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Sujet Historique Date 26-05-2007
Titre Ordre du Temple Section Société
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Les Templiers

A la Saint-Jean d’hiver de l’an 1118, Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer fondent à Jérusalem une milice pour protéger les pèlerins affluant d’Occident depuis la reconquête de Jérusalem : la Milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon.

C’est d’abord un groupe de 9 chevaliers (miles Christi « soldat du Christ »), installé par Baudouin II (couronné roi de Jérusalem, à Noël, dans l’église de Bethléem) dans la partie méridionale du Temple de Salomon : Hugues de Payns (ou Payens) de la Maison des comtes de Champagne, Godefroy de Saint-Omer, André de Montbard (oncle de saint Bernard), Payen de Montdidier, Geoffroy Bissol, Archambault de Saint-Amand, Rolland, Gondemare et Roral. Le patriarche Garimond (ou Gormond) reçoit les vœux (pauvreté, chasteté et obéissance) des premiers frères (selon les us et coutumes des chanoines réguliers du Saint-Sépulcre, dont la milice conservera les rituels, rituels provenant de Saint-Victor de Paris par l’intermédiaire de Godefroi de Bouillon) et leur donne mission de « garder voies et chemins contre les brigands, pour le salut des pèlerins » (ut vias et itinera, ad salutem peregrinorum contra latronum) pour la rémission de leurs péchés. Ce jour-là naît, encore invisible aux yeux du monde, une communauté qui va pendant 3 siècles gérer une grande partie des richesses de l’Europe : les templiers.

En 1127, Hugues de Payns passe en Occident avec 5 frères (Godefroy de St-Omer, Payen de Montdidier, Geoffroy Bissol, Archambault de Saint-Amand et Rolland) pour obtenir du Saint-Siège la confirmation de son institut et pour demander conseil à Bernard de Clairvaux.

Le 13 janvier 1129, au concile de Troyes, l’assemblée comprend, outre le légat, 12 archevêques et évêques, 4 abbés bénédictins et 4 abbés cisterciens. A l’ouverture du concile, les frères chevaliers ne sont que 14. Les Pères mettent au point la règle donnée par Garimond, en louant ce qu’ils estiment profitable et en retranchant ce qui ne leur semble pas justifié. Bernard de Clairvaux s’étant dérobé, Jean Michel Manrique écrit les 72 articles approuvés par le concile : « Bien que certainement un nombre considérable de religieux Pères donne de l’autorité à mes paroles, je ne dois pourtant point passer sous silence ceux qui se trouvaient présents et qui donnèrent leur avis, moi, Jean Michel, qui ai eu l’honneur, par une faveur du Ciel, d’écrire cette page par l’ordre du concile et du vénérable abbé de Clairvaux à qui ce soin revenait et avait été confié ». La « Règle des pauvres soldats du Christ et du temple de Salomon » est très stricte. Les punitions imposent des jeûnes sévères pour des délits concernant toute entorse aux règles de l’ordre. Hugues de Payns demandera plusieurs fois à l’abbé de Clairvaux d’encourager la jeune milice, mais Bernard ne manifestera jamais beaucoup d’enthousiasme (l’admission du scandaleux comte de Champagne, Hugues de Troyes, semble être à l’origine de cette attitude). Toutefois, entre 1128 et 1136, Bernard rédige le traité De laude novae militiae pour exposer à l’ordre naissant des Templiers quels principes spirituels doivent guider son action.

« Les Templiers, avant le concile de Troyes, n’étaient qu’au nombre de neuf ; on institua une règle pour les nouveaux religieux et on leur assigna un costume qui fut le vêtement blanc, en vertu des ordres du seigneur pape Honoré et du seigneur Étienne, patriarche de Jérusalem. Jusqu’alors ils n’avaient eu d’autres vêtements que ceux que le peuple portait à cette époque. Dans la suite et sous le pontificat du seigneur pape Eugène, à ce qu’on rapporte, ils commencèrent à faire attacher à leurs manteaux des croix faites de drap rouge que les chevaliers et les frères inférieurs appelés servants portaient également. Leurs affaires ont si bien prospéré qu’ils ont en ce moment, dit Guillaume de Tyr, dans leur couvent environ trois cents chevaliers, tous revêtus du manteau blanc, sans compter les frères servants. » (Guillaume de Tyr, livre XII, chapitre VII, cité par www.templiers.org)

Par la bulle Omne datum optimum (29 mars 1139), Innocent II confirme l’institution des moines combattants. Il accorde au grand maître des templiers, Robert de Craon, des privilèges considérables : droit de construire ses propres églises et de conserver le butin pris aux Sarrasins ; l’ordre est placé sous la tutelle exclusive du Saint-Siège ; les évêques sont privés de tout ou partie des dîmes et de tout droit de regard sur les commanderies. « Nous vous exhortons à combattre avec ardeur les ennemis de la croix, et en signe de récompense, Nous vous permettons de garder pour vous tout le butin que vous aurez pris aux Sarrasins sans que personne ait le droit de vous en réclamer une part. Et nous déclarons que votre maison, avec toutes ses possessions acquises par la libéralité des princes, demeure sous la protection et la tutelle du Saint Siège. »

Les templiers ont pour devoirs religieux : l’obligation d’assister à la messe 3 fois par semaine, de faire abstinence les lundis et mercredis, outre les vendredis et les samedis, d’observer 3 grands jeûnes, d’adorer la croix solennellement à 3 époques de l’année, de communier 3 fois par an, enfin, toutes les maisons de l’ordre doivent faire l’aumône 3 fois par semaine.

Les chevaliers du Temple prononcent, à leur réception, les 3 vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, et prêtent en outre serment : « Je jure de consacrer mes discours, mes forces, ma vie, à défendre la croyance à l’unité de Dieu et aux mystères de la foi ; je jure d’être soumis et obéissant au grand maître de l’ordre... Chaque fois que besoin en sera, je passerai les mers pour aller combattre, je donnerai secours contre les rois et les princes infidèles, et, en présence de trois ennemis je ne fuirai point, mais seul je les combattrai... »

Dès lors ils appartiennent tout entiers à l’ordre, renonçant à tout lien de famille, ne pouvant rien posséder en propre : c’est l’ordre qui se charge de leur entretien.

Au sommet de l’ordre se trouve le grand maître et le chapitre des dignitaires de l’ordre : le sénéchal, le maréchal, le commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem, le drapier, les commandeurs des autres provinces. Puis viennent ensuite les commandeurs des maisons, les chevaliers, les sergents, le commandeur du port d’Acre, les casaliers chargés des fermes, les turcoples (troupes auxiliaires), les chapelains (les prêtres qui officient pour les Templiers) et les frères de métiers.

L’étendard de l’ordre, le gonfanon baucent (ou baussant) est constituée d’une bande noire et d’une bande blanche frappée de la croix latine pattée rouge.

Devises des Templiers : « Non nobis domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam » (Ce n’est pas nous, Seigneur, ce n’est pas nous, mais ton nom qu’il faut couvrir de gloire ! Psaume 113) ; « Memento finis » (Pense à ta fin !)

Le saint patron des Chevaliers du temple est saint Georges.

Le sceau de leur ordre figure un cheval monté par 2 cavaliers avec l’inscription : Sigillum militum Christi. Cette image est destinée à perpétuer le souvenir de leur pauvreté primitive ; car, au commencement, ils étaient si pauvres qu’un seul cheval servait pour deux.

Les templiers s’installent à Paris en 1140.

Le 9 janvier 1144, la bulle Milites Templi de Célestin II permet aux chapelains du Temple de prononcer l’office une fois par an dans des régions ou villes interdites « pour l’honneur et la révérence de leur chevalerie », sans pour autant autoriser la présence des personnes excommuniées dans l’église.

Le 7 avril 1145, la bulle Militia Dei de Eugène III confirme l’indépendance des Chevaliers du Temple vis à vis du clergé séculier en leur donnant le droit de prélever des dîmes ainsi que de bâtir leurs chapelles et d’enterrer leurs morts dans leurs cimetières.

Le premier chapitre général connu a lieu en 1147, à Paris, sous la présidence de Eugène III et du roi de France Louis VII. Les prérogatives du maître, qui se bornent au maintien de l’observance et à la nomination des petits officiers de l’ordre, sont édictées.

A partir de 1149, les manteaux des templiers sont frappés de la croix latine pattée rouge, symbole de l’ordre (Eugène III aurait demandé de la porter sur l’épaule gauche, du côté du cœur). Les manteaux de lin ou de laine des chevaliers sont blancs tandis que ceux des sergents, des chapelains et des écuyers sont gris ou noirs. Tous ont une ceinture de lin qui doit leur rappeler leur vœu de chasteté.

Le pape Alexandre III accorde sa protection à l’Ordre du Temple en 1163.

Le 4 juillet 1187, après la défaite de l’armée chrétienne à Hattin près de Tibériade, Saladin fait exécuter tous les moines-soldats, templiers et hospitaliers, capturés.

En 1257, l’ordre possède 3 468 châteaux, forteresses et maisons dépendantes, réparties dans 19 provinces et sous-provinces. Les templiers sont devenus les banquiers de l’Europe.

Le pape Martin IV (1281-1285) essaie d’unir, sous l’impulsion de Raymond de Lille (l’un des 2 templiers canonisés par la suite), les templiers et les hospitaliers qui en viennent souvent aux mains : en vain.

Boniface VIII (1294-1303), à son tour, souhaite unir le Temple et les hospitaliers mais le Grand maître des templiers, Jacques de Molay, refuse cette proposition. Or, l’Empire latin d’Orient, avec la chute de Saint-Jean-d’Acre le 16 juin 1291, a cessé d’exister. Les templiers dont le grand maître Guillaume de Beaujeu a été tué et remplacé par le moine Gandini, ont défendu héroïquement la ville, pendant 45 jours, de concert avec les hospitaliers. Presque tous les chevaliers ont été tués et les grands maîtres des 2 ordres, avec leurs trésors, ont fait voile vers Chypre où ils se sont établis. A partir de ce moment, les templiers ne combattent que très mollement les infidèles. Leur but parait plutôt être de fonder un Etat séculier de nature aristocratique et sacerdotale, d’abord dans l’île de Chypre, puis en France où ils sont propriétaires de biens immenses. Le Temple de Paris, centre de l’ordre, comprend dans son enceinte, murée et fortifiée, à peu près le tiers de la ville.

En 1306, pressé par le roi de France, Philippe IV le Bel, Clément V demande à Jacques de Molay, Grand Maître des templiers, d’accepter la fusion de son ordre avec celui des hospitaliers, le nouvel ordre prenant le nom de Chevaliers de Jérusalem (la fusion des ordres militaires est souhaitée depuis un quart de siècle par les papes et les conciles). Jacques de Molay refuse.

En 1307, incarcéré pour meurtre à Toulouse, un ex-commandeur des templiers (exclu de l’ordre), nommé Esquin de Floyran, révèle à son compagnon de cellule (un mouchard) que les templiers adorent les idoles, qu’ils doivent, au cours de la cérémonie d’initiation, cracher 3 fois sur la croix, baiser diverses parties du corps des officiants, le bas de l’échine notamment, et s’engager à pratiquer la sodomie. Philippe le Bel fait extraire de sa cellule Esquin de Floyran et l’envoie répéter ses révélations au roi d’Aragon et à Clément V.

Le chancelier Guillaume de Nogaret, qui hait les templiers, fait organiser dans tout le royaume une savante campagne d’intoxication contre l’ordre. On ne demande pas mieux que de croire les accusations portées contre eux. Certains des chevaliers font montre avec ostentation de leur puissance financière et on reproche à ces moines soldats de n’avoir pas su conserver la Terre sainte. Le secret qui entoure la réception des nouveaux frères laisse place à toutes les calomnies : on soupçonne l’ordre de contraindre ceux qui veulent y entrer à cracher sur un crucifix, à renier la croix. Outre les accusations sur un grand nombre de leurs actes en Palestine, mille bruits infâmes circulent sur leur vie intérieure, l’altération de leur foi mêlée de superstition orientale et de magie sarrasine, sur les vices dégradants qu’ils ont rapportés de l’Orient, sur les idoles qu’ils adorent, etc.

Les motifs personnels ne manquent pas au roi Philippe : plusieurs templiers l’ont mal secondé lors de son appel contre Boniface, sa demande d’être admis dans l’ordre a été repoussée et il doit de l’argent au Temple (qui est une sorte de banque pour les princes et les rois). Poursuivi en 1306 par le peuple soulevé, il a pourtant trouvé asile chez eux, mais il n’en a admiré que de plus près leurs trésors. Ruiné après la reddition de la Guyenne et de la Flandre, mis dans l’impossibilité de frapper de nouveaux impôts par le mécontentement populaire et ne pouvant dépouiller de nouveau les juifs puisqu’il les a chassés, il ne peut sortir de sa situation désespérée que par la destruction des templiers afin de s’emparer de leurs dépouilles. Appelé par Clément V, Jacques de Molay débarque en France. Mis au courant des bruits qui courent sur l’ordre, il demande au pape une enquête. Le 24 août, le pape annonce l’ouverture d’une enquête et en avertit Philippe le Bel.

Le 14 septembre, Philippe, dans une lettre adressée à tous les officiers du pays, accusent les templiers d’hérésie, profanation, idolâtrie et sodomie (l’acte d’accusation, lu dans toutes les provinces du royaume, est l’œuvre de Guillaume de Nogaret) et ordonne leur arrestation en un « jour donné gardé secret » : le vendredi 13 octobre 1307. Les chevaliers sont arrêtés, leurs biens saisis.

Arrêté avec les autres templiers de France, Jacques de Molay avoue, le 24 octobre, sans être torturé semble-t-il, certaines erreurs de l’ordre en matière de foi et de morale. Il écrit à ses frères pour les inciter à révéler ce qu’ils savent. Le tribunal de l’Inquisition lui a demandé : « Comment les frères ont-ils été reçus au Temple ? Les a-t-on dévêtus et baisés en bout de l’échine, sous la ceinture, sur le nombril et en la bouche, puis invités à pratiquer la sodomie ? ». Molay a reconnu, qu’à son entrée dans l’ordre, on avait exigé qu’il crachât sur le Christ mais qu’il s’était contenté d’expectorer par terre.

Du 19 octobre au 24 novembre 1307, 140 templiers de Paris sont soumis à la torture des inquisiteurs (l’un d’entre eux confie : « J’avouerais que j’ai tué Dieu si on me le demandait. »). 137 avouent des ignominies : adoration d’idoles (Baphomet), adoration du dieu Mithra (les templiers sont accusés d’avoir suivi l’influence des manichéens ; voir « manichéens » dans dossier « Les papes et le monde »), reniement du Christ en crachant sur son image, négation des sacrements, messes noires, rites obscènes, homosexualité, cupidité, ivrognerie (« boire comme un templier » bien que certains prétendent que, dans cette locution, le mot templier est une corruption de « temprier », ancien nom des verriers), conversion à l’islam (en fait relation amicale probable avec l’ordre militaire et initiatique des chiites ismaéliens, les Assassins, lui aussi « gardien de la Terre sainte »).

« Baphomet » ou « Bafomet, Baffomet, Bahomet, Bahumet, etc. » est le nom d’une idole (une tête humaine à 1 ou 3 visages sur 4 pieds) qu’on dit avoir été adorée par la secte des gnostiques. Silvestre de Sacy pense que le mot Baphomet est simplement une déformation du nom du prophète Mahomet. Münter fait remarquer que les figures ou têtes enchantées employées par les sorciers dans l’exercice de leur art, lesquelles étaient réputées animées par le diable, s’appelaient des têtes de Mahomet, et venaient en partie de l’Orient, en partie de l’Espagne. Raynouard reconnaît dans Baphomet le nom de Mahomet. Des idoles qu’on a désignées, à tort ou à raison, sous le nom de Baphomet, étaient des représentations humaines, réunissant les attributs des 2 sexes. Arrêté dès octobre 1307, le frère Larchant avoue avoir vu cette tête à Paris et précise que les frères l’adoraient, la baisaient et l’appelaient leur Sauveur. Questionnés à Carcassonne en novembre 1307, 2 frères parlent « d’une figure baphométique » et l’un d’eux précise que cette figure est nommée « Yalla ».

Le procès-verbal d’avril 1310, dressé par Nogaret, établit l’accusation d’idolâtrie : « Ils (les templiers) adoraient ces idoles ou cette idole. Ils la vénéraient comme Dieu [...], spécialement dans leurs grands chapitres [...]. Ils disaient que cette tête pouvait les sauver. Les rendre riches. Qu’elle donnait à l’Ordre toutes ses richesses. Qu’elle faisait fleurir les arbres. Qu’elle faisait germer [...] ».

La tête humaine (c’est parfois une vraie tête) est tantôt masculine, jeune ou vieille, imberbe ou barbue, tantôt féminine à « la semblance d’une fée ou de la Vierge » mais elle est parfois androgyne. Certains la disent noire comme « la face d’un infidèle ». Pour Radulphe de Gisy c’est un « maufé » (un diable). Hugues de Pairaud affirme qu’il a tenu entre ses mains, dans un chapitre général à Montpellier, cette tête d’homme montée sur 4 pieds, 2 du côté de la face et 2 derrière. La tête comporte 2 nez et 3 yeux ou peut avoir 2 ou 3 faces (dans les églises orthodoxes, la tête à 3 visages est le symbole de la Trinité). La tête peut être aussi celle d’un animal (bouc, bélier, bœuf ou chat noir) qui parle et rend des oracles. Le matériau, parfois recouvert de peau humaine, est varié : bois peint parfois doré, os, or, argent, vermeil. La plupart des frères avouent avoir peu vu cette idole parce qu’elle était souvent placée dans un lieu sombre, et recouverte d’un voile. Beaucoup disent en avoir seulement entendu parler. A noter que figure fréquemment sur les sceaux templiers un personnage à 2 têtes (celle d’un jeune homme ou d’une jeune fille - ou d’un androgyne - et celle d’un vieillard barbu) tenant une équerre et un compas (voir dossier « Compagnonnage. Franc-maçonnerie »).

Selon Michelet, le chef principal de l’accusation, le reniement, avait un fondement réel : dans la cérémonie initiatrice, il est certain qu’on reniait le Christ, mais ce reniement était-il symbolique, une imitation du reniement de Pierre ?

Les historiens ont signalé à plusieurs reprises les analogies de doctrines reliant les ismaéliens aux templiers : les 2 ordres sont à la fois initiatiques et militaires et portent le titre de Gardien de la Terre sainte. Au début de la conquête de la Palestine, les templiers seraient entrés en contact avec les ismaéliens du Vieux de la Montagne, Hasan ibn al-Sâbbâh. Les rencontres auraient eu lieu dans la forteresse musulmane d’Alamut, dans les montagnes de Syrie. Al-Sâbbâh règne sur ce nid d’aigle, avec ses fidâiyyûn ou fedaïn, véritable confrérie de moines guerriers. Sur cette citadelle flottent quatre drapeaux : un blanc pour la pureté, un jaune pour la dévotion, un rouge pour la guerre et un vert pour la Connaissance secrète d’Allah. Dans les rites d’Alamut, le grade de chevalier est conféré non par des princes, mais par les sheiks « maîtres spirituels ». Les chroniques musulmanes de Syrie mentionnent plusieurs élévations au grade de chevalier, conférées parmi les ismaéliens, la première ayant eu lieu en 578 de l’hégire soit en 1182. Retranchés dans leurs châteaux d’Irak et de Syrie, les membres de l’ordre ismaélien ont un vêtement voisin de celui des templiers, portant sur une robe blanche une ceinture rouge. Dans la constitution des deux ordres, templier et ismaélien, la hiérarchie est identique, les degrés sont les mêmes. Les templiers seraient allés jusqu’à armer chevaliers des ismaéliens initiés et des catholiques grecs hostiles à la papauté.

Le 22 novembre 1307, devant les aveux des 137 chevaliers, le pape ordonne aux rois et princes d’Europe d’arrêter les Templiers et de mettre sous séquestre toutes leurs terres et leurs biens, à l’exception des possessions de l’ordre dans la péninsule ibérique (bulle Pastoralis praeminentiae). En décembre, Jacques de Molay et des dignitaires se rétractent devant 2 cardinaux envoyés par le pape.

En 1308, les Etats Généraux, réunis à Tours, abolissent l’ordre du Temple. En juillet, le pape décide que des conciles provinciaux jugeront, en tant que personnes, les templiers et qu’un concile se prononcera sur le sort à réserver au Temple en tant qu’institution.

Le 12 novembre 1309 se tient la première commission pontificale : le pape s’étant réservé le jugement des personnes de quelques dignitaires (aux termes de la bulle Faciens misericordiam rédigée en août), Molay, attendant le jugement du pape, garde le silence ; un seul frère, Ponsard de Gisy, précepteur de la commanderie de Payns, dénonce les aveux faits sous la torture. Le 7 avril 1310, 9 templiers présentent la défense de l’ordre devant la commission pontificale. En mai, Philippe le Bel réunit le concile provincial de Sens, présidé par une âme damnée de Philippe, l’archevêque de Sens, Marigny, frère du ministre Enguerrand de Marigny : 54 templiers étant revenus sur leurs aveux sont condamnés comme relaps et brûlés le 12 mai. De semblables exécutions sont ordonnées, et avec la même rapidité, par les conciles provinciaux. Les chevaliers qui échappent à la mort sont condamnés à de lourdes peines.

Lors du concile œcuménique de Vienne (16 octobre 1311 - 6 mai 1312), malgré la majorité des Pères qui souhaitent défendre l’ordre et les rois et princes d’Angleterre, d’Espagne, d’Ecosse et d’Allemagne qui reconnaissent l’innocence du Temple, le pape Clément V, forcé par Philippe qui a besoin d’argent pour mener la guerre en Flandres (le 20 mars 1312, le roi menace d’entrer dans Vienne avec son armée), abolit l’ordre :

« Considérant enfin que, pour de moindres motifs, l’Eglise romaine a aboli d’autres ordres célèbres, nous abolissons, non sans amertume et douleur intimes, non pas en vertu d’une sentence judiciaire, mais par manière de décision ou ordonnance apostolitiques, le dit ordre du Temple et son état, son habit et son nom (...) en attendant le jugement définitif d’un prochain concile » (bulle Vox in excelso, datée du 22 mars 1312 et communiquée au concile à la séance du 3 avril). Voir article « Les papes et le monde »

La bulle Ad providam Christi vicarii du 2 mai 1312, transfère les biens et terres du Temple aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (à l’exception des biens situés en Espagne et au Portugal). Le roi Philippe, dans sa lettre au pape du 24 août, dit que « les biens dont il s’agit pour la France étant sous sa garde, le droit de patronage lui appartenant, et le pape avec le concile lui ayant demandé son consentement pour cette destination, il le donne volontiers, déduction faite des sommes employées à la garde et à l’administration de ces biens. »

La bulle Considerantes dudum du 6 mai 1312 détermine le sort des chevaliers : ceux ayant avoués ou ayant été déclaré innocents se verront attribuer une rente et pourront vivre dans une maison de l’ordre ; tous ceux ayant niés ou s’étant rétractés, subiront un châtiment sévère (la peine de mort).

Une seconde commission pontificale est nommée le 22 décembre 1313. Elle est constituée de 3 cardinaux et d’avoués du Roi de France et doit statuer sur le sort des 4 dignitaires de l’Ordre : Jacques de Molay, maître de l’Ordre du Temple, Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, Hugues de Pairaud, visiteur de France et Geoffroy de Goneville, précepteur en Poitou-Aquitaine. Ils réitèrent leurs aveux devant la commission.

Le 18 mars 1314, les 4 templiers sont condamnés à la prison perpétuelle ; Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay proclament l’ordre innocent de toutes les accusations portées contre lui ; ils reviennent sur leurs aveux, deviennent donc relaps et sont livrés au bras séculier. Le soir même, sur l’île de la Cité, Molay et Charney sont brûlés vifs, conformément au droit médiéval qui punit de mort les relaps.
Lorsqu’il monta sur le bûcher, le grand maître aurait lancé (selon les légendes) : « Clément, juge inique et cruel bourreau, je t’ajourne à comparaître dans quarante jours, devant le tribunal du souverain juge » ou « Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! »
Quarante jours plus tard, le pape meurt. Quant à Philippe IV le Bel, qui n’a jamais pardonné aux frères du Temple ni leur richesse, ni d’avoir participé contre lui à la bataille de Courtrai en 1302, ni d’avoir refusé son admission dans l’ordre, il trépasse le 29 novembre.

L’origine mythologique revendiquée par les Compagnons comprend 3 figures emblématiques : Salomon, maître Jacques et le père Soubise, et 2 moments : la construction du temple de Jérusalem dont Jacques aurait été l’architecte avec son ami Soubise (tous deux initiés par Hiram) et la fin de l’ordre des Templiers, bâtisseurs féconds, maître Jacques devenant alors Jacques de Molay, le dernier maître exécuté en 1314. Voir « Compagnonnage et les Loges »

Après le concile de Vienne, les templiers se retirent dans diverses maisons religieuses ou dans l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, comme le signalent de nombreux actes.

En Espagne, les templiers sont réunis aux Ordres de Calatrava, de Santiago et de Sainte Marie de Montesa en Aragon (reconnu le 10 juin 1317 par une bulle du pape Jean XXII).

Au Portugal, les templiers ont leur siège principal à Castro Marino puis à Tomar, la ville aux sept collines. En 1318, le roi Denis Ier regroupe les Chevaliers dans la Milice de Jésus-Christ ou ordre des Chevaliers du Christ (reconnu le 15 mars 1319 par une bulle du pape Jean XXII), affilié à Calatrava. Une croix blanche, symbole d’innocence, est ajoutée à l’intérieur de la croix rouge du Temple. Les chevaliers jouissent de tous les privilèges, droits, exemptions et juridictions qu’avaient auparavant les chevaliers du Temple. Ils sont peu à peu déchargés des 3 vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Alexandre VI leur permet de se marier, et, comme ils rendent de grands services en expulsant les Maures du royaume et en étendant même leurs conquêtes au-delà des mers, les rois de Portugal les comblent de richesses. Jean Ier leur abandonne même toutes les possessions et les colonies de l’Afrique, ne se réservant que le droit de suzeraineté ; mais l’ordre devient si puissant que les souverains voient d’un œil envieux et défiant cet état de prospérité. Il est donc décidé que les nouvelles conquêtes de l’ordre seront une propriété de la couronne ; le pape Jules III réunit, en 1550, la grande maîtrise de l’ordre à la couronne de Portugal : les rois, à dater de ce jour, deviennent les administrateurs de l’ordre.

Humbert Blanc se réfugie en Angleterre où il aurait perpétué leur tradition.

Une tradition maçonnique affirme que « Kilwinning », la loge écossaise la plus ancienne, a été fondée par le roi d’Ecosse Robert Bruce après sa victoire sur les Anglais à Bannockburn en 1314, et qu’elle accueillait des templiers qui s’étaient enfuis de France.

Dans le rite d’York, formé au XVIIIe siècle, les membres sont nommés « maçons de l’Arche royale » et passent successivement par 4 grades ; l’étape suivante est celle des « maçons royaux et élus » qui passent par 3 grades successifs ; la dernière étape est celle des « chevaliers de l’ordre du Temple ».

Ecossais installé en France depuis 1707, celui que l’on appela par la suite le Chevalier de Ramsay, vise, en vain, à rattacher la maçonnerie aux ordres chevaleresques chrétiens de Saint-Jean de Jérusalem et du Temple. A la même époque, le baron allemand Carl von Hund déclare que « la franc-maçonnerie plonge ses racines dans l’ordre du Temple et que par conséquent tout maçon est aussi un templier. »

Au XVIIIème siècle, des membres de la loge maçonnique du collège de Clermont qui veulent continuer l’ancien ordre des Templiers s’affilient des personnages très distingués de la cour et de la noblesse partageant les idées déistes de cette époque. Bourbon-Conti, le duc de Cossé-Brissac sont grands maîtres de cet ordre aristocratique dont les débris se reformeront sous le Directoire. Cette société est persécutée sous la Restauration. Après 1830, elle admet dans ses rangs l’abbé Châtel qui y officie quelque temps comme primat des Gaules ; puis elle se fond dans la maçonnerie. L’ordre survit en Angleterre : le prince de Galles est nommé grand maître des templiers en 1873.

1756 : France, installation du Rite de la Stricte Observance qui insiste sur les origines templières de la franc-maçonnerie.

1782 : le convent maçonnique de Willemsbad (à la base du Rite Ecossais Rectifié) rejette l’origine templière et condamne la pratique de l’alchimie par les frères.

En 1808, Napoléon Ier autorise Raymond de Fabré-Palaprat, un illuminé, à reconstituer l’ordre du Temple. Ce dernier se proclame grand maître (Mgr Bernard Raymond) et organise des cérémonies. Quelques francs-maçons, convaincus de l’origine commune des 2 institutions, le rejoignent.

Fondée au milieu du XIXème siècle par Christoph Hoffman dans la ville de Württemberg, la Société des Templiers est un courant religieux protestant d’Allemagne. Ses membres, qui prônent le retour aux sources du christianisme, créent des implantations urbaines et agricoles sur la Terre Sainte. En 1858, les Templiers sortent officiellement de l’Église luthérienne et fondent la Société des Templiers, comptant alors 5 000 membres. Ils sont les premiers en Palestine à se servir de machines agricoles et à employer les engrais chimiques. Lors de la déclaration de la Première Guerre mondiale, la Palestine abrite alors 1 200 Templiers, lesquels, lors de l’invasion britannique, sont expulsés en direction de l’Allemagne. Après la signature du Traité de Versailles, ils sont autorisés à retourner en Palestine. De nombreux Templiers de Palestine, et principalement les jeunes, adhèrent au parti national-socialiste ; en 1932, le parti nazi est créé en Palestine. Les templiers nazis se joignent aux groupes armés arabes lors de la « Grande révolte arabe en Palestine » (1936 à 1939) contre la colonisation juive. Les membres de la Société des Templiers sont arrêtés par les Britanniques et internés dans des camps, jusqu’à leur expulsion vers l’Australie. Il ne leur sera jamais permis de revenir en Israël.

En 1886, l’abbé Béranger Saunière aurait découvert, lors de la restauration de l’église de Rennes le Château (Aude), un fabuleux trésor dans une tombe : l’Arche d’Alliance, l’or des Wisigoths, le butin de Dagobert, le trésor des Cathares, le Graal, l’or des templiers ? Parmi ce trésor se trouvaient des pièces d’or datant de saint Louis et un calice du XIIIe siècle qui auraient appartenu aux templiers et des parchemins d’une inestimable valeur (?) signés par Blanche de Castille. Selon les ouvriers qui participèrent aux travaux, il s’agissait d’un chaudron contenant des pièces d’or et de bijoux. Depuis des centaines de passionnés ne cessent de chercher...

Dans le Parzival de Wolfram Von Eschenbach, le Graal est gardé à « Munsalvaesche par de vaillants chevaliers qui ont leur demeure auprès du Graal. Ces Templiers livrent combat afin d’expier leurs pêchés.... Leur nourriture, ils la reçoivent d’une pierre qui, en son essence, est toute pureté, on l’appelle lapsit exillis. Elle leur donne une telle force que leur corps garde la fraîcheur de la jeunesse. Cette pierre est ainsi nommée le Graal ». Voir « Arthur et le saint Graal »

En 1912, Edward Alexander Crowley (1875-1947), occultiste et créateur d’une secte adonnée à la magie sexuelle, l’ordre de l’Etoile d’Argent (Astrum Argentium), est introduit dans l’Ordre des Templiers d’Orient (Ordo Templi Orientis) et, sous le nom de Baphomet, prend la direction de la branche anglaise de l’ordre.

Vers 1936, 4 commissaires de police belges créent une milice du Temple.

Au début du XXIe siècle, on dénombre 47 ordres du Temple et une soixantaine d’ordres militaires prétendent à une certaine spiritualité templière... En 2002, une copie du parchemin de Chinon (daté du 17 au 20 août 1308) qui tend à démontrer que le pape Clément V a accordé secrètement, en 1308, son absolution au grand maître et aux chevaliers du Temple, est découvert par une chercheuse, le Dr Barbara Frale, dans les archives secrètes du Vatican. Ce parchemin a été publié au XVIIe siècle par Baluze dans son ouvrage « Vitae Paparum Avenionensis » (Vies des papes en Avignon).

« Ils (les templiers) vivent sans avoir rien en propre, pas même leur volonté. Vêtus simplement et couverts de poussière, ils ont le visage brûlé par le soleil, le regard fier et sévère ; à l’approche du combat, ils s’arment de la foi au dedans et du fer au dehors ; leurs armes sont leur unique parure : ils s’en servent avec le plus grand courage dans les périls, sans craindre ni le nombre ni la force des barbares ; toute leur confiance est dans le Dieu des armées, et, en combattant pour sa cause, ils cherchent une victoire certaine ou une mort sainte et glorieuse... »

« Le chevalier du Christ donne la mort en toute sécurité et la reçoit avec plus d’assurance encore. S’il meurt, c’est pour son bien, s’il tue, c’est pour le Christ... » (Bernard de Clairvaux)

« Si tant de témoins ont déposé contre les templiers, il y eut aussi beaucoup de témoignages étrangers en faveur de l’ordre. » (Voltaire).

« La proscription des templiers fut l’ouvrage exclusif de la cupidité et de la vengeance. » (Bignon)

« De cette manière fut aboli l’ordre du Temple, après avoir combattu cent quatre-vingt-quatre ans et avoir été comblé de richesses et orné des plus beaux privilèges par le Saint-Siège. Il n’en faut pas imputer la faute au pontife, car il est constant que lui et son concile n’ont fondé leur décision que, sur les allégations et les témoignages que le roi de France leur a fournis. » (Bernard Guidon, Vie de Clément V)


Site illustré sur l’Ordre du Temple


Sceau des Templiers
Sceau des Templiers


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Compil Histoire

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Jean-Paul Decoeurtyte Début de page
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