Infologisme.com
English │ Français │
Accueil Démocratie Homo Sapiens Infologisme Planète Publication Société
Sujet Philosophe Date 26-05-2006
Titre Aristote Section Homo Sapiens
Article

Sommaire

1. Aristote
1.1 Les sources de sa pensée
1.2 La vie d’Aristote
2. Apport conceptuel
2.1 Le monde selon Aristote
2.2 Le primat des causes finales
2.3 Distinction entre forme et matière, acte et puissance
2.4 Le vivant
2.5 Dieu comme organisateur du monde
2.6 La logique
2.7 La morale et la politique
3. Les principales œuvres
3.1 Bibliographie


1. Aristote

1.1 Les sources de sa pensée

Aristote est le fondateur de l’école péripatéticienne. Philosophe empiriste, il est avec Platon, une des deux grandes figures de la philosophie antique. Son importance dans la philosophie occidentale est immense. Redécouvert à l’époque féodale, la scolastique s’en inspirera. Le système aristotélicien dominera ainsi la pensée jusqu’au XVII° siècle, époque où la naissance des sciences expérimentales ruinera sa vision du monde.

De Socrate et de Platon dont il fut l’élève, il retient l’idée que la connaissance est la recherche du nécessaire et de l’universel et non l’opinion. Mais il récuse la théorie platonicienne des idées. Il réfutera la sophistique en fondant la logique. Mais Aristote est surtout un encyclopédiste au sens où il va assurer la totalisation du savoir de l’époque.

1.2 La vie d’Aristote Début de page

Aristote est né à Stagire, en 384 av.JC. Son père, Nicomaque, était médecin au service du roi de Macédoine, Amyntas II. Sa mère, Phestias, aurait été originaire de Chalcis en Eubée. La Macédoine est, à l’époque, la puissance politique « montante » et ses monarques tentent de s’approprier le plus possible la culture d’une Grèce qu’ils soumettront bientôt militairement et politiquement.

Aristote est très tôt orphelin et est alors élevé par un tuteur, Proxène d’Atarnée, dont il adoptera plus tard le fils Nicanor. Dans sa dix-huitième année, Aristote arrive à Athènes où il devient élève de l’Académie de Platon alors que celui-ci est en Sicile et que l’école est dirigée par le mathématicien et astronome Eudoxe. « Provincial », issu de la Macédoine méprisée et redoutée, il est plutôt laid et mauvais orateur, choses qui le rendent peu populaire.

Platon meurt et Speusippe prend la direction de l’Académie. Peut-être est-ce en réaction à cet évènement qu’Aristote et Xénocrate, qui tous deux pouvaient prétendre à la succession de Platon, se rendent dans la ville d’Atarnée. Mais peut-être ce départ d’Athènes a-t-il une autre origine: en 348, Philippe II de Macédoine conquiert Olynthe, amie d’Athènes, la rase, massacre une partie des habitants et vend le reste comme esclaves. Aristote dut se trouver en position délicate.

A Atarnée, Aristote retrouve une petite communauté platonicienne, ce qui tendrait à confirmer qu’il n’était pas sorti de l’Académie. Peu après, pour une raison inconnue, il part pour Assos, puis à Mythilène dans l’île de Lesbos. Il semble que ce séjour en Asie mineure ait été pour Aristote une époque de recherches intenses.

En 343 ou 342, Aristote est choisi par Philippe de Macédoine comme précepteur pour son fils Alexandre âgé de 13 ans. Il va donc résider à Mieza, ville où Philippe a placé son fils. Il enseigne à son royal élève la poésie et la politique.

Le préceptorat d’Aristote se termine avec la nomination d’Alexandre comme régent du royaume, en 340. Il obtient la permission de faire reconstruire Stagire (détruite par les Macédoniens en 349) dont il devient une sorte de nouveau fondateur, donnant des lois à sa patrie.

Après la mort de sa femme Pythias, il prend une stagirite, Herpyllis, comme femme légitime ou comme concubine. Il en aura un fils, Nicomaque et lui restera très attaché jusqu’à la fin de sa vie.

En 335 ou 334, il rentre à Athènes, soumise à Alexandre après la destruction de Thèbes. C’est alors que la rupture d’Aristote avec l’Académie fut vraiment consommée et qu’à 50 ans il fonde une école rivale, le Lycée, qui tirait son nom d’un gymnase proche, consacré à Apollon Lycien. Les relations entre Aristote et Alexandre deviennent mauvaises. Le philosophe désapprouve la politique d’assimilation des Perses menée par Alexandre et ce dernier avait fait mourir Callisthène, le neveu d’Aristote, qui ne voulait pas se prosterner devant le roi à la mode perse. En 323, Alexandre meurt et Aristote n’a plus à le redouter.

Mais cette mort provoque un sursaut à Athènes qui se révolte alors contre les Macédoniens. Aristote est menacé. Il s’enfuit à Chalcis avec Herpyllis et ses enfants. Il y meurt à 62 ans, après avoir vu l’écrasement des Athéniens par son ami Antipater.


2. Apport conceptuel

2.1 Le monde selon Aristote Début de page

Aristote conçoit le monde comme clos, fini et hiérarchisé. La limite du monde est la sphère des fixes, les fixes étant les étoiles accrochées à la sphère céleste transparente. Cette sphère tourne, ce qui permet d’expliquer à la fois le mouvement apparent des étoiles et l’existence des constellations. La terre est au centre, fixe et immobile. Le monde est incorruptible au-dessus de l’orbite lunaire (monde supralunaire), corruptible, en proie au devenir en dessous (monde sublunaire) :

Selon Aristote, il existe deux sortes de corps, les graves (c’est-à-dire les lourds, cf. gravité, ce qui rend lourd) et les légers. Les graves sont les corps qui tendent à tomber vers le bas, les légers ceux qui tombent vers le haut (comme par exemple les fumées). Tout corps tend à rejoindre son lieu naturel, le lieu naturel des graves étant le centre de la terre (et donc du monde), celui des légers étant la sphère des fixes. Cette théorie est cohérente avec la représentation du monde dans l’Antiquité dont nous parlions précédemment. Remarquons que cette théorie est à la fois finaliste (chaque corps tend vers son lieu naturel - on cherche à comprendre le phénomène par sa fin) et qualitative (c’est-à-dire non quantitative) puisque c’est une qualité des corps de tomber.

2.2 Le primat des causes finales

Lorsque Aristote analyse la production, il distingue quatre causes, la cause matérielle, la cause efficiente, la cause finale et la cause formelle : « Tout ce qui devient, devient, par quelque chose et à partir de quelque chose, quelque chose » (Métaphysique) Que la production soit naturelle ou artificielle, elle suppose la mise en jeu d’une matière, ou cause matérielle (« à partir de quelque chose »), d’un agent ou cause efficiente (« par quelque chose ») et de la forme et de la finalité du produit, ou cause formelle et cause finale (« quelque chose »).

Prenons pour exemple une statue :

•   La cause matérielle est le marbre ;
•   la cause efficiente est le sculpteur ;
•   la cause formelle est la configuration de la statue ;
•   la cause finale est ce en vue de quoi est faite la statue. (sa destination)

Le primat de la cause finale implique que celui qui a la meilleure connaissance de la selle, c’est le cavalier et non l’artisan.

Au niveau de l’homme, la cause matérielle est constituée du sang, des os, de la chair etc., la cause efficiente est un autre homme, la cause formelle est sa forme d’homme, la cause finale est de perpétuer l’espèce et entrer en rapport avec Dieu. Les causes ici sont mêlées.

La science s’occupe des trois premières causes mais la métaphysique étudie la cause finale, plus difficile et plus importante. La philosophie d’Aristote est donc un finalisme.

2.3 Distinction entre forme et matière, acte et puissance Début de page

On trouve aussi chez Aristote une théorie de la substance c’est à dire de l’être qui se suffit à lui-même qu’il faut opposer à l’accident c’est à dire ce qui ne fait pas partie de l’essence d’une chose ou de sa définition. Il ne fait pas partie de la définition de l’homme, par exemple d’avoir des yeux bleus puisque tous les hommes n’ont pas nécessairement les yeux bleus. La couleur des yeux est donc un accident.
La substance a deux aspects : rapport forme / matière, rapport acte / puissance.

•   Toute substance a une forme (une configuration extérieure). La matière est le support du changement, ce qui se forme et se transforme par l’action d’un agent. Quand une chose change, il faut bien en elle quelque chose qui demeure, sinon elle ne changerait pas, elle serait radicalement autre. La matière est donc « comme est le bronze par rapport à la statue ou le bois par rapport au lit » (Physique). Elle ne peut être connue qu’analogiquement car on ne connaît que les matières déjà déterminées par des formes. La matière est « ce en quoi » les choses sont faites, ce qui est « en-dessous », le support de tout changement. Une matière dépourvue de forme est impensable. Il n’y a pas de matière séparée. Une exception peut-être, l’eau, mais elle est dans un récipient et prend donc sa forme. Même une poignée de terre d’une certaine manière a une forme. Aristote développe l’idée d’une échelle des êtres. Plus il y a de matière et plus la forme est indistincte quand on descend dans l’échelle des êtres. Plus on monte, au contraire et plus la forme est précise et plus elle se confond avec la fin. Par exemple : la terre est presque sans forme (on dit que c’est informe par abus de langage), l’arbre a une forme distincte mais une forme indifférente à sa fin, l’homme a une forme plus proche de sa fin, Dieu est le seul être sans matière. Il est forme pure. Si La matière n’existe pas à l’état pur mais, puisqu’elle occupe toujours une portion d’espace déterminée, a toujours une forme, il est en effet possible d’envisager des formes pures (des êtres spirituels, de purs esprits).
•   L’acte et la puissance : la puissance est ce que possède une chose pour passer d’un état à un autre état. Par exemple quelqu’un de non musicien devient musicien. Il possédait donc la puissance de devenir musicien. L’enfant est un adulte en puissance. La puissance est un manque. Un être qui ne manquerait de rien ne serait pas en puissance. Il serait acte pur. C’est Dieu.

L’acte est ce que possède réellement un être. L’adulte est adulte en acte. Celui qui sait la musique est un musicien en acte. L’acte est antérieur à la puissance dans le sens où la puissance désire l’acte, va vers l’acte. L’adulte est antérieur à l’enfant dans le sens où l’enfant veut devenir adulte. L’acte est antérieur en tant qu’il est fin et que la fin est toujours présente avant sa réalisation.

Aristote remarque que le vers est couché, le quadrupède est plus haut, le chimpanzé est courbé, l’homme est droit. La fin du vers est de devenir un quadrupède. La fin du quadrupède est de devenir un chimpanzé. Quelle est la fin de l’homme ? Devenir Dieu, s’élever pour accéder à l’éternité, à la forme pure et à l’acte pur où il n’y aurait plus de manque.

2.4 Le vivant Début de page

Il s’explique de façon vitaliste. Tout vivant possède une âme ( anima) qui l’anime. Si dans le cas de la production artificielle, l’action de l’artisan impose une forme à la matière, dans la production naturelle d’un être vivant, une puissance interne conduit à la formation progressive de la matière. Un devenir est naturel quand il est le cheminement d’un être vers sa forme achevée. L’embryon devient un être adulte par sa croissance. Un être vivant possède une force propre qui s’accomplit dans une forme.

L’âme est pour Aristote la forme d’un corps vivant. D’une certaine façon elle est donc inséparable du corps en tant qu’elle en est la forme c’est-à-dire le principe d’organisation. Encore faut-il préciser que nous parlons de l’anima (que tous les vivants ont en partage), mais qu’en est-il de l’animus (l’âme pensante) ? Elle possède un statut privilégié et il semble qu’elle soit séparable.

Cf. Traité de l’âme, livre II : « En ce qui touche l’intellect et la faculté théorétique, rien n’est encore évident : pourtant il semble bien que ce soit là un genre d’âme tout différent, et que seul il puisse être séparé du corps, comme l’éternel du corruptible »

2.5 Dieu comme organisateur du monde

Dieu est pour Aristote le moteur du monde. C’est le moteur non mû, la pensée suprême, la cause efficiente et finale du monde. Il se pense lui-même. Ce n’est pas un Dieu personnel et providentiel mais le principe premier, la première cause. Il n’est pas créateur mais cause logique.

La philosophie médiévale va rajouter à la théorie aristotélicienne l’idée de la révélation qui n’existe pas chez Aristote, l’idée que je peux non seulement connaître Dieu par la pensée mais aussi le découvrir par la révélation. Il y a deux révélations : l’Écriture et la révélation intérieure. Aristote se limitait à la raison.

2.6 La logique Début de page

Aristote invente la logique sous la forme principalement de la théorie du syllogisme. Le syllogisme est un raisonnement déductif en trois propositions. Par exemple :

•   Tous les animaux sont mortels.
•   Or tous les hommes sont des animaux.
•   Donc tous les hommes sont mortels.

Mais Aristote a aussi étudié le jugement qui consiste à lier un sujet et un prédicat. Par exemple : Le ciel (sujet) est bleu (prédicat).

La définition consiste à donner le genre et la différence spécifique. Par exemple l’homme appartient au genre animal et se différencie spécifiquement par sa raison, d’où la définition : l’homme est un animal raisonnable.

Aristote énonce les trois principes sans lesquels aucune pensée n’est possible :

•   Le principe d’identité : A est A ;
•   le principe du tiers exclu : si deux propositions sont contradictoires, alors l’une est vraie et l’autre fausse ;
•   le principe de non contradiction : on ne peut pas à la fois affirmer deux propositions contradictoires.

2.7 La morale et la politique Début de page

La morale d’Aristote est un eudémonisme c’est à dire qu’elle vise au bonheur. Le bonheur est une activité de la raison. Le plaisir n’est pas exclu. Il est l’achèvement de l’acte.

« L’homme est un animal politique » Platon pensait que l’homme avait besoin de l’Etat à cause de sa faiblesse. Il doit s’associer parce qu’il est limité. Aristote pense au contraire que l’homme a un penchant naturel à s’associer. L’homme est fait pour vivre en société et dans une société politique. Seul un Dieu où une bête peuvent vivre seul (et l’homme n’est ni l’un ni l’autre). Encore certains animaux vivent-ils en société (les abeilles) ou en troupeaux (les moutons) mais aucun n’est animal politique. La nature ne fait rien en vain. Or elle nous a donné le langage, preuve de notre destination à une société de type politique c’est-à-dire où on discute de l’utile et du nuisible, du juste et de l’injuste. La société des hommes n’est pas celle des abeilles. La reine des abeilles ne règne pas. Dans la ruche, il n’y a pas de révolution ni même de lois. Chacun a sa tâche prescrit par l’instinct et ne peut en discuter. La société des hommes, elle, suppose des lois et donc la discussion politique, l’établissement des lois.

Dire que l’homme est un animal politique c’est dire aussi que la politique a une valeur absolue. L’homme est voué à la politique non au sens où il y est contraint par la force des choses mais au sens où telle est sa vocation, sa complète réalisation.

Pour Aristote, l’esclavage n’est pas contre nature. Il existe une inégalité naturelle. Certains hommes naissent capables de se gouverner, de prendre des initiatives et donc il est logique qu’ils soient des citoyens, des hommes libres, des maîtres. Mais d’autres naissent incapables de se conduire seuls. Il est dangereux de les laisser livrés à eux-mêmes. Il est donc utile à l’esclave d’être esclave, c’est pour son bien. L’inégalité naturelle justifie l’esclavage.

L’argument sera réfuté par Rousseau : Aristote confond la cause et la conséquence. Il ne voit pas que l’incapacité de l’esclave à se conduire seul vient de sa condition sociale (on ne lui laisse jamais prendre d’initiative) et non de sa nature.

Aristote distingue la praxis de la poiésis. La praxis (ou action au sens strict) correspond aux actes politiques et moraux, tous les actes qui ont pour fin l’accomplissement d’un bien quelconque alors que la poiésis (ou création ou production) correspond aux activités productives, au travail compris comme production de valeur d’usage, de biens et de services utiles à la vie. La production est art ou techné. Ce qui distingue des deux types d’activités est la fin de l’action, de l’acte. La finalité de la production est un bien ou un service, c’est-à-dire quelque chose d’extérieur à celui qui le fabrique ou le rend et à son action même. La fin de la production est séparable du producteur. La finalité de l’action, de la praxis, quant à elle, est interne à l’action, n’est pas séparable de l’action : « Le fait de bien agir est le but même de l’action. » L’action politique du citoyen quand il discute à l’assemblée est praxis et cette activité est noble. La poiésis, activité technique, est servile. La pensée antique a tendance à dévaloriser ce qui est utile, et à valoriser au contraire l’activité théorique désintéressée. « La noblesse des mathématiques est de ne servir à rien. » écrit Aristote dont la conception est ici typiquement idéologique. L’homme libre fait des mathématiques ou de la philosophie mais l’esclave travaille. En dévalorisant l’activité de travail on justifie l’esclavage.

Contrairement à Platon, Aristote ne conçoit pas l’Etat idéal mais plutôt les conditions de possibilité de l’Etat. « On doit en effet examiner non seulement le régime politique le meilleur mais encore celui qui est simplement possible » L’autorité politique se distingue des autres formes d’autorité (père/enfant, maître /esclave) en ce qu’elle s’exerce sur des hommes libres, des citoyens. Celui qui gouverne doit apprendre en pratiquant lui-même l’obéissance car ce sont les lois qui doivent faire autorité, des lois justes.

Le but de l’État n’est pas seulement d’assurer la survie mais de vivre dans une communauté qui doit s’entendre sur l’utile, le bon et le juste. Le but de l’Etat est l’accomplissement éthique des citoyens. Or si cet accomplissement consiste en une vie heureuse des hommes, il n’est pas de bonheur sans vertu. Le citoyen ne doit pas mener une vie mercantile (sans noblesse) ni agricole (la vertu suppose le loisir). Si l’homme et un animal politique, la politique n’est sa fin que s’il est vertueux et c’est à la vertu du gouvernement qu’on juge la valeur d’un régime. Le citoyen se définit par son droit au suffrage et sa participation à l’exercice de la puissance publique.

L’Etat se forme à partir d’une suite de communautés qui va en s’agrandissant :

•   À l’origine, communauté de deux personnes (homme / femme, père / enfant, maître / serviteur)
•   Ensemble, ils constituent la famille.
•   Les familles constituent des villages.
•   Les villages constituent la polis c’est-à-dire la Cité, l’Etat.

Seule la polis réalise l’autarcie

Il existe trois formes de communautés justes avec leur forme pervertie correspondante selon le tableau suivant :

Gouvernement Forme juste Forme pervertie
Un seul homme Royauté (monarchie) Tyrannie (le plus mauvais régime)
Un petit nombre (une minorité) Aristocratie Oligarchie
La majorité République (politeia) Démocratie (moins mauvaise)

Les gouvernements sont nécessairement bons quand ils visent l’intérêt commun. Le critère de distinction des bons et des mauvais régimes n’est pas le nombre. Tant qu’on vise le bien être général, tout va bien. Les formes perverties sont celles où on ne poursuit que l’intérêt de ceux qui commandent. Il n’y a donc pas de préférence entre les trois formes justes mais le régime le plus stable et le plus réalisable reste la politeia. La République est en fait un mélange parfait d’oligarchie et de démocratie sans que paraissent l’une et l’autre.

cf. Ethique à Nicomaque : « La communauté politique la meilleure est celle que constitue la classe moyenne (…) son apport fait pencher la balance et empêche l’apparition des excès contraires »

Ce point mérite d’être développé. On a dit que le bon gouvernement se juge à la vertu de son gouvernement. Or, dans une politeia tout le monde gouverne. Elle suppose donc un peuple vertueux c’est-à-dire un peuple qui n’existe pas dans la pratique. Le peuple n’étant pas vertueux conduit à une malversation politique, la demokratia. La meilleure forme politique est donc bien la politeia mais son impossibilité fait qu’elle ne peut exister que sous la forme pervertie de demokratia, de sorte que monarchie et aristocratie la surpassent.

Aristote pense que le peuple remplit parfaitement les critères d’aptitude politique pour trois raisons :

•   La réunion des individus est conjugaison des talents davantage que des défauts.
•   Le savoir bien gouverner n’est a priori la propriété de personne.
•   La politique engage à la fois les gouvernants et les gouvernés de sorte que chacun est politiquement instruit. Le peuple est utilisateur de l’Etat. « L’invité juge mieux de la chère que le cuisinier. » (primat des causes finales)

Mais, répétons-le, en aucun cas Aristote n’affirme la vertu du peuple. Plus efficace il n’est pas meilleur. C’est son intérêt propre qu’il recherche. Tout dépend de la qualité de la multitude et « certaines foules sont des brutes ».

La démocratie évite deux écueils qui font sombrer les autres régimes : la sédition et la corruption. Cette absence de faiblesse est conditionnelle : le peuple n’est pas incorruptible mais seulement moins accessible à la corruption. Une sédition des riches n’est pas non plus impossible. La menace par excellence est la sédition. L’insurrection est le danger qu’il faut éviter à tout prix. Or ce risque est moindre en démocratie que dans les autres régimes parce qu’il y a plus de pauvres que de riches et donc le pouvoir de la masse des indigents fait plus de satisfaits que d’insatisfaits.

En toute rigueur, le pire des régimes est la tyrannie et le meilleur des régimes est la monarchie. Mais tout régime risque de dégénérer et ses défauts seront alors proportion de ses qualités. Ainsi si la monarchie dégénère, comme ses qualités sont maximales, les défauts de la forme dégénérée (tyrannie) seront les pires. La politeia parce qu’elle est le moins bon des bons régimes dégénère en démocratie, moins mauvais des mauvais régimes. Et Aristote de dire qu’il faut donc opter pour la démocratie. Pour prendre une métaphore médicale, la monarchie c’est la meilleure santé possible au risque du choléra. En comparaison la démocratie est un simple rhume et peut-être vaut-il mieux garder son rhume que prendre le risque du choléra ! La démocratie est donc le régime de la prudence.

Il n’en reste pas moins vrai que la forme politique la meilleure est celle qui convient au pays et aux besoins des citoyens. (variables)


3. Les principales œuvres d’ Aristote

3.1 Bibliographie Début de page

Les oeuvres marquées d’un ou deux astérisques sont celles qui sont les plus importantes du point de vue de l’histoire de la philosophie et le plus souvent étudiées dans cette discipline (2 astérisques signifient une importance capitale)

1  La Logique ou Organon, qui contient les livres suivants :

Catégories *
De l’interprétation *
Premiers Analytiques (deux livres) *
Seconds Analytiques (deux livres) *
Topiques (huit livres) *
Réfutation sophistiques *

2  Philosophie théorique :

Physique (huit livres) **
Traité Du Ciel (quatre livres) *
De la Génération et de la Corruption (deux livres) *
Météorologiques (quatre livres)
Traité De l’Âme (trois livres) **
Petits traités d’histoire naturelle :
Du sens et des sensibles
De la mémoire et de la réminiscence
Du sommeil et de la veille
Des songes
De l’interprétation des songes
De la longévité et de la brièveté de la vie
De la jeunesse et de la vieillesse
De la vie et de la mort
De la respiration
Histoire des animaux (dix livres)
Des parties des animaux (quatre livres)
Du mouvement des animaux
De la marche des animaux
De la génération des animaux (cinq livres)
Problèmes (trente-huit livres)
Sur Xénophane, Mélissos et Gorgias
Métaphysique (quatorze livres) ** La Métaphysique, Aristote est l’inventeur de cette discipline.

3  Philosophie pratique :

Éthique à Nicomaque (dix livres) **
Grande Morale (deux livres)
Éthique à Eudème (quatre livres) *
Politique (huit livres) **
Économiques (deux livres)
Rhétorique (trois livres) *
Poétique *
Constitution d’Athènes *
Des vertus et des vices

Référence publication :
Aristote
Colette Kouadio
Professeur de philosophie

Bibliographie
L’Encyclopédie de L’Agora : Aristote
Auteur
Colette Kouadio Début de page
Infologisme.com v. 1.2.0 © 2004-2014, tous droits réservés  -  Mise à jour le 02 Juin 2013  -  PageRank Hosted site by C-extra.com