. On sait que cet auteur vécut longtemps à la cour de Champagne, où il était le protégé de la comtesse Marie, fille d‘Eléanor d‘Aquitaine et de Louis VII, et épouse du comte Henri 1° le Libéral. Son « Perceval » nous conte l‘histoire d‘un orphelin de bonne lignée, héros de nombreuses aventures chevaleresques, dont la plus insolite est sa rencontre avec le roi Pêcheur, mystérieux personnage qui souffre d‘un mal inguérissable. Invité par ce dernier en son château, il y assiste au cérémonial du Graal au cours duquel il aperçoit successivement un chandelier, un grand plat, une lance qui saigne et, finalement, le Graal porté par une vierge. Surpris par la magnificence de cet insolite défilé, il n‘ose demander la moindre explication. Pourtant, et c‘était là le fond du problème, poser la question aurait rendu la santé au roi, et restauré en même temps la prospérité du royaume : la Terre Gaste.

Quelque années plus tard, Robert de Boron reprit le sujet avec son « Estoire dou Graal ». C‘est lui qui en donna la première version chrétienne, puisqu‘il décrivit le Graal comme la coupe qui aurait servi à Jésus, lors de la Cène. Coupe dans laquelle, par la suite, Joseph d‘Arimathie aurait recueilli le sang et l‘eau qui s‘échappaient de la blessure, ouverte dans le flanc du Christ par la lance du centurion Longin. Ce vaisseau sacré aurait ensuite été transportée en Occident, en un lieu nommé Avalon, par ce même Joseph d‘Arimathie et son ami Nicodème, tous deux témoins éminents de la Passion.

La quête mystique de cet objet au pouvoir miraculeux, intégrée dans cycle arthurien des Chevaliers de la Table Ronde et de leurs merveilleuses aventures, constituait donc le thème principal de ces œuvres. Selon l‘avis d‘éminents spécialistes, le fond de ces récits trouverait son origine dans de vieilles légendes celtiques tardivement christianisées, notamment le recueil des « Mabinogion » gallois.

Une troisième version, dont nous allons essayer d‘analyser une partie de la trame, est due à la plume d‘un très célèbre minnesänger allemand, Wolfram von Eschenbach, qui vécut entre 1150 et 1220.



Le Parsifal de Wolfram d‘Eschenbach

On sait peu de choses sur les origines de ce poète, sinon qu‘il était un chevalier franconien qui vécut un temps à la Wartburg, cour du landgrave Hermann de Thuringe. Certains exégètes pensent, à la lecture de ses écrits, qu‘il aurait peut-être appartenu à l‘Ordre du Temple. Il est l‘auteur du célèbre Parzival, l‘une des œuvres maîtresses de la littérature allemande du Moyen-Age, qui fut remise au goût du jour et immortalisée par Richard Wagner, à la fin du siècle dernier. Comme les précédentes, il s‘agit d‘une œuvre composite dont le traducteur français, Ernest Tonnelat, estime que l‘essentiel de l‘inspiration a été puisé chez Chrétien de Troyes. Cependant, Tonnelat est tout de même troublé par l‘insistance que l‘auteur apporte à rappeler ses sources, et par le fait qu‘il affirme que le poète champenois aurait utilisé les mêmes. Wolfram écrit, en effet :

« Maître Chrétien de Troyes a conté cette histoire, mais en l‘altérant, et Kyot, qui nous transmit le conte véritable, s‘en irrite à bon droit... De Provence, ce conte est venu sous sa vraie forme en pays allemand... »

Pour le minnesänger, donc, le récit véridique du Graal aurait été transmis en Germanie par un certain Kyot le Provençal qui, fait nouveau et intéressant, l‘aurait puisé à une source espagnole. Il précise d‘ailleurs comment Kyot aurait découvert cette légende, à Tolède, dans un vieux grimoire poussiéreux :

« Kyot le maître illustre trouva à Tolède, parmi des manuscrits abandonnés, la matière de cette histoire notée en écriture arabe. Il fallut d‘abord qu‘il apprit à discerner les caractères (...) mais il n‘essaya pas de s‘initier à la magie noire. Ce fut grand avantage pour lui d‘avoir reçu le baptême car, autrement, cette histoire fut demeurée inconnue. »

La traduction proposée par le romaniste allemand Otto Rahn, auquel nous nous réfèrerons plus loin, est légèrement différente et beaucoup plus poétique :

Au grimoire obscur d‘un païen
A Tolède, dans la poussière,
Kyot, le maître valeureux
Trouva la fable qui nous mène
A la source de la légende.

Mais la vraie nature du Graal lui fut dévoilée par un païen au savoir de haut renom, né de père arabe mais dont la famille était d‘Israël, et qui avait pour nom Flégétanis. Ce dernier, scrutant dans le ciel le mouvement des constellations, y aurait découvert ce lourd secret dont il ne parlait qu‘en tremblant.

Flégétan, le païen, vit,
Mais ne le confia qu‘en tremblant,
Dans le cours des astres et leur lumière,
Ce profond secret qu‘il révéla :
Il existe une chose, nommée le Graal.
Ainsi parla-t-il lorsqu‘il trouva ce nom

Clairement inscrit dans les étoiles.

L‘identité de ce Kyot le Provençal, qui n‘est pas connu comme troubadour, n‘a pu être établie avec précision. Il a été primitivement identifié au trouvère Guyot de Provins, dont Kyot serait la tournure allemande. On ne sait pas grand chose de ce Guyot, sinon qu‘il fut l‘auteur d‘une « Bible », qui n‘est autre qu‘une satire des diverses classes de la société du douzième siècle. Ce qui incita de nombreux spécialistes à penser que l‘informateur de Wolfram von Eschenbach ne pouvait être ce personnage. C‘est ainsi, que l‘une des dernières thèses sur le sujet faisait référence au moine espagnol Guillaume de Tudela, connu pour être l‘auteur d‘une partie de la « Canso de la Crozada » ; il s‘agit de la croisade conduite contre les Cathares à partir de 1209, à l‘initiative du pape Innocent III. Toutefois, il semblerait que ce personnage ait vécu un peu tardivement pour avoir inspiré Wolfram, puisque les experts estiment que l‘œuvre de ce dernier est antérieure à 1210. En l‘espèce, et dans la mesure où il est possible d‘oser une nouvelle conjecture, le troubadour toulousain Peire Vidal, poète errant qui avait séjourné à Tolède, puisqu‘il fréquenta, entre 1180 et 1205, les cours de Castille et Aragon, puis celles de Provence, Italie et Hongrie, pourrait être un candidat plus approprié !

Parzival est un très long poème de vingt-cinq mille vers, composé autour de l‘an 1200, dont le sujet principal est, effectivement, le même que celui du Perceval de Chrétien de Troyes. Le héros, jeune homme pur et innocent, est le fils de Gamuret , prince d‘Anjou, et d‘Herzéloïde, soeur du roi Anfortas qui - on l‘apprendra au fil de la lecture, - est le fameux roi Pêcheur. Mais ce Gamuret a déjà eu un fils, Feirefis, avec une princesse orientale nommée Bélacane.

Son époux ayant été tué au cours d‘une lointaine bataille, Herzéloïde se retira dans une forêt isolée où elle tenta d‘élever son jeune fils à l‘abri du péché et des choses de la guerre. Mais ce dernier, devenu adolescent et ayant par hasard rencontré des chevaliers, décida de se rendre avec eux à la cour du roi Arthur. Fugue qui poussa sa mère au désespoir, et la fit mourir de chagrin. Après de multiples aventures, Parzival épousa la reine Condwiramour, puis la quitta pour entamer de nouvelles pérégrinations. C‘est ainsi qu‘il arriva, un soir, au bord d‘un lac perdu dans la forêt :

Vers le soir, Parzival arriva
Auprès d‘un lac où des Pêcheurs
Gardiens et maîtres de ses eaux
Se tenaient dans une barque.
Avec eux se trouvait un homme
De riches habits revêtu.

Cet homme lui indiqua le chemin d‘un château proche et lui annonça qu‘il y serait lui-même son hôte. A son arrivée dans la forteresse, Parzival fut reçu très cordialement puis, le soir venu, et après qu‘il eut revêtu un manteau prêté par ses hôtes, on le conduisit en un lieu où il allait assister au déroulement d‘un cérémonial très insolite : la liturgie graalienne.

Dans une très vaste salle, éclairée par cent lustres et autant de flambeaux fichés aux murs, quatre cents chevaliers étaient rassemblés autour d‘Anfortas, le roi Pêcheur à demi-allongé sur son lit de souffrance.

Le défilé fut ouvert par un page portant une lance, sur la pointe de laquelle on voyait sourdre des gouttes de sang qui coulaient ensuite le long de la hampe. Cette apparition plongea les assistants dans une profonde tristesse et leur arracha moultes lamentations.

Vinrent ensuite nombre de belles dames et demoiselles aux riches atours - dix-huit en tout, - portant des candélabres et des bâtons d‘ivoire. Puis six autres qui précédaient la reine Répanse de Joye. Celle-ci, nous dit le poète, « portait sur un tissu vert achmardi un objet si auguste que le Paradis n‘a rien de plus beau, chose parfaite à laquelle rien ne manquait, et qui était à la fois racine et floraison. Cet objet, on l‘appelait le Graal. »

Sur une soie vert émeraude
Du Paradis portait promesse
A la fois racine et surgeon
C‘était un objet nommé le Gral
Du monde suprême Idéal.

C‘était un magnifique pierre précieuse, une émeraude, qu‘elle déposa sur une grande table basse devant laquelle se tenait le roi Anfortas. Le plateau de cette table était lui-même taillé dans une seule gemme, une hyacinthe aux reflets de grenat, et ses pieds étaient faits d‘ivoire. Le Graal était la pierre de l‘immortalité, mais seuls les bons chrétiens pouvaient l‘apercevoir et bénéficier de ses bienfaits. Ce talisman était capable de provoquer toutes sortes de miracles et, en particulier, d‘apporter sur commande une grande abondance de biens. C‘est ainsi qu‘une multitude de jeunes pages en tirèrent grande quantité de mets délicieux, qu‘ils servirent aux assistants.

Malheureusement, Parzival ne fut pas assez curieux et ne questionna pas le roi Pêcheur sur son état, même lorsque ce dernier, à la fin de la cérémonie, lui remit une magnifique épée. A son départ, le lendemain, le château était vide et, lorsqu‘il passa la porte, il fut invectivé par un personnage invisible. Poursuivant sa marche, il rencontra sa cousine Sigune qui lui révéla qu‘il venait de passer la nuit au château de Montsalvage, et le maudit pour n‘avoir pas demandé au roi la cause de ses tourments. Puis, après s‘être rendu à la cour du roi Arthur, il reprit une errance au terme de laquelle il rencontra un vieil ermite, près de la fontaine Salvage. Celui-ci, qui n‘était autre que son oncle Trevrizent, frère d‘Anfortas, lui révéla la vraie nature du Graal : une pierre précieuse nommée « lapsît exillis ». Tombée du firmament, elle tenait ses vertus de Dieu qui les renouvelait, tous les ans, lors du Vendredi Saint. Ce jour là, une colombe descendait du ciel et déposait une hostie sur la pierre, régénérant ainsi ses pouvoirs miraculeux.

Après que son oncle lui eut accordé le pardon pour son manque de curiosité, le jeune homme reprit sa quête et fut contraint de livrer combat à un valeureux chevalier. Au terme de ce duel, il eut la surprise d‘apprendre que son rude compétiteur n‘était autre que son demi-frère, Feirefis, de qui il put ainsi faire assez tardivement la connaissance. Finalement, c‘est au cours d‘un festin donné par le roi Arthur qu‘apparut une sorcière, nommée Cundrie, venue lui annoncer que le ciel l‘avait désigné comme roi du Graal. Il se rendit à nouveau à Montsalvage, et demanda alors à Anfortas quel était son mal. Ce dernier recouvra la santé et, ayant abdiqué permit à Parzival, - qui avait été rejoint par la reine Condwiramour, - de devenir le nouveau roi du Graal. Des deux fils qu‘ils avaient eu, l‘aîné, Loherangrin demeura à Montsalvage pour prendre soin du Graal, quant au cadet Kardeis, il hérita des pays qui avaient appartenu à Gamuret.

Les spécialistes de l‘histoire des religions et de l‘ésotérisme qui se sont penchés sur cette célèbre légende, pensent que le Graal-coupe associé à la lance - celui des œuvres de Chrétien de Troyes et Robert de Boron, - procèderait d‘une tradition celtique christianisée. La coupe et la lance, qui étaient primitivement les représentations symboliques du féminin et du masculin, furent identifiés, par la suite, à deux symboles de la Passion : la coupe ayant servi lors de la Cène et la lance du centurion Longin. Quant au Graal-pierre de Parzival, qui semble de nature plus exotique, certains ont émis l‘idée qu‘il pourrait provenir de source orientale. Cela n‘a rien pour surprendre puisque, d‘une part, c‘était alors l‘époque des Croisades et que, d‘autre part, l‘auteur donne Tolède comme origine de la légende. Cette ville, on le sait, demeura dans le giron de l‘Espagne musulmane - alors el Andalùs, - pendant presque quatre siècles. Wolfram von Eschenbach établit d‘ailleurs une distinction entre l‘histoire, que Kyot découvrit, rédigée en écriture païenne, dans un vieux grimoire empoussiéré, et la nature du Graal qui lui fut dévoilée par le juif Flégétanis.

NB. Cela s‘intègre très bien dans le contexte historique, puisqu‘on sait qu‘après la Reconquista de Tolède, en 1085, les clercs chrétiens utilisèrent les services de savants juifs de cette ville pour traduire de l‘arabe à la langue vulgaire les ouvrages anciens, avant de les récomposer eux-mêmes en latin.

Il semblerait donc que cette légende du Graal soit née, tardivement, de la confluence d‘une tradition héroïque imprégnant le substrat culturel européen, - tradition fortement revitalisée par les invasions germaniques, - et de la religion chrétienne d‘origine moyen-orientale. Des dizaines d‘auteurs ont déjà glosé, avec plus ou moins de bonheur, sur la nature mystico-ésotérique de ce talisman et ses pouvoirs supposés. Le présent propos n‘est donc pas d‘ajouter une hypothèse supplémentaire au florilège existant, mais d‘essayer, comme cela a été dit précédemment, d‘analyser une partie de la trame de cette légende et tenter de l‘intégrer dans une perspective historique réaliste.



Le Graal-pierre

Dans la description qui est faite de cet objet mystique, le terme le plus étrange, qui a fait l‘objet de multiples exégèses, est celui de lapsit exillîs que lui donne l‘ermite Trevrizent. René Guénon fait le rapprochement avec lapsit ex coelis, contraction phonétique de lapis lapsus ex coelis, c‘est à dire pierre tombée des cieux. On sait que dans la plupart des religions, ces pierres célestes, manifestation de la présence divine, sont des objets sacrés très vénérés. Il en est de fort connues qui, dans le cas le plus général, sont identifiables à des météorites.

Dans la tradition moyen-orientale il y a la « pierre noire de Pessinonte », représentation de Cybèle, qui fut transportée à Rome en 204. Il y a aussi la « Kaaba » de la Mecque, dont la tradition islamique prétend qu‘elle fut donnée à Adam par l‘archange Gabriel. Ces pierres célestes furent dénommées baytili par les latins, terme qui a donné bétyle. Il procède de l‘hébreu Beith-El, autrement dit maison de Dieu et, dans la tradition cananéenne, ce terme désigne à la fois le nom divin et la pierre sacrée. On sait que c‘est le nom que Jacob donna à l‘endroit où il avait fait son chevet d‘une pierre, et où le Seigneur s‘était manifesté à lui dans un songe. « Jacob s‘éveilla de son sommeil et il dit : Certainement, l‘Eternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas ! Il eut peur, et dit : Que ce lieu est redoutable ! C‘est ici la maison de Dieu ! C‘est ici la porte des cieux ! » (Genèse 28,16 et 17) La version latine du dernier verset, telle qu‘elle figure dans la Vulgate, est la suivante : « Terribilis est locus iste : hic domus Dei est, et porta coeli. »

Il existerait aussi une tradition asiatique invérifiable, rapportée par le polonais Ferdinand Ossendowski, promoteur du mythe de l‘Agarttha, à l‘explication duquel s‘attacha longuement René Guénon. C‘est celle de la pierre noire d‘Ourga, en Mongolie, qui fut envoyée jadis au Dalaï-Lama par le Roi du Monde et qui aurait aujourd‘hui disparu.

Mais la mythologie européenne est également riche en pierres sacrées, tombées ou non des cieux. Le plus célèbre des bétyles - si tant est qu‘on puisse ainsi nommer un symbole païen, - se rencontre en Grèce. C‘est l‘Omphalos de Delphes, monolithe ovoïdal dont il existe une copie, d‘époque hellénistique, dans le musée de cette localité. Selon Hérodote, il fut autrefois transporté par des aigles, envoyés par Zeus et partis d‘Hyperborée, qui le lâchèrent sur le Mont Parnasse, au pied des Roches Phédriades. Ce lieu fut dès lors consacré à Apollon, divinité oraculaire, et devint, pour les Grecs anciens, l‘ombilic ou centre symbolique.du monde.

Si, à présent, nous nous penchons sur les traditions des peuples dits barbares, il en est qui pourraient s‘intégrer plus convenablement dans le présent schéma où le Graal-pierre est précisément lié à l‘existence d‘une dynastie royale.

Ainsi en Irlande, terre celtique par excellence, la tradition rapporte que la race de Tuatha dé Danann, descendue du ciel, apporta avec elle une pierre surnaturelle nommée Lia Fail ou pierre de la destinée. C‘était une pierre parlante, c‘est à dire oraculaire, qui se trouvait dans la cité de Tara, capitale de l‘ancien royaume d‘Irlande. Pierre du sacre des rois, elle était également utilisée pour les ordalies. Cette tradition serait confirmée par de très vieux écrits, connus sous le nom de Battle of Mag-Tured, où il est dit que les Tuatha apportèrent avec eux une pierre fatidique ou pierre royale au pouvoir oraculaire, qui permettait de reconnaître le roi légitime. Au Moyen-Age, cette pierre Lia Fail fut emportée en Angleterre, à l‘abbaye de Westminster, où elle se trouve toujours.

Mais intéressons nous plus précisément à l‘Europe continentale. Régis Boyer, dans son ouvrage « la Religion des anciens Scandinaves », fait état d‘une tradition remontant à l‘âge du fer, dans laquelle un monolithe joue également un rôle primordial lors de l‘élection - ou de la destitution - des rois germaniques. Il écrit, parlant de l‘élection du nouveau monarque : « ...il est fait roi au thing de tous les Goths - il s‘agit là d‘une assemblée générale des guerriers, - et monte, à cet effet, sur la pierre de Mora... ». L‘auteur ne fait aucune hypothèse sur l‘origine et les pouvoirs supposés de cette pierre. On peut simplement penser que celle-ci ayant la même fonction sacrale, ils devaient être analogues à ceux de la pierre Lia Fail.

Bien qu‘il s‘agisse là d‘un échantillon restreint, ces deux exemples montrent que chez certains peuples indo-européens il existait un rituel, venu du fond des temps, dans lequel une pierre sacrée servait de support à l‘investiture royale et conférait ainsi la légitimité au monarque. Cette pierre était semblable à l‘omphalos, qui présente le triple caractère d‘être venu des cieux, de posséder le pouvoir oraculaire et de représenter symboliquement le centre du monde.

On sait aussi que chez les Germains, seules certaines familles censées être d‘ascendance divine - ou reconnues aptes à célébrer les dieux, - pouvait accéder à la dignité royale bien que celle-ci fut, en principe, élective. En toute logique, cette fameuse pierre du couronnement devait donc demeurer en possession des dites familles qui constituaient des dynasties de fait.

Pour compléter ce canevas, il faut indiquer que chez ces mêmes Germains, la tripartition classique de la société indo-européenne - prêtres, guerriers et producteurs, - n‘existait pas : il n‘y avait pas de caste sacerdotale, et cette fonction était assurée par le roi, descendant du maître du panthéon ouranien qui régnait sur la peuplade. Il pouvait porter le nom de Wotan, Odin ou encore Terwing, chez les Vési, ancêtres des Wisigoths. A l‘époque protohistorique, on sait que les chefs de clan - qui étaient par définition des guerriers, - portaient le titre de reiks, terme dont l‘éthymologie est très proche de l‘indien rig, du celte rix, ou encore du latin rex. Parmi eux, celui qui était investi de la dignité royale, par prédestination divine puis élection, devenait alors le thiudans. Cela signifie qu‘il revêtait, dès son couronnement, la dignité sacerdotale. C‘est pourquoi le roi des Goths portait le titre de Maître des Runes, ce qui signifie qu‘il possédait la science sacrée. On sait que l‘alphabet runique se composait de caractères symboliques, destinés primitivement à un usage magico-religieux de nature oraculaire, et que sa création était imputée au dieu Odin.

En fait, on connait très peu de choses de ces things, au cours desquels les reiks gothiques étaient élus thiudans par les guerriers de la nation, car ils se déroulaient en général loin des regards des étrangers à l‘ethnie. Toutefois leur aspect, à la fois non orthodoxe et quelque peu folklorique, n‘a pas manqué d‘échapper à certains chroniqueurs. C‘est ainsi que l‘évêque galicien Hydace de Chavès prétend qu‘on lui avait rapporté, en Espagne, que les Goths du royaume de Toulouse se réunissaient la nuit, armés de pieds en cap, en des assemblées au cours desquelles, « au moyen d‘on ne sait quelles ataviques superstitions, les pointes de leurs lances changeaient prodigieusement de couleurs, virant du rouge au vert et du jaune au noir ».

Faut-il ne voir là que l‘excès imaginatif d‘un prélat catholique désireux d‘accentuer le caractère encore païen des Wisigoths installés en Aquitaine ? Ou bien ces derniers se livraient-ils réellement, au cours de leurs things, à des séances de magie collective, résurgence d‘un chamanisme originel ou ultime hommage rendu à Odin - ou encore à Terwing, - leur immémorial dieu guerrier et magicien ! Le chroniqueur Sidoine Appolinaire, gendre du sénateur Avitus et proche du roi wisigoth Théodoric II semble, pour sa part, corroborer partiellement les dires d‘Hydace puisque, dans ses écrits, il évoque aussi une bizarre réunion tenue par les Goths, en 455, à la lueur de la lune. Dans un autre texte, il parle même de la pâle lueur de la Grande Ourse ! Toutefois aucun de ces deux chroniqueurs, relatant de simples dires très fragmentaires, n‘évoque la présence d‘une pierre du couronnement ; probablement pour la simple raison que les things dont il s‘agissait, n‘étaient pas consacrés à l‘élection d‘un monarque !

En fait, au vu de l‘archaïsme pagano-guerrier des moeurs gothiques telles que rapportées par ces deux témoignages - ou encore de celles, plus violentes, de l‘initiation des bersekr, guerriers à la cotte d‘ours consacrés à Odin, - la présence d‘une pierre du sacre n‘aurait en rien ajouté au niveau d‘étrangeté de la situation. On peut donc en inférer que ce rite de la montée sur la pierre du sacre aurait pu, entre autres traditions germaniques, perdurer chez les Goths du royaume de Toulouse. Et peut-être plus tard, en Espagne, avant leur conversion au catholicisme.

D‘ailleurs, on trouve une déformation christianisée de cette tradition dans l‘histoire des Francs. On sait que le roi de cette peuplade, après son élection, était hissé sur le pavois, qui n‘était autre qu‘un bouclier élevé à hauteur d‘épaule par les guerriers. Cette tradition immémoriale d‘élévation du nouveau monarque fut ensuite remplacée par une onction, imitée de celle des anciens rois d‘Israël et conférée par un haut dignitaire ecclésiastique. Mais la tradition germanique de la double fonction symbolique - sacerdotale et guerrière, - perdura dans la monarchie française jusqu‘à la Révolution, puisqu‘on sait que le roi de France portait le titre d‘évêque du dehors.



Le pouvoir de cette pierre symbolique

Dieu, nous dit Wolfram d‘Eschenbach, avait confié la garde de cette gemme extraordinaire et mystérieuse au roi Titurel, chef des Templeisen et fondateur de la dynastie du Graal.

L‘origine de la légende, Tolède, et celle, germanique, de l‘auteur, permettent d‘inférer que cette pierre précieuse pourrait n‘être qu‘une représentation symbolique, mais réduite, de la pierre du couronnement, cette fameuse pierre de Mora des anciens Goths de Scandinavie. Au cours de leur errance d‘un bon quart de siècle, il est évident que les Wisigoths, qui ne disposaient que de moyens très archaïque de transport - des chariots tirés par des boeufs, - ne pouvaient emmener avec eux un monolithe d‘une masse considérable, fut-il sacré ! En outre, le fait que cette gemme soit une émeraude renforce son appartenance virtuelle au cycle gothique, puisqu‘on sait que les rois wisigoths de Toulouse possédaient, dans leur célèbre trésor, une joyau fabuleux - dont il sera question plus loin, - qui avait pour nom la Table d‘Emeraude.

Si cette pierre revêt ici la forme d‘un bétyle, la lapsît exillis, c‘est sans doute par référence aux Ecritures, par le filtre desquelles la légende a transité, et surtout à cause de son origine céleste. « Le païen Flégétanis - qui connaît la marche des étoiles, nous précise le poète, - découvrit, en examinant les constellations, de profonds mystères dont il ne parlait qu‘en tremblant. » Cette origine céleste est d‘ailleurs confirmée par son caractère luciférien - simplement effleuré dans le Parzival et accentué par la suite - qui, comme cela a été dit, traduit en outre une origine païenne de la légende.

Confiée par Dieu au roi du Graal, elle était donc la preuve de la légitimité divine de la dynastie royale que celui-ci avait fondé. Cette fameuse dynastie du Graal pourrait donc être identifiée, ainsi que le pense Julius Evola, à celle de rois légitimes (X) que l‘on pourrait qualifier de la première race, pour utiliser une terminologie chère à certains historiens du siècle dernier. On sait qu‘ils désignaient ainsi la dynastie mérovingienne, oubliant à dessein qu‘avant l‘avènement de Clovis - barbare païen connu pour sa brutale rusticité, converti au catholicisme par pure opportunité politique, - une puissante dynastie d‘origine germanique orientale avait régné sur une grande partie de notre pays et la Péninsule Ibérique.

En Europe, si nous faisons abstraction des héros grecs ou troyens et des Tarquins, toutes les monarchies étaient d‘origine germanique. Les plus anciennement connues sont d‘origine gothique. D‘abord celle des Amales, censée descendre du dieu nordique Odin : donc païenne. Elle régnait au nord de la Mer Noire lorsqu‘elle subit une sérieuse éclipse en 376, passant sous la coupe des Huns, avant de resurgir de façon éphémère en Italie, entre 493 et 550. Ensuite, celle des Balthes qui, nous dit l‘historien byzantin Jordanès : « ne le cédait qu‘à l‘illustration royale des Amales ». Elle fut la première dynastie royale européenne chrétienne mais, hélas pour elle, devenue hérétique par un décret de l‘empereur Théodose qui, en 389, imposa définitivement le credo trinitaire comme dogme du césaro-papisme. Le pouvoir qu‘elle instaura sur une grande partie de la Gaule et la Péninsule Ibérique, antérieurement à l‘émergence des Francs, dura de 418 à 531. Au terme de nombreuses viscissitudes politico-religieuses, ses continuateurs choisirent Tolède comme siège royal et se convertirent finalement à la foi trinitaire en 589.

En toute logique, en Europe occidentale, les vrais rois de la première race furent donc les monarques Balthes de Toulouse (419-531) et non les Mérovingiens. Le malheur, pour eux, fut que la légitimité dynastique leur était conférée par une immémoriale tradition d‘origine païenne, intégrée qui plus est dans un contexte religieux alors non orthodoxe. C‘est pourquoi les rois goths se heurtèrent en permanence à l‘Eglise d‘Occident, et ceci pour deux raisons essentielles :

• - d‘abord ils étaient officiellement chrétiens, mais de confession arienne, donc hérétiques aux yeux de Rome. Mais paradoxalement, les Wisigoths possédaient les Saintes Ecritures, traduites dans leur langue vernaculaire par leur évêque Wulfila depuis l‘an 340, alors que les catholiques durent attendre le début du sixième siècle pour disposer de la Bible, traduite en latin par saint Jérôme et connue, aujourd‘hui, sous le nom de Vulgate. La politique qui découlait de cette situation de fait ne pouvait être que coercitive à l‘encontre du clergé catholique, puisque les monarques goths, à défaut de l‘emprise sur les esprits de leurs sujets aquitains, possédaient la force des armes.

• - ensuite ils refusaient la prééminence classique de la caste sacerdotale sur la caste guerrière. D‘ailleurs, on a vu que traditionnellement, la classe sacerdotale n‘existait pas chez les anciens Germains. Il y avait bien un un clergé arien chez les Wisigoths, mais il était subordonné au roi, le thiudans, investi du pouvoir religieux suprême. Celui-ci, fort de son ascendance divine déclarée, se comportait donc, à l‘image des empereurs romains, en pontifex. Il ne pouvait donc trouver d‘accord avec la hiérarchie religieuse gallo-romaine. D‘ailleurs, d‘Euric à Leovigild, il est difficile de comptabiliser, tant ils sont nombreux, les évêques catholiques exilés ou déportés par les monarques wisigoths !

Le seul qui accepta, par pure ambition politique, de passer sous les fourches caudines du clergé gallo-romain fut le franc Clovis, dans la famille duquel n‘existait ni culture religieuse, ni tradition d‘ascendance divine des ancêtres. D‘ineptes forgeries de clercs de l‘époque mérovingienne essayèrent bien, par la suite, d‘accréditer l‘idée d‘une origine troyenne des Francs, à l‘imitation de la gens Julia de Rome. Cette légende, si l‘on en croit l‘historien Ferdinand Lot, faisait sourire Charlemagne lorsqu‘on l‘évoquait devant lui  !

La prééminence du clergé fut définitivement assurée, en Gaule, dès lors que Clovis accepta de s‘incliner devant un simple évêque, Rémigius. Et à obéir à l‘injonction de celui-ci qui, on le sait, lui ordonna : « Courbe la tête, fier Sicambre. »



La nature « luciférienne » de cette pierre

Dans le Graal-pierre, on retrouve le reflet quelque peu hétérodoxe, sans doute issu de l‘héritage gnostique, du merveilleux chrétien du haut Moyen-Age. Selon Wolfram, le Graal aurait été apporté par des anges qui avaient refusé de prendre parti quand commença la lutte de Lucifer et de la Trinité. Selon la traduction de Tonnelat : « Dieu contraignit ces anges à descendre sur Terre pour garder cette pierre, qui ne cessa d‘être pure, puis en confia la garde à des chevaliers - les fameux Templeisen, - à qui il envoya l‘un de ses anges. »

On rencontre une première dérive ce ce thème luciférien dans une autre œuvre allemande de la même époque, intitulée Wartburgkrieg : le Tournoi de la Wartburg. C‘est le récit d‘un affrontement oral de minnesängers, qui eut lieu à la cour du landgrave Hermann de Thuringe, en 1207, et auquel participa d‘ailleurs Wolfram von Eschenbach. Là, il s‘agissait d‘une émeraude qui ornait la couronne de Lucifer, avant que cet ange n‘accède à la connaissance et ne soit précipité, par Dieu, hors des cieux. Au cours de sa lutte avec l‘archange Michel, cette pierre se serait détachée et aurait été recueillie par des anges fidèles qui la gardèrent, à travers les siècles, jusqu‘au jour où s‘accomplit le sacrifice du Golgotha.

Selon une troisième version à l‘origine incertaine - mais sans doute inspirée de la légende génoise du « Sacro Caténa », - cette pierre luciférienne aurait été taillée par un ange en forme de coupe ; d‘aucuns, sans doute adeptes de la guématrie, précisent même qu‘elle comportait cent quarante quatre faces ! Confiée à Adam, elle aurait disparu lorsque celui-ci fut chassé du jardin d‘Eden pour, finalement, être transformée en un récipent sacré : celui qui servit à la Cène et dans lequel fut ensuite recueilli le sang du Christ, le Sang Réal. Comme précédemment, c‘est au moment de la Passion que cet objet sacré réintégrait le cadre d‘une certaine orthodoxie. Transporté vers les rivages de l‘Occident par Jean d‘Arimathie et Nicodème, il devenait dès lors le Saint-Graal.

Dans tous ces textes de tradition germanique, on voit qu‘il s‘agit d‘une pierre qui recèle un pouvoir mystérieux, mais qui, vue à travers le filtre chrétien - puisqu‘il s‘agit d‘une légende christianisée - est perçue comme luciférienne ; ce qui confirme à la fois son origine céleste et son appartenance primitive à un monde ancien, autrement dit païen. L‘utilisation de l‘adjectif sulfureux qui lui est accolé - puisque certains théologiens avaient désigné ainsi le démon - devrait, pour pouvoir être convenablement interprétée, être réintégrée dans son contexte originel, mais cela déborde du cadre du présent ouvrage.



La matière de l‘histoire, trouvée par Kyot à Tolède

Au delà du pouvoir merveilleux attribué à cette gemme magique, tout porte à croire que l‘histoire, découverte par Kyot dans un manuscrit païen, relate probablement des faits légendaires survenus antérieurement à l‘invasion de l‘Espagne par les troupes du Prophète. On peut donc penser qu‘une partie de la trame de la légende pourrait se rapporter à une situation fort ancienne, une sorte de saga royale transmise, à l‘origine, de façon orale. Pourquoi pas une très vieille légende wisigothique que Tolède, leur ancienne capitale, aurait été, plus que tout autre lieu, capable de sécréter !

L‘analyse de cet ouvrage très composite, élaboré autour d‘une quête qui semble être une allégorie du dogme de la Rédemption - mais pourrait être aussi une tentative héroïque de reconquête de l‘état primordial, - nécessite un lecture à plusieurs niveaux. Ainsi, pour mettre en évidence les composantes originales du drame, dont les acteurs appartiennent tous à une même famille - la dynastie du Graal - il est nécessaire d‘évacuer toutes les éléments exogènes. Ce sont ceux qui appartiennent au cycle arthurien - calqués sur Chrétien de Troyes, - et ceux plus exotiques d‘un cycle oriental propres à cet ouvrage, qui semblent résulter soit du lieu d‘origine ibéro-arabe de de la légende, soit de l‘apport des Croisades.

Dans ce nouveau cadre expurgé, et pour respecter la règle des trois unités, le temps n‘est plus celui de la durée de la quête du Graal, mais devient celui de la dynastie du Graal. Le lieu n‘est plus celui - multiple et changeant, - des tribulations du héros, mais le temple du Graal, barycentre du drame, situé dans le château du roi Pêcheur qui a pour nom Monsalvage. Cette forteresse est bâtie sur une haute colline, au pied de laquelle se trouve un lac, sur lequel Parzival a rencontré le roi-Pêcheur : c‘est le lac Brumbâne. Non loin de là se trouve aussi la fontaine Salvage, où l‘ermite Trevrizend a sa demeure. Enfin, le pays alentour, sur lequel règne le malheureux monarque, porte le nom de Terre Salvage ; c‘est aussi la Terre Gaste, c‘est à dire désolée. C‘est, à l‘évidence, ce qui reste d‘un ancien royaume perdu !

Quant à l‘action, faisant abstraction des diverses aventures du héros, elle se réduit pour nous au cérémonial graalien, avec ses personnages et ses divers symboles et attributs et, accessoirement, à la visite de Parzival à l‘ermite. Les principaux acteurs directement impliqués dans le drame, appartenant ou non à la dynastie du Graal, sont dans l‘ordre les suivants :


• Titurel, premier roi du Graal qui bâtit autrefois la forteresse de Montsalvage.

• Son fils Frimutel.

• Anfortas, fils du précédent, roi Pêcheur poursuivi par la malédiction.

• Herzéloïde, sa soeur.

• Gamuret, époux d‘Herzéloïde, et Feirefis son fils d‘un premier lit.

• Parzival, enfin, qu‘un sort inéluctable destine à devenir lui-même roi du Graal. Il est, par sa mère, l‘arrière-petit-fils de Titurel, fondateur de la dynastie.


Quant aux attributs ou symboles de la liturgie, ce sont une gemme qui représente le Graal ; une lance qui saigne ; une table dont le dessus est fait d‘une pierre précieuse, une épée et, accessoirement, des candélabres.



La longue quête des lieux

Dans toute légende, intemporelle par définition, le seul élément tangible est l‘élément matériel, localisable dans l‘espace. La place en est tenue, ici, par le château de Montsalvage dans lequel se trouve le temple. Dans son récit, Wolfram ne donne aucune indication géographique qui puisse permettre de le situer. Il est seulement permis de penser que, l‘origine de la légende étant Tolède, ce lieu avait quelques chances de se trouver en Espagne.

Au quatorzième siècle, un autre auteur allemand nommé Albrecht von Scharfenberg publia un ouvrage, intitulé Le Nouveau Titurel », qui se voulait la continuation d‘un « Titurel » que Wolfram d‘Eschenbach avait mis en chantier mais ne termina jamais. Il semble que ce soit lui qui, le premier, situa le château de Montsalvage dans le nord de l‘Espagne et en donna une description détaillée. Il fallut ensuite attendre Richard Wagner, à la fin du siècle dernier, pour que Parzival et le mythe du Graal sortent de leur torpeur médiévale, et connaissent une notoriété mondiale à travers la musique céleste de l‘Enchantement du Vendredi Saint.

Le Parsifal de Richard Wagner fut donné pour la première fois à Bayreuth, en 1882. Inspirée du poème de Wolfram von Eschenbach, l‘action s‘y déroule dans le burg de Montsalvat, situé dans le nord de l‘Espagne gothique. Ce drame lyrique provoqua un engouement certain chez les romantiques allemands et les mélomanes du monde entier. Il n‘en fallait pas plus pour que d‘aucuns se missent à la recherche du Temple de Montsalvat, dans les régions où l‘avait situé Wagner. Une nouvelle légende se répandit bientôt, laissant entendre que Montsalvat n‘était autre que la célèbre abbaye de Montserrat, située sur une montagne de Catalogne, au nord-ouest de Barcelone. L‘Allemand Richard Hennig tenta avec succès de retrouver l‘origine de cette localisation. Selon son opinion, elle serait due à son compatriote Ludwig Passarge, auteur du volume du célèbre guide touristique Baedecker consacré à l‘Espagne. Celui-ci aurait extrapolé des écrits de Humbold et Goethe ayant trait à Montserrat et, se fiant à son intuition, aurait fait le rapprochement Montsalvat-Montserrat. Propagée par le guide Baedecker, cette nouvelle légende se répandit dans le monde entier sans que personne ne songe émettre la moindre réserve.

Cette identification de Montserrat au Temple du Graal semblait solidement ancrée dans les esprits lorsque, en 1933, un romaniste allemand nommé Otto Rahn, publia un ouvrage intitulé « Croisade contre le Graal ». Il y assimilait le catharisme à la Quête du Graal et se référait, pour cela, au Parzival de Wolfram d‘Eschenbach. Cet ouvrage fut traduit en français en 1934 et, comme cela était prévisible, obtint dans le Midi un succès notable. Il fut réédité en Allemagne, en 1964, et aussi en France, en 1974, dans le sillage de l‘engouement pour le catharisme qu‘avait suscité dans le grand public une célèbre émission de télévision. C‘est un ouvrage documenté, romantique et très prenant, tout à la gloire de la civilisation occitane du siècle des troubadours. Les rôles des principaux protagonistes de la Quête du Graal y sont tenus par les seigneurs occitans, victimes de la croisade des barons du Nord. Le rôle de Parsifal y est tenu par Trencavel, le malheureux vicomte de Carcassonne, et celui de sa mère, Herzéloïde, par Adélaïde la propre mère de Trencavel. Certains rapprochements paraissaient tellement réalistes que d‘aucuns ont, par la suite, pensé avec Rahn que Kyot avait utilisé les noms de ces seigneurs pour les remercier de l‘accueil qu‘il avait reçu, en leur demeure. Ce qui renforce l‘idée que ce Kyot était bien un troubadour ayant fréquenté la cour comtale de Carcassonne, comme Peire Vidal, familier des lieux et amoureux transi de la célèbre Loba de Pennautier !

La personnalité d‘Otto Rahn a donné lieu, depuis, à une très sérieuse controverse, puisqu’on sait à présent qu’il aurait été fermement encouragé à poursuivre ses recherches graaliennes, par le régime nazi. Cet état de fait est perceptible à la lecture de son second ouvrage, intitulé « La Cour de Lucifer », totalement incohérent, comportant des connotations racistes, et qui n‘a que de lointains rapports avec le premier. Cette controverse se poursuivit, d‘ailleurs, après son décès supposé. Il serait officiellement mort par suicide en 1939, sur le glacier de l‘Empereur Sauvage. Certains prétendent même en endura, comme les cathares, alors que d‘autres disent qu‘il aurait été décapité à la hache et d’autres, enfin, qu’il vivait encore pendant la guerre et qu‘il aurait travaillé, pendant cette période, au Moyen- Orient. Ceci précisé, restent ses écrits antérieurs à 1933, dans lesquels il est douteux que puisse transparaître un engagement politique quelconque, et où il apparaît qu‘il maîtrise très bien son sujet. Proche de l‘écrivain toulousain Maurice Magre et de son entourage, il semble que pendant le long séjour qu‘il fit dans l‘Ariège, il fut profondément influencé par les spécialistes locaux du catharisme. Ces derniers contribuèrent à orienter quelquefois ses écrits dans un sens un peu excessif. Il fut hanté par le pog de Montségur, comme on peut l‘être par cette montagne magique et, son romantisme aidant, ne put que placer le Temple du Graal à son sommet. Ce ne pouvait être là que l‘aboutissement logique de son œuvre.

La préface de la seconde édition de son ouvrage a été rédigée par le grand spécialiste de la littérature courtoise et du catharisme qu‘était le carcassonnais René Nelli. Celui-ci considérait en effet avec raison, que les écrits d‘Otto Rahn étaient inséparables du renouveau de l‘intérêt porté à la civilisation occitane des douzième et treizième siècles, et aussi à la cause cathare. Cependant, dans sa préface, il s‘entoure de quelques précautions et pose, d‘emblée, le délicat problème de la possible localisation du Temple du Graal à Montségur. Ce célèbre château cathare, dont Fernand Niel a apporté la démonstration qu‘il possédait la conformation d‘un temple solaire, ne semble en effet présenter aucune des dispositions nécessaires, aux plans de l‘importance et de la structure, pour être le Temple du Graal de Wolfram von Eschenbach.

Il en cite pour preuve la description qu‘en a donnée Albrecht von Scharfenberg dans « Le Nouveau Titurel », et dont la traduction d‘Henry Corbin est la suivante :

« Au Pays de Sauveterre, est une montagne que l‘on nomme Monsalvat. Le roi Titurel a entouré cette montagne d‘une muraille et construit au sommet le Château du Graal... Le Temple forme une vaste et haute rotonde divisée en vingt-deux choeurs, entourant le choeur principal qui est double. Le choeur principal est dédié à l‘Esprit-Saint. Celui qui se trouve à côté est dédié à la Vierge Marie, nous pouvons dire : à la Sophia Eternelle. Le troisième choeur est dédié à Saint Jean. Les choeurs suivants, à chacun des onze Apotres... »

Et René Nelli ajoute les commentaires suivants : «  A première vue, ce Temple consacré à l‘Esprit-Saint, à la Sainte Vierge considérée comme la Sophia Eternelle et à Saint Jean, ne paraît pas très orthodoxe. Son plan circulaire fait penser aux sanctuaires d‘Orient, plus exactement à la Rotonde du Saint-Sépulcre... »

C‘est ainsi qu‘au gré des temps, et de l‘imagination des hommes, le Temple du Graal s‘est déplacé de Montserrat à Montségur, en passant par le Mont-Saint-Michel, Trifels en Allemagne, ou San Juan de la Péña en Espagne. Pourtant, il est avéré qu‘aucun de ces lieux ne présente de ressemblance, même lointaine, avec la seule description que l‘on possède du Temple. Ni même ne s‘intègre avec la moindre cohérence dans le récit. C‘est donc ailleurs qu‘il faut chercher !



Le château de Montsalvage

Il est des idées reçues qui laissent croire que l‘origine des légendes se perd dans la nuit des temps ! Et celle transmise par le fameux Kyot ne devrait pas manquer, en théorie, de vérifier ce vieux poncif ! Si son origine temporelle n‘est pas connue, le lieu de sa genèse, par contre, est décrit avec précision par l‘auteur du récit. Il semble donc logique de penser que le premier fait à prendre en considération, pour orienter la recherche de l‘endroit où pourrait se situer le château de Montsalvage, est indubitablement la source de la légende elle-même. C‘est de la ville de Tolède qu‘il s‘agit, dont on sait qu‘elle fut la capitale des rois wisigoths d‘Espagne après la fin du royaume de Toulouse, et qu‘elle le demeura jusqu‘en 711. Une vieille légende chrétienne provenant de cette ville, qui ne fut libérée qu‘en 1085 du joug musulman, ne pouvait donc avoir, en principe, qu‘une origine antérieure à cette longue période d‘occupation.

Dans l‘ancienne Espagne wisigothique, les seuls évènements historiques antérieurs à l‘an 587 qui nous sont connus, sont ceux rapportés par des prélats catholiques tels Orose, Hydace de Chavès, Isidore de Séville ou encore Jean de Biclar. Or, avant cette date, tous les monarques espagnols sans exception furent hérétiques. Lors de la conversion secrète au catholicisme du dernier roi arien, Récarède - qui eut lieu en février 587 mais ne fut officialisée que deux années plus tard par la tenue du troisième Concile de Tolède, - l‘Eglise d‘Espagne avait décidé d‘effacer irrémédiablement toutes traces de cette hérésie maudite. Peu de gens savent que Récarède, sans doute sur les conseils de son mentor, l‘archevêque Léandre, ordonna alors la destruction par le feu de tous les ouvrages ariens. C‘est ainsi que l‘ensemble de la littérature wisigothique de langue wulfilienne fut détruite, y compris les exemplaires de la fameuse Bible traduite vers 340. Dès lors, l‘histoire ancienne de ce peuple, en particulier celle du royaume de Toulouse, n‘allait plus subsister qu‘à travers les légendes orales. Ou dans quelques vieux parchemins, rescapés de l‘autodafé et rédigés en une écriture wulfilienne sur qui avait été jeté l‘anathème, donc considérée comme « païenne » ! Ainsi, il n‘est pas déraisonnable de penser que les éléments recueillis à Tolède au grimoire obscur d‘un païen par ce fameux Kyot le Provençal, pourrait se rapporter à l‘histoire.ancienne des Goths. Essayons de tenter un rapprochement !

La description qui a été donnée du temple du Graal, que ce soit par von Eschenbach ou son successeur von Scharfenberg, est relativement explicite. Il est situé sur une haute colline que le roi Titurel a entourée d‘une muraille, et qui se nomme Montsalvage ou Montsalvat. Au pied de la forteresse se trouve un lac, et dans les environs une fontaine. Le pays, sur lequel règne Titurel et ses successeurs, a pour nom pays de Salvage ou de Sauveterre. Le temple lui-même est une rotonde, suffisamment vaste pour recéler vingt-deux choeurs sur sa périphérie, et abriter le cérémonial du Graal aux innombrables officiants.

Le pays de Salvage - ou encore de Sauveterre, - peut être facilement identifié à la Septimanie, qui fut le seul lambeau du royaume wisigoth de Toulouse sauvé de l‘invasion franque, au nord des Pyrénées, après la catastrophe de Vouillé, en 507. C‘est donc la « Terre Sauve » par excellence, qui demeura wisigothe jusqu‘à l‘invasion musulmane et, pour certaines parties, jusqu‘à l‘arrivée des Carolingiens. D‘ailleurs, le terme salvage, utilisé par le poète allemand, appartient à l‘occitan, issu lui-même de la langue vernaculaire de la Septimanie ; il vient du bas-latin salvaticus, qui signifie forêt, et sa traduction française est... sauvage ! On peut conjecturer que ce qualificatif était peut-être utilisé dans les régions catholiques limitrophes pour désigner ce pays à la longue tradition hérétique.

NB. A titre anecdotique, dans les basses terres du Lauragais - au delà des « bornes dominicaines » matérialisées par Fanjeaux et Prouille, - l‘auteur a lui-même entendu, il y a environ un demi-siècle, certains anciens désigner les pays montagneux de cette région par la locution de « païs de salvatches ».

Montsalvat - phonétiquement Mountsalbat, - est également un terme typiquement occitan, dont la traduction littérale est « Mont Sauvé ». Cette forteresse de Montsalvat, située dans les montagnes alors couvertes de forêts de Septimanie, ressemble comme une soeur à la cité de Rhedae. Située sur une haute colline et entourée de murailles, il semble qu‘elle demeura toujours inviolée. En outre, son pied était sans doute baigné par un petit lac, d‘origine tectonique et aujourd‘hui disparu. N‘était-ce pas le lac Brumbane ?

Le Temple du Graal est, sans nul doute, le plus facile à identifier. La description qu‘en a donnée von Scharfenberg offre une ressemblance troublante avec celle du Mausolée de Rhedae, qui fut probablement le mausolée dynastique des rois Goths après avoir été celui de l‘empereur romain Constant 1°. Il rappelle, en plus grand, la Rotonde du Saint-Sépulcre de Jérusalem. L‘importance de cet édifice, à la forme très caractéristique, pouvait très facilement permettre le déroulement du cérémonial graalien.

Quant à la Fontaine Salvage, il en existe de nombreuses dans le proche voisinage dont le nom ne déparerait pas une belle légende. Il y a la fontaine de la Gode, au nom prédestiné, et celle, plus poétique, des Amours.



La dynastie du Graal

Le décor ayant été campé - ou plus exactement retrouvé, - il semble nécessaire, à présent, d‘essayer d‘établir un minimum de cohérence entre le fil de la légende et celui de l‘histoire dont il est possible qu‘elle soit issue. Tout porte à croire qu‘à l‘origine, la généalogie du roi Pêcheur n‘était autre que celle d‘une famille royale célèbre frappée par le malheur. La dynastie royale du Graal, mise en scène par le minnesänger bavarois, et directement impliquée dans la drame, comporte quatre générations de monarques. Tout comme la dynastie des rois Balthes de Toulouse qui régna, au nord des Pyrénées, entre 419 et 531. Les voici, présentées de façon synoptique :
  Dynastie du Graal Dynastie des Balthes
1 Titurel Theodorède (Thiuda-raihts)
2 Frimutel Euric (Eber-reiks)
3 Anfortas Alaric II (All-reiks)
4 Parzival Amalaric (Amala-reiks)
Titurel

Le fondateur de la dynastie du Graal qui éleva la forteresse de Montsalvat, ne serait autre que Théodorède - ou encore Théodoric, - premier roi de Toulouse. On ne manquera pas de relever que son nom gotique originel, « Thiuda-raihts » - ou peut-être « Thiuda-reiks », - est phonétiquement très proche de Titurel  !

Parzival l‘ayant aperçu, couché sur un lit, au château de Montsalvage, demanda à Trevrizent qui était cet auguste vieillard aux cheveux gris et au teint clair. L‘ermite lui répondit qu‘il était l‘aïeul de sa mère, et le premier qui se vit confier la bannière du Graal et qui en devint le défenseur. « Il est frappé de podagre, dit-il, mais n‘est pas mort car il peut contempler souvent le Graal. Dans sa jeunesse, il a traversé bien des rivières et bien des contrées pour chercher qui combattre. »

Sur l‘évocation de la jeunesse de Titurel, on pourrait facilement transposer celle de Théodorède. Fils du grand Alaric, il était né quelque part en Grèce, terre des dieux et des héros, vers 497. Il grandit au cours de l‘exode qui conduisit son peuple en Italie - où enfant il assista à la chute de la Cité Eternelle, - puis à Toulouse, après un vaste périple dans le sud de l‘Espagne. Fondateur de la dynastie dite des « jeunes Balthes », c‘est probablement lui qui fit élever les murailles de la cité de Rhédae. Il conduisit ses troupes à la victoire contre le roi des Huns, Attila, et trouva la mort au cours de ce gigantesque affrontement. Peu après un astre errant apparut dans le ciel, frappant de stupeur les habitants de la Gaule et persuadant les guerriers goths que son âme, à l‘instar de celle de Jules César, avait rejoint le Grand Chariot au firmament du Septentrion.

On sait qu‘il eut six fils, dont trois lui succédèrent sur le trône. Parmi eux, le seul connu historiquement pour avoir eu un héritier - qui d‘ailleurs lui succéda, - est Euric.


Frimutel

Il est identifiable à Euric le Grand, le plus puissant des monarques occidentaux du cinquième siècle. Lui et ses frères aînés, qui le précédèrent sur le trône et eurent tous deux une fin tragique, firent sans doute construire le temple-mausolée de Rhedae à la gloire de leur père, vainqueur d‘Attila. Frimutel nous est présenté comme un modèle d‘amour conjugal. En cela, il ressemble à Euric dont la chronique nous rapporte qu‘il était très strict sur les moeurs et qu‘il n‘eut qu‘une épouse, la belle et très influente Ragnahilde dont le souvenir a traversé les siècles, puisque certains on cru la reconnaître en la fameuse reine Pédauque !


Anfortas

Le personnage du roi-Pêcheur, à la blessure toujours ouverte et aux souffrances intolérables ne peut-être, dans ce contexte, que la représentation allégorique d‘Alaric II, fils et successeur du précédent. Il commit la faute irréparable - et surtout impardonnable, - de perdre son royaume à la désastreuse bataille qu‘il livra, à Vouillé, contre Clovis. Lorsque Parzival rencontre l‘ermite Trevrizent, et que celui-ci lui conte l‘histoire de la dynastie du Graal, il lui dit ceci :

« Quand Frimutel, mon père, perdit la vie, on choisit comme roi et gardien du Graal et comme chef de la troupe sainte l‘aîné de ses fils : c‘était mon frère Anfortas. Il était digne de la couronne et de la puissance qui lui était dévolue.(...) Mais le roi du Graal qui recherche l‘amour d‘une femme autre que celle dont le nom est apparu sur la pierre est voué à une dure expiation et à des tourments qui lui déchirent le coeur.(...) Un jour que le roi chevauchait seul, il cherchait aventure et était dominé par la convoitise d‘amour. Dans un combat singulier, il fut blessé en ses parties viriles par une lance empoisonnée ; et jamais plus ton doux oncle ne recouvra la santé. Celui qui bataillait contre lui et qui lui tint tête en cette rencontre était un païen, né au pays d‘Ethnise.(... .) Ce païen se croyait sûr de conquérir par sa vaillance le Graal; il en avait fait graver le nom sur sa lance (... .) Le coup qu‘il porta à Anfortas nous ravit toute joie. Mais il faut vanter la bravoure de ton oncle : le fer de lance était resté dans la blessure. »

Le personnage d‘Alaric II, par le fait qu‘il fut un des grands perdants de l‘Histoire, a été relativement maltraité par les historiens. Elevé dans le luxe de la palladienne Tolosa, et probablement porté sur les amours ancillaires, il se maria très tardivement et semble bien correspondre à la description ci-dessus. D‘autant que Grégoire de Tours rapporte qu‘il livra à Clovis, à Vouillé, un combat singulier au cours duquel il fut tué. Or on sait que ce dernier, d‘une cruauté légendaire et encore païen quelques années auparavant, ne s‘était converti que pour des raisons d‘opportunité politique. Fort de l‘appui ecclésiastique, il pouvait ainsi, au terme d‘un combat victorieux, étendre son emprise sur l‘ancien royaume wisigoth ! Quant à la blessure d‘Anfortas dans ses « parties viriles » - dans lesquelles est d‘ailleurs demeuré le fer de la lance, - elle n‘est autre que la terrible blessure d‘amour propre subie par les Wisigoths. Barbares les plus anciennement romanisés, christianisés depuis presque deux siècles, leur tradition orale faisait d‘eux une sorte de peuple élu puisqu‘ils portaient le nom de dieu  : Goth, ou encore Guthan, vient en effet de Guth qui, en idiome gotique, signifie dieu. Ils pensaient sans doute que leur destin était d‘être toujours vainqueurs ! Or ils avaient été battus par les Francs, considérés par eux, jusque là, comme une tribu germanique politiquement mineure et culturellement très attardée. En effet, lors de la fameuse bataille contre Attila, remportée un demi-siècle plus tôt par la patrice Aétius et la cavalerie du roi wisigoth de Toulouse, le roitelet franc Mérovée, à la tête de quelques maigres troupes, n‘avait joué qu‘un rôle de comparse. Et puis les Francs, fraîchement sortis de leurs forêts rhénanes, n‘étaient devenus chrétiens qu‘après l‘an 498, alors que les premiers Wisigoths convertis l‘avaient été cent cinquante ans plus tôt. Alaric II, monarque indécis, amolli par la sédentarité et la civilisation gallo-romaine avait conduit son peuple au désastre !


Parzival

Ne demeurent à identifier, dans la dynastie du Graal, que les deux derniers personnages qui, à dessein, n‘ont pas été dissociés. Ce sont Parzival, héros de la quête, et son demi-frère Feirefis. Parzival nous est présenté comme le fils d‘Herzéloïde, soeur d‘Anfortas, et d‘un certain Gamuret qui appartient à la famille royale d‘Anjou. Mais on a vu que ce Gamuret avait déjà eu un fils d‘un premier mariage. Voici la généalogie, telle qu‘elle est présentée par Wolfram :
1 Titurel
2 Frimutel
3 Belacane Gamuret Herzéloïde Anfortas
4
Feirefis Parzival
Or, dans la réalité, Alaric II a eu deux fils, tout comme Gamuret dans la légende. L‘aîné, qu‘il eut d‘une concubine, se nommait Geisalic ; c‘était donc un bâtard. Le cadet, que lui donna ensuite son épouse légitime, Thiudigotha, fut nommé Amalaric. Il lui succéda sur le trône gothique après que son grand-père , l‘Amale Théodoric le Grand, eut éliminé Geisalic.


Le détail de la généalogie des Jeunes Balthes est le suivant :
1 Théodorède
2 Euric
3
Concubine Alaric II Thiudigotha
4
Geisalic Amalaric
On voit donc qu‘entre la réalité historique et la légende, il existe une distorsion entre les généalogies 2 et 3, et une seule. Ce qui est peu ! Chez les rois Balthes, la filiation par les enfants mâles est directe, alors que dans la dynastie du Graal, Anfortas n‘a pas d‘héritier, puisque c‘est le fils de sa soeur qui est destiné à devenir roi. Cette erreur résulte peut-être d‘une faille dans la tradition orale ! A moins que ce ne soit là un artifice littéraire destiné à donner un certain attrait au récit, Parzival ne pouvant être présenté comme un fils d‘Anfortas, même perdu de vue depuis longtemps ! Un neveu orphelin faisait beaucoup mieux l‘affaire.

Malgré cette anomalie ponctuelle, on ne peut échapper, ici encore, à une identification parfaite entre Feirefis et Geisalic d‘une part, et Parzival et Amalaric, d‘autre part. Elle est confirmée par les mêmes situations faites aux deux protagonistes dans la réalité et dans la légende. Historiquement, chez les Balthes, on constate que le beau rôle fut tenu par le fils cadet Amalaric, alors que l‘aîné, le bâtard Geisalic, fut brutalement éliminé du contexte politique. Dans la légende, il en est de même : c‘est le cadet, Parzival, qui est le héros de la Quête du Graal, alors que l‘ainé, Feirefis, n‘est qu‘un comparse exilé en Orient dont l‘apparition dans le récit est tardive. En outre, est-ce une une allusion à son illégitimité dans la lignée graalienne, l‘auteur nous le présente comme ayant la peau de deux couleurs !


Leurs successeurs

Pour en terminer, enfin, avec ces divers personnages, il est nécessaire d‘évoquer le destin des deux fils de Parzival et Condwiramour : Loherangrin, qui demeura à Montsalvage pour garder le Graal, et Kardeis qui hérita des royaumes de son grand-père Gamuret. Ici encore, il est possible d‘établir un parallèle historique relativement insolite. Après l‘assassinat d‘Amalaric, en 531, le siège de la monarchie wisigothique passa en Espagne et, une trentaine d‘années plus tard, deux frères furent appelés à se partager le pouvoir. Un « dux » de Narbonne nommé Liuva, qui avait été élu sur le trône wisigothique en 568, refusa, pour des raisons inconnues, de quitter la Septimanie. Il associa au pouvoir son frère Léovigild, qui était alors « dux » de Tolède, et ce dernier régna, dès lors, sur l‘Espagne péninsulaire. Ce règne bipolaire dura cinq ans. Nul historien n‘a essayé d‘expliquer rationnellement le comportement de ce fameux Liuva. Comme Loherangrin, avait-il reçu mission de protéger quelque lieu secret de Septimanie, alors que son frère Leovigild, à l‘image de Kardeis, recevait le royaume ! Cette similitude, entre les personnages et les situations respectives qui leur échurent, est cependant entachée d‘une légère distorsion chronologique : Liuva et Léovigild n‘étaient pas les fils d‘Amalaric, et ne lui succédèrent pas directement. En outre, on ignore s‘ils étaient apparentés à la famile des Balthes, mais il s‘agit là, tout de même, d‘une ultime et étrange coïncidence entre l‘histoire et la légende.


Les attributs symboliques de la liturgie graalienne

Les monarques du Graal ayant été identifiés à des personnages historiques, eux-mêmes liés directement aux lieux, passons à présent aux principaux symboles. On sait que dans la forme christianisée de la légende, la coupe et la lance sont inséparables de la Passion. Dans la présente version, le Graal a été identifié à la pierre du couronnement - ou pierre de Mora, - dont la possession était le gage de la légitimité dynastique. Quant à la lance qui saigne, elle est facilement identifiable à l‘arme qui blessa Anfortas dans ses parties viriles, et donc la cause de tous les malheurs de la dynastie.


L‘épée

Il semble inutile de gloser sur le symbolisme général de l‘épée, véhiculé par les innombrables traditions guerrières européennes, y compris celle du roi Arthur ! Ici, nous assistons au rituel de transmission de l‘épée entre le roi-Pêcheur et son « neveu » Parzival, à la fin de la cérémonie. Dans le cadre prédéfini, il symbolise simplement la transmission du pouvoir royal à l‘intérieur de la dynastie légitime. Que le récipiendaire soit ici un neveu, prouve simplement que la règle de filiation directe et, à fortiori, de primogéniture, n‘entrait pas en ligne de compte chez les Goths ; bien qu‘en réalité, cette règle ait été largement infirmée chez les Balthes En théorie seule comptait, au sein de la famille traditionnellement désignée, la valeur guerrière et la noblesse des sentiments de l‘élu.

Pour le savant historien Herwig Wolfram - auteur d‘une récente Histoire des Goths qui fait autorité, - la « Hervarasaga » scandinave qui, d‘après lui, rapporte fidèlement la geste gothique, désigne par « Tyrfingr » à la fois la terre gothique et ‘l‘épée héréditaire des Goths ». Il pense que le dieu de la guerre des Goths portait peut-être, à l‘ouest du Dniestr, le nom de « Terwing », forme proche du « Tiwaz » germanique, identifiable à Arès ou Mars. Or dans Terwing on reconnait Tervinge, qui n‘est autre que le terme générique désignant les Wisigoths à l‘époque de leur séjour en Dacie. Le symbole de la transmission de la légitimité dynastique, dans la tradition de ce peuple, était donc l‘épée héréditaire des Goths. Tradition que perpétuèrent probablement les « Jeunes Balthes » de Toulouse, descendants directs des Tervinges de Dacie. Bien que l‘on retrouve ce symbole chez de nombreux peuples guerriers, l‘incarnation de l‘épée ressortit, d‘après lui, d‘une épiphanie caractéristique de l‘Arès-Mars pontique : ce qui témoigne d‘une certaine acculturation des Wisigoths en Dacie, mais aussi du fait que cette tradition demeura sans doute attachée à ce peuple par la suite.


La table du roi Anfortas

La table devant laquelle se tient le roi Pêcheur, dont le dessus est fait d‘une seule gemme, « une hyacinthe aux reflets de grenat », semble être de nature plus profane. Il est avéré qu‘un joyau de ce type figurait dans le Trésor Ancien des rois Balthes de Toulouse, mais on ignore totalement s‘il aurait pu jouer un rôle symbolique éventuel dans les rituels de passation de pouvoir.

«  ...Lorsque les Arabes pillèrent l‘Espagne, nous dit Gibbon, ils trouvèrent une curiosité précieuse dont ils ont admiré et célébré la magnificence : c‘était une table fort grande, formée d‘une seule émeraude, entourée de trois rangs de perles, soutenue par soixante pieds d‘or massif, incrustée de pierres précieuses, et estimée à une valeur de cinq cent mille pièces d‘or. » Ce savant historien de l‘époque des Lumières dit avoir tiré ces informations des écrits de l‘arabe El Macin, de ceux de l‘évêque tolédan Rodéric Ximénès de Rada, et ajoute que ce joyau faisait partie des dépouilles autrefois arrachées à l‘Empire et à la ville de Rome.

Si nous nous tournons, à présent, vers les écrits de Chrétien de Troyes qui, on le sait, proviennent de la même source tolédane, ces symboles sont différents. Dans le château du roi Pêcheur, Perceval assiste au cortège dans lequel le Graal est porté par une vierge. Il y voit aussi un chandelier, un grand plat et une lance qui saigne.

Abstraction faite de la lance, dont nous connaissons déjà le symbolisme, les autres attributs sonts fort caractéristiques... et identifiables à deux autres magnifiques pièces du Trésor des Goths de Toulouse !


Le chandelier

Il figure évidemment le fameux chandelier à sept branches, ou Ménorah, apporté comme trophée à Rome, en l‘an 70 par Titus, après que celui-ci eut détruit le Temple de Jérusalem. Certains historiens sérieux - dont Herwig Wolfram, - pensent que le trésor du Temple de Jérusalem figurait parmi les trophées enlevés dans la Ville Eternelle par Alaric le Grand fondateur de la dynastie des Balthes. L‘historien byzantin Procope prétend qu‘après la défaite de Vouillé, la veuve et le jeune fils d‘Alaric II - donc Amalaric-Parzival, - s‘étaient enfermés dans la cité de Carcassonne où ils furent assiégés, en pure perte, par Clovis. Ils avaient avec eux le trésor royal dans lequel se trouvait le mobilier du Temple de Jérusalem.


Le grand plat

Cet objet est facilement identifiable au fameux Missorium, joyau que le patrice Aétius avait offert au roi Thorismund, après la bataille des Champs-Catalauniques, en 451, pour remercier les Wisigoths de leur participation décisive à la victoire des armées de l‘Occident. Si nous suivons toujours Gibbon : « C‘était un plat d‘or massif d‘une grandeur extraordinaire, d‘une valeur inestimable par la main d‘œuvre et les diamants dont il était incrusté, et par la tradition qui le faisait regarder comme un présent du patrice Aétius au roi Torismond. »

Sauf à faire preuve d‘une évidente mauvaise volonté, on est forcé de reconnaître que toutes ces coïncidences sont relativement peu ordinaires !


Quelques autres coïncidences secondaires !

Bien que l‘on sache que les noms des personnages soient, en général, attribuables à l‘imagination du poète, on fait à la lecture du Parzival certaines découvertes. Ainsi, en est-il du chevalier évoqué par Trevrizent, qui fut tué en duel près du lac Brumbâne par le roi Léhelin : il s‘appelait Lybbeals. Or, par un étrange hasard, le profond vallon où devait se trouver l‘ancien lac de Rhédae porte, sur la carte, le nom de « les Bals ». En réalité, il s‘agit là d‘une altération phonétique due à la francisation car le vrai terme, usité depuis toujours en langue occitane, était « les Libals ». Ainsi, entre Lybbeals et Libals, il ne semblerait y avoir... que la présence virtuelle d‘un lac en ce lieu !

Mais pour en terminer avec l‘analyse du Parzival, il est impossible ne pas reconnaître un symbolisme dans les nombres. Ainsi, à Montsalvage, dans le défilé du Graal, apparaissent d‘abord dix-huit belles dames portant des chandeliers, des bâtonnets d‘ivoire et des couteaux d‘argent. Elles précèdent le groupe de la reine Répanse de Joye, porteuse du Graal. Et le poète insiste sur ce nombre dix-huit, puisqu‘il le cite deux fois !

Or, on retouve ce nombre dans la tradition wisigothique tardive. En effet, l‘évêque Julien de Tolède rapporte que Wamba, qui fut le fut le premier roi européen chrétien à recevoir l‘onction, lors de son sacre, à l‘imitation des anciens rois d‘Israël, avait tenu - inexplicablement, - à ce que cette cérémonie eut lieu dix-huit jours exactement après son élection.


La « chanson des Balthes »

L‘hypothèse qui avait été posée au départ, selon laquelle « l‘histoire » du Graal découverte à Tolède par Kyot le Provençal pouvait être étroitement corrélée avec celle des Goths, se trouve largement confirmée par l‘analyse. Il s‘agit probablement de la saga des rois wisigoths dits « de Toulouse », que l‘on pourrait appeler la « Chanson des Balthungen » par analogie avec une œuvre célèbre de la même époque. Cette dernière eut un destin « lyrique » comparable au Parzival de Wolfram von Eschenbach, puisqu‘elle fut également reprise et immortalisée par Wagner dans sa Tétralogie. Il s‘agit, on l‘aura deviné, de la « Chanson des Nibelungen », composée en Autriche peu après l‘an 1200, et donc contemporaine du Parzival. C‘est aussi une œuvre composite car, si le héros du drame est un certain Siegfried, la trame du récit se rapporte aux tribulations de la dynastie des rois burgondes.

Les Burgondes étaient établis dans la région de Worms et Mayence, lorsqu‘ils furent défaits par les Huns et, à cette occasion, leur famille royale fut en partie exterminée. Siegfried nous est présenté comme le beau-frère du roi Gunther qui, avec sa cour, fut victime de la vindicte d‘Atli. Ce dernier, roi des Huns plus connu sous son nom gotique d‘Attila - « le petit père », - avait pour patronyme véritable Etzel. En réalité, les Burgondes furent défaits, en 436 à Worms, par le patrice Aétius et ses auxiliaires Huns, puis déportés en Sapaudia, l‘actuelle Savoie. Le roi Gunther de la légende a été identifié à Gundioch, père du roi Gondebaud. Ce dernier donna aux Burgonde une législation connue sous le nom de loi Gombette et vint, après avoir trahi les Wisigoths, assiéger Narbonne en 508. On sait que la famille des rois burgondes était anciennement apparentée à celle des Balthes de Toulouse. Selon Herwig Wolfram, Gundioch était le petit-fils du roi wisigoth Wallia et d‘une princesse Balthe. Plus tard, le fils de Gondebaud, Sigismund, devint le beau-frère du roi Alaric II en épousant l‘autre fille de l‘Amale Théodoric le Grand.

Comme le Parzival, cette œuvre met en scène certains acteurs, identifiés par les exégètes à des personnages historiques, mais qui s‘avèrent étrangers à la dynastie. Ainsi en est-il de Brynhild, en qui ils voient Brunehaut, fille du roi wisigoth d‘Espagne Atahanagild et malheureuse épouse du roi mérovingien Childebert. Il s‘agit là d‘une double distorsion, car la présence de ce personnage historique, qui n‘appartient même pas à l‘ethnie burgonde, présente un sérieux anachronisme. Elle trouve un parallèle dans le Parzival, avec l‘identification de Loherengrin et Kardeis aux rois Liuva et Léovigild qui, bien qu‘ils fussent légèrement décalés d‘une trentaine d‘années dans le temps, étaient tout de même des « dux » wisigoths !

Ainsi, comme pour les Nibelungen, le drame du roi Pêcheur est peut-être né des évènements qui se sont déroulés en Gaule, après que le royaume goth du Nord des Pyrénées se fut effondré. Au terrible roi Euric avait succédé son fils, l‘insouciant Alaric II, dont le seul rapprochement qui se puisse faire avec son très illustre bisaïeul ne peut être trouvé que dans le nom. Par pusillanimité ou incompétence, il conduisit ses troupes au désastre, à Vouillé. Il y perdit à la fois son royaume et sa vie. Sur leur lancée, les Francs détruisirent le royaume wisigoth et s‘emparèrent sans coup férir de l‘Aquitaine. La Septimanie, où se trouvait la place forte de Rhedae et le mausolée de la dynastie, ne put être sauvée que par l‘intervention armée de son beau-père, le très illustre Théodoric le Grand qui, de Ravenne, régnait alors sur l‘Italie des Césars. Celui-ci plaça sur le trône wisigothique son petit-fils, Amalaric, successeur désigné en vertu des principes dynastiques établis par les Balthes et, avant eux, les Amales. Malheureusement ce dernier n‘avait que cinq ans, et la situation politique et militaire était fort compromise. En outre, l‘ensemble de la nation n‘était pas unanime sur le choix du successeur, puisque le bâtard Geisalic fut plébiscité par une partie de l‘armée, ce qui ajouta momentanément à la confusion.

On peut donc penser que la légende aurait magnifié, sous les traits du Parzival de Wolfram, le malheureux Amalaric qui, en réalité, fut toujours dépassé par les évènements et eut une fin aussi triste que celle du royaume dont son père avait eu la charge avant lui.


Référence publication :
La Cité du Chariot – Rennes le Château

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Auteur
Jean Alain Sipra Début de page
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