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Sujet Historique Date 08-06-2006
Titre La Démocratie athénienne Section Démocratie
Article

Sommaire

1. La société démocratique athénienne
1.1 La Démocratie athénienne
1.2 Naissance de la démocratie
1.3 Les réformes de Clisthène
1.4 La boulê, les prytanes
1.5 Les magistratures
1.6 Réformes, crises et restauration
1.7 Périclès
1.8 Figure de l’Histoire


1. La société démocratique athénienne

1.1 La Démocratie athénienne

« Notre constitution n’a rien à envier aux lois des autres : elle est un modèle et n’’imite pas. Elle s’appelle démocratie parce qu’elle oeuvre pour le plus grand nombre et non pour une minorité. Tous participent également aux lois concernant les affaires privées, c’est la valeur seule qui introduit des distinctions et les honneurs vont plus aux mérites qu’à la fortune. Ni la pauvreté, ni l’obscurité n’empêchent un citoyen capable de servir la cité. Etant libre dans ce qui concerne la vie publique, nous le sommes également dans les relations quotidiennes. Chacun peut se livrer à ses plaisirs sans encourir de blâme ou des regards blessants, quand même ils ne causent pas de mal. Malgré cette tolérance dans notre vie privée, nous nous efforçons de ne rien faire d’illégal dans notre vie publique. Nous demeurons soumis aux magistrats et aux lois, surtout à celles qui protègent contre l’injustice et à celles qui pour n’être pas écrites n’en apportent pas moins la honte à ceux qui les transgressent. » - Discours de Périclès - 1

1.2 Naissance de la démocratie Début de page

Une certaine forme de gouvernement démocratique existait dans nombre de cités-Etats, mais c’est à Athènes qu’elle atteignit la forme la plus pure. A l’origine, la cité athénienne était une royauté. Avant les réformes de Clisthène, il existait encore quatre tribus (phylaï) : les Géléontes, les Aigicoreis, les Argadeis et les Hoplètes. Chaque tribu étant elle-même répartie en trois phratries placées sous la protection de Zeus et d’Athéna. Au sein d’une phratrie, les membres se considèrent comme des frères. Chaque année les nouveaux nés sont présentés à la phratrie lors de la fête des Apaturies et la communauté accepte leur venue par un vote. Au sein des phratries, paysans et grands propriétaires coexistent. Quant aux non-propriétaires, aux artisans et aux commerçants, ils sont exclus de tout rôle politique.

D’après Plutarque 2, c’est à Thésée que l’on doit l’unification de l’Attique et le rejet de la monarchie. Dès la seconde moitié du VIIe siècle, trois magistrats, les archontes choisis parmi l’aristocratie (les Eupatrides) gouvernent la cité pour un an et se répartissent le pouvoir politique de l’ancien roi : prêtre, juge et polémarque (chef de guerre). En 621, Dracon définit les différentes catégories de citoyens et rédige un code dont la dureté des peines est restée proverbiale. La réforme censitaire introduite par Solon peut être considérée comme une première étape vers la démocratie.

La démocratie naît de l’égalité entre tous au sein du même dème et de tous devant la loi. Le citoyen a des droits publics et privés. Dans le domaine privé, tout citoyen peut se marier, posséder des biens et défendre ses intérêts privés devant la justice. En contrepartie, le citoyen a des devoirs envers la cité : il doit le service militaire, payer des impôts et participer à la vie publique. C’est une démocratie imparfaite qui exclut de la cité les femmes et les esclaves, soit peut-être un tiers de la population. Vers 432 av. J.-C., la cité compte entre 35 000 et 46 000 citoyens pour 10 000 à 15 000 métèques. Quant aux esclaves, ils sont estimés à 100 000 !

1.3 Les réformes de Clisthène Début de page

La révolution de 510, menée par les aristocrates et les « démocrates » contre Hippias, le fils de Pisistrate, naît de l’essor des classes populaires. Clisthène s’appuya sur le peuple et gouverna la cité entre 508 et 507. Ses réformes entraînent une nouvelle répartition des citoyens et mettent fin à l’organisation familiale sur la base du génos : les citoyens seront désormais répartis en dix tribus. Le terme de démocratie n’est pas inventé à cette époque mais beaucoup plus tard par Hérodote. On parle alors d’iségoria (égalité de parole devant l’assemblée), d’isonomia (égalité devant la loi) et d’isokrateia (égalité des pouvoirs).

Dèmes et trittyes

Le dème est une subdivision géographique de la tribu, à l’origine il y avait 30 dèmes (10 par trittye) mais par la suite il y en eut davantage. Désormais tout Athénien portera trois noms : le sien propre, le nom de son père et le nom de son dème (démotique). A titre d’exemple : Périclès, fils de Xanthippe, du dème de Cholarges. L’appartenance au dème est héréditaire et l’inscription sur les registres du dème était un préalable pour accéder à la citoyenneté. Le dème possède sa propre assemblée et des magistrats (démarques). Il est responsable des sanctuaires situés sur son territoire. Un groupe de dèmes contigus forme une trittye, correspondant chacune à une région naturelle : la cité et sa banlieue (l’astu), la côte (la Paralia), l’intérieur (la Mésogée). « Chaque tribu reçoit trois trittyes tirées au sort de telle sorte qu’elle en ait une de chacune des trois régions. » 3

Les phratries

Clisthène maintint les anciennes phratries. La phratrie était un groupement de familles et une subdivision du dème mais son organisation est peu claire (lien du sang ?). Les phratries jouaient un rôle essentiel dans tous les actes liés à la vie du citoyen : naissance, initiation des adolescents, mariage, adoption, funérailles. C’est l’admission dans la phratrie qui conditionnait l’appartenance à la communauté civique pour les hommes comme pour les femmes.

Le démos et l’ecclésia

Le terme démos avait à l’origine un sens péjoratif, signifiant « gens du commun », « classes inférieures » mais il signifie aussi « le peuple comme un tout ». La réforme de Clisthène supprime le pouvoir régional des familles de l’aristocratie en créant un corps civique, l’assemblée du peuple, appelée l’ecclésia. Elle était composée de tous les citoyens ayant achevé leur service militaire et jouissant de leurs droits civiques. Les décrets de l’assemblée athénienne étaient promulgués « par le démos » plutôt que « par l’ecclésia ».

L’assemblée se réunissait fréquemment, au moins quatre fois de chaque période de 36 jours au IVe siècle (4 fois par prytanie) sur la colline du Pnyx où avait été aménagé un hémicycle. Evidemment, seule une fraction de citoyens venait mais ceux qui étaient présents à une séance constituait le démos et leurs actes étaient reconnus par la loi comme les actes du peuple entier. Tout citoyen présent à l’ecclésia est entièrement libre de s’exprimer en public, de proposer un amendement et à le droit de vote. Le projet de loi et ses amendements sont soumis au vote de l’assemblée. La décision est prise à la majorité des votants, le vote se faisant à mains levées. Le vote acquis, le décret était gravé sur une pierre est exposé pour publicité. Le nom de l’auteur de la proposition y était mentionné afin que si la mesure prise se révélait désastreuse on puisse se retourner contre lui. A partir du IVe siècle av. J.-C., les participants à l’assemblée se virent rétribuer d’un salaire, le misthos ecclesiasticos.

1.4 La boulê, les prytanes Début de page

Le pouvoir est confié à la boulê, composée de cinq cents membres tirés au sort (50 par tribu). Il n’y avait pas de conditions de cens exigée mais il est vraisemblable que seuls les citoyens bénéficiant de revenus suffisants pouvaient se permettre de s’y consacrer durant une année pleine car le misthos bouleutikos n’était que de cinq oboles par jour au IVe siècle. Les bouleutes devaient prêter serment de demeurer fidèles à la constitution. La boulê se réunissait dans le bouleutérion tous les jours sauf jours fériés. Une grande partie du travail préparatoire de l’assemblée (probouleuma) était fait par la boulê.

Les cinquante bouleutes d’une tribu étaient prytanes, c’est à dire présidents du Conseil, siégeant à tour de rôle pendant un dixième de l’année. Ce sont les prytanes qui réunissent l’ecclésia et la boulê et qui en préparent l’ordre du jour. Chaque jour, l’un des prytanes était tiré au sort pour être président de la boulê (épistate). Ce sont les prytanes qui recoivent les ambassadeurs étrangers et les lettres officielles ; ce sont eux qui peuvent déférer devant les tribunaux les statèges qui ne se seraient pas acquittés de leur tâche.

1.5 Les magistratures

A côté des prytanes qui sont les magistrats suprêmes, il y avait beaucoup d’autres magistrats, presque toujours réunis en collège de dix membres (1 par tribu). Toutes les magistratures sont électives. Tous les magistrats bénéficient de l’inviolabilité (tout délit à titre public contre l’un d’eux entraîne l’atimie) et tous ont le droit de porter une couronne. Il n’y avait pas de hiérarchie parmi les charges : tout homme occupant une charge était responsable directement et uniquement envers le démos. Tout magistrat quittant sa charge devait rendre des comptes.

Parmi ces magistrats, on peut distinguer les archontes et les stratèges. Après la réforme, il y a désormais neuf archontes plus un secrétaire : aux trois archontes antiques sont rajoutés six gardiens de la loi (thesmothètes), qui sont eux-aussi désignés par tirage au sort. Les dix stratèges étaient élus par l’assemblée du peuple parmi les pentacosiomédimnes (1 par tribu) et étaient indéfiniment rééligibles. A chaque prytanie ils sont confirmés dans leurs fonctions par un vote à mains levées. Si l’un d’eux n’est pas confirmé, il est traduit devant un tribunal ; s’il est acquitté il reprend immédiatement ses fonctions. Ils sont souverains quand ils commandent et peuvent chasser de l’armée, condamner à une amende quiconque n’obéit pas à leurs ordres. Chaque stratège se voit assigner une magistrature militaire spécifique.

1.6 Réformes, crises et restauration Début de page

Les Guerres Médiques consacrèrent le rôle fondamental du démos : la flotte athénienne victorieuse était essentiellement recrutée parmi les citoyens les plus pauvres (thètes) ; la guerre avait entraîné un afflux considérable de citoyens de la campagne vers la cité elle-même ; les stratèges, qui sont élus par le démos, virent leur rôle renforcé aux dépends des Archontes.

Ephialte fit voter une loi réformant l’Aréopage, en le privant de ses pouvoirs judiciaires qui furent transmis à la boulê et à l’Héliée. Puis vers 458-456, les zeugites furent admis à l’archontat. A la mort d’Ephialte, Périclès devient le chef du parti démocratique et parachève la constitution démocratique d’Athènes. Durant la Guerre du Péloponnèse, la démocratie athénienne connaîtra deux crises institutionnelles. En 411, le parti aristocratique profite de la crise ouverte par la désastreuse expédition de Sicile et de l’absence d’une bonne partie du démos partie combattre pour faire voter l’instauration du régime oligarchique des Quatre Cents. La démocratie est abolie au profit d’un conseil des Quatre Cents, représentant les possédants, épaulé par une assemblée de 5 000 citoyens. Les dissensions internes au régime amène sa chute dans des circonstances peu précises dès 410.

En 405, la défaite athénienne amène une nouvelle crise (404) et l’instauration du régime des Trente, dirigé par Théramène et Critias, où le pouvoir est confisqué par trente citoyens épaulé par une assemblée réduite à 3 000 citoyens. Parallèlement, les métèques furent arrêtés et leurs biens confisqués. La dérive tyrannique de ce régime conduit Sparte à soutenir le parti démocratique mené par Thrasybule qui rétablit la démocratie en 403.

Progressivement, le démos se désintéresse complètement des affaires de la cité, sauf s’il s’agit de décider d’une guerre, et l’on assiste à une professionalisation de la vie politique athénienne. En 322, la démocratie disparaît au profit d’une oligarchie censitaire qui réservait la politeia aux seuls possesseurs d’une fortune de 2 000 drachmes, abaissés à 1 000 drachmes en 317 par Démétrios de Phalère. La démocratie athénienne n’est plus désormais que l’ombre d’elle-même.

1.7 Périclès Début de page

C’est sans aucun doute le plus grand homme d’Etat qu’ai eu la Grèce. Thucydide écrira que l’Athènes de Périclès était « l’école de la Grèce ». Né vers 494, Périclès appartient par ses deux parents à des familles aristocratiques qui ont joué un grand rôle dans la vie politique d’Athènes, dont par sa mère celle des Alcméonides qui dirige le parti démocratique. Son père Xanthippe fut un célèbre opposant à Miltiade, ce qui lui valu d’être frappé d’ostracisme. Il est le petit-neveu de Clisthène. On raconte qu’un présage précéda sa naissance : sa mère Agaristé eut en songe la vision d’accoucher d’un lion. Son crâne trop allongé lui vaudra le sobriquet de « Tête d’oignon ». Dans sa jeunesse, il fréquente des poètes, des artistes et des philosophes notamment Zénon et surtout Anaxagore. Plus tard, il entretiendra des liens avec le sophiste Protagoras, le sculpteur Phidias, l’historien Hérodote et les poètes Eschyle et Sophocle.
L’homme politique

Il apparaît pour la première fois dans la vie publique en 472 en tant que chorège de la pièce Les Perses d’Eschyle. En 463, il intente un procès à Cimon pour corruption mais se montre très accommodant lors de l’audience. A la mort d’Ephialte, Périclès devient le chef du parti démocratique. Bon général, il aurait élevé neuf trophées 4. Pendant près de trente ans, il est le maître d’Athènes et par son ascendant personnel et par l’autorité que lui donne la charge de stratège, renouvelée chaque année quinze ans de suite à partir de 443. Il garde les allures un peu hautaine d’un aristocrate qui prétend conduire, par la raison, la foule qu’ il domine par son intelligence. Son éloquence est simple mais naturelle et reconnue par tous y compris ses adversaires. Il sait se monter juste et modéré avec ses adversaires. Thucydide, son adversaire en politique, souligne aussi une autre de ses qualités : « dans le domaine de l’argent, il était manifestement de la plus grande intégrité. » 5

Sa loi sur la citoyenneté instaure l’obligation d’être né de deux parents athéniens pour être citoyen d’Athènes ; loi dont le fils de Périclès et d’Aspasie sera directement victime ultérieurement. Démocrate convaincu, il fait accorder une indemnité (misthophorie) journalière pour les jurés des tribunaux populaires (Héliée), ce qui élargit le cadre de la démocratie athénienne en achevant de donner au peuple le pouvoir politique.

Il maintient la paix intérieure en obtenant des riches leur participation financière à l’entretien des vaisseaux de guerre et en assurant aux pauvres des moyens d’existence, soit par la création de clérouquies, soit par les grands travaux qui embellissent la ville (construction du Parthénon) et donnent du travail aux artisans (construction des « Longs Murs »).

1.8 Figure de l’Histoire Début de page

Mais ce qui met Périclès vraiment hors de pair, c’est sa vision de patriote hellène. Alors qu’Athènes est en paix avec toutes les cités, vers 448, il lance un appel à tous les peuples grecs et les invite à envoyer des délégués à Athènes. Ce congrès aurait pour but de voter les mesures nécessaires à la restauration des sanctuaires détruits par les Perses et d’examiner les moyens d’assurer la sécurité de la navigation dans les mers grecques.

Puisqu’Athènes doit être la capitale de la confédération hellénique ainsi formée, Périclès veut regrouper tous les Grecs autour d’un sanctuaire de l’Attique en l’honneur de Déméter, symbole de la terre nourricière. Enfin, l’union doit aboutir à la reprise de l’expansion hellénique. Périclès mena une politique extérieure expansionniste : il renforça les liens avec la Thrace et les colonies de Russie méridionale ; il attaqua sans succès l’Egypte ; il conclut des alliances avec les cités siciliennes. C’est là ce que vise la création de Thourioi. Les projets de Périclès échouent : les Péloponnésiens, sous la domination de Sparte ayant refusé d’y prendre part. Sparte comprenait que l’union rêvée par Périclès ferait d’Athènes la capitale morale du monde grec.

Périclès et Aspasie

Le couple que constituait Périclès avec Aspasie faisait scandale, d’abord parce que Périclès avait répudié sa première femme d’origine athénienne dont il avait eût des enfants et ensuite, parce qu’elle était une courtisane d’origine milésienne, enfin, parce qu’elle était intelligente et cultivée et qu’elle devait tenir une sorte de salon où se croisaient les hommes brillants de l’époque. Platon ne dit-il pas : « Socrate va quelquefois chez elle avec ses amis et les familiers y conduisent leurs femmes pour entendre sa conversion. » Ce qui n’empêchera pas ce même Platon de rejoindre Aristophane et les poètes comiques pour donner une image négative du couple Périclès-Aspasie.

Le poète comique Hermippos lui intente un procès pour impiété et débauche ce qui conduira Périclès lui-même à la défendre devant les juges et à verser des larmes pour implorer la clémence des juges ! Pleurer en public et pour une étrangère : situation doublement exceptionnelle et scandaleuse ! Vingt ans plus tard, Périclès, ayant perdu ses fils légitimes, n’hésitera pas encore une fois à s’humilier devant le peuple athénien en suppliant qu’on accorde la citoyenneté à son bâtard (nommé Périclès lui-aussi et futur vainqueur à la bataille des Arginuses en 406) né de l’union avec Aspasie.


1  Thucydide, Guerre du Péloponnèse, II, 37
2  Plutarque, Vie de Thésée, XIV, 1-2
3  Aristote, Constitution d’Athènes, XXI
4  Plutarque, Vie de Périclès, 38, 3.
5  Thucydide, Guerre du Péloponnèse, II, 65, 8.

Référence publication :
Jean Vandevelde
Site Web : Clio la Muse de l’Histoire
Auteur
Jean Vandevelde Début de page
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