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Sujet Historique Date 12-05-2006
Titre Les royaumes hellénistiques Section Société
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Sommaire

1. Les royaumes hellénistiques
1.1 L'Empire d'Alexandre : une organisation inachevée
1.2 La fusion du Grec et du Barbare
1.3 Une organisation complexe pour un empire disparate
1.4 L'institution du culte royal
2. Les royaumes hellénistiques
2.1 La difficile succession d'Alexandre
2.2 Le premier partage
2.3 La guerre lamiaque
2.4 Le partage de Triparadisos
2.5 La fin de la dynastie argéade
2.6 Les derniers diadoques
3. Les royaumes hellénistiques
3.1 Le Troisième siècle
3.2 L'Egypte des Ptolémées
3.3 Le royaume séleucide
3.4 Le royaume de Pergame


1. Les royaumes hellénistiques

1.1 L'Empire d'Alexandre : une organisation inachevée

A partir de 336, date de l'assassinat de Philippe et jusqu'à sa mort, Alexandre, porté par la vision d'un empire universel, paraît le personnage central, voire unique, d'une épopée sans précédent.

Roi des Macédoniens, chef de la Ligue panhellénique, il reprend à son compte le projet de Philippe et lance une grande expédition en Asie, dont il assure le commandement suprême. Bientôt successeur de Darius III Codoman, il recule encore les frontières de l'Empire achéménide et les porte jusqu'en Inde.

Retourné à Babylone en 325, après l'achèvement de ses conquêtes, il s'attelle à l'organisation de son immense empire, faisant preuve de réalisme, ne négligeant aucun détail pratique, sans pour autant accomplir une œuvre originale : il s'appuie sur ce qui existe déjà dans l'Empire perse, prenant soin de maintenir ou de compléter des structures administratives qui avaient fait leurs preuves. Mais il meurt trop tôt et, même si ses qualités d'organisateur sont incontestables, il n'a eu le temps que de poser des fondements, que ses successeurs modifieront ou abandonneront.

1.2 La fusion du Grec et du Barbare Début de page

Rompant radicalement avec l'idée grecque de la Cité-Etat, que lui enseigna son maître Aristote, et porté par une vision universaliste du monde, Alexandre « veut non soumettre et humilier le Barbare, mais le fondre avec le Grec dans un ensemble harmonieux où chacun aurait sa part » (Pierre Lévêque).

Il met alors en œuvre toutes sortes de moyens pour réussir cette fusion, (Il s'implique dans cette démarche lorsqu'il épouse Roxane, une noble perse, fille du satrape de Bactriane, à Bactres l'hiver 328-327). Autre fait spectaculaire est la cérémonie fastueuse des « noces de Suse » au cours desquelles 10 000 soldats auraient épousé des femmes perses. Dans le même temps, il décide d'élever dans les valeurs de la civilisation grecque 30 000 iraniens. Et pour parfaire cette fusion, sans pour autant amoindrir la culture des Grecs, il exige que leur langue soit apprise par le plus grand nombre, que les plus grands artistes d'Athènes viennent œuvrer en Asie ; il favorise les concours musicaux et sportifs et mêle au culte du panthéon grec les divinités orientales.

Enfin, Alexandre ne dissocie pas l'hellénisation d'une active politique d'urbanisation, qui lui permet aussi de structurer son empire, qu'il parsème de plusieurs Alexandrie (les historiens de l'Antiquité, soucieux de servir l'image du « conquérant-civilisateur », lui attribuent la fondation de soixante-dix villes. La vérité historique tourne plutôt autour d'une vingtaine de cités). Leur fondation, ou leur refondation pour certaines d'entre elles, obéit à des impératifs administratifs et militaires : il s'agissait d'asseoir la domination macédonienne dans un cadre rigoureusement établi, de contrôler les populations indigènes et d'assurer la protection des frontières. Mais ces cités jouent aussi un rôle économique important : en permettant de garder ouvertes les grandes voies de communication, elles assuraient un flux d'échanges commerciaux et intellectuels.

1.3 Une organisation complexe pour un empire disparate Début de page

Parce qu'il a mené ses conquêtes au pas de charge, qu'il a traversé d'immenses territoires sans les investir complètement, Alexandre ne dispose pas, au terme de son expansion, d'un empire homogène et uniformément soumis. Et l'organisation de cet ensemble disparate reste diversifiée et complexe.

Une vingtaine de régions sont des satrapies, calquées sur le découpage administratif achéménide et placées sous l'autorité d'un ou deux chefs militaires (Alexandre ne tenant pas toujours à concentrer trop de pouvoirs entre les mains d'un seul homme). D'autres régions, plus éloignées et moins accessibles, comme la Cappadoce ou l'Arménie, échappent au contrôle direct d'Alexandre. Certaines sont encore tenues par des chefs traditionnels (Bithynie) ; des petites cités éparpillées en Anatolie restent indépendantes. Chypre et Cyrène gardent leurs rois ; ailleurs les institutions demeurent et les cités sont autonomes.

La diversité est grande, les statuts sont multiples. En fait, l'unité ­ et le maintien ­ de l'empire tient à la personne d'Alexandre : tout repose sur ses seules épaules, sur les quelques fidèles (l'archichancelier Eumène de Kardia ou Hephaistion, nommé chiliarque) en qui il a confiance, et sur son armée, seul organisme central de l'empire (avec la cour). Alexandre ne se soucie pas tant d'étayer ses conquêtes d'une solide armature administrative que de choisir des individus qui sauront le seconder. Mais satrapes et administrateurs ne lui obéissent que dans la mesure où ses conquêtes ne l'entraînent pas trop loin. Trop éloigné, ou affaibli par des revers militaires, Alexandre s'expose à des trahisons (comme celles de son trésorier Harpale), voire à des révoltes, comme ce fut le cas pendant l'expédition en Inde.

1.4 L'institution du culte royal Début de page

Alexandre a compris que, dans cet empire éclaté en multiples populations, soumis aux tensions et aux incertitudes d'une administration difficilement contrôlable, l'institution du culte royal sera le seul ferment réel d'unité. Il puise dans la tradition des cités grecques qui rendent un culte aux héros fondateurs et l'enrichit de l'apport oriental : l'Egypte considère le pharaon comme un dieu (Alexandre aura soin de s'assurer auprès de l'oracle Siwah qu'il est le fils du dieu Amon) et le souverain mésopotamien est vénéré comme le représentant du dieu sur terre. Aux Achéménides, il emprunte le titre de Roi des rois et le cérémonial quasi divin… au grand scandale des Grecs qui ne se résignent pas à la proscynèse (par laquelle Alexandre les oblige à se prosterner devant lui en posant le front à terre) ni à la divinisation d'un homme encore vivant. De dures sanctions frappent les récalcitrants et les oppositions tombent progressivement : en 324, les cités grecques dépêchent auprès d'Alexandre à Babylone des ambassadeurs pour le couronner d'or à l'instar des dieux.

2. Les royaumes hellénistiques

2.1 La difficile succession d'Alexandre Début de page

Dès la mort d'Alexandre, son empire, si rapidement constitué, est disputé, démembré, dépecé par les diadoques puis les épigones. Sur le passage du Macédonien, les gymnosophistes indiens ne frappaient-ils pas de leurs pieds le sol desséché, pour se moquer de la vanité des conquêtes politiques qui ne sont que poussière ?

Alexandre n'avait jamais pris la peine d'assurer sa succession. Un fils lui était né d'une union qui n'avait jamais été régularisée et ne pouvait donc prétendre au trône. Aucun des deux mariages contractés à Suze n'avait eu de descendance. Le seul espoir résidait dans l'enfant que portait Roxane, né posthume en août 323, et qui prit le nom d'Alexandre IV. Il restait aussi un fils bâtard de Philippe, demi-frère d'Alexandre donc, Philippe Arrhidée : simple d'esprit, il ne pouvait guère succéder à Alexandre. (Mais ces macédoniens ne pouvaient pas obéir à un souverain né d'une princesse perse, aussi fut décidé que ce demi frère prenant le nom de Philippe Arrhidée serait régent en préservant les droits aux trone d'Alexandre IV.)

S'il avait su s'entourer des meilleurs généraux et conseillers de son père, il les avait toujours tenus à l'écart de ses décisions importantes. Sa disparition prématurée leur permet de donner libre cours à leurs ambitions personnelles et à leurs propres appétits de conquêtes.

Les quarante années qui suivent la mort d'Alexandre sont marquées par les rivalités sanglantes qui opposeront entre eux les diadoques (« successeurs »). Les coalitions et les alliances ne durent que le temps d'une campagne, les partages successifs démantèlent l'empire sans créer pour autant d'ensembles cohérents et durables. Trahisons, pièges et assassinats scandent cette période complexe, d'où sortiront pourtant les trois grandes monarchies de la génération suivante, antigonide (Macédoine), séleucide (Moyen-Orient) et lagide (l'Egypte des Ptolémées).

2.2 Le premier partage Début de page

Les rôles sont une première fois distribués entre les grands généraux macédoniens, distribution qui trace d'emblée une ligne de partage entre les Etats grecs et macédoniens et l'Asie, et affirme la prééminence de deux hommes : Perdiccas et Antipater.

Cratère, qu'Alexandre avait chargé de reconduire les vétérans en Macédoine, se voit confier la tutelle des deux héritiers. A ses côtés, son beau-père, Antipater, reste stratège d'Europe (Macédoine et Etats grecs) et c'est lui qui a la réalité du pouvoir dans ces contrées. Perdiccas exerce son autorité dans la partie asiatique de l'empire, s'efforçant d'entrée de jeu d'écarter toute rivalité possible.

Il reste à répartir les satrapies. Dans la partie orientale de l'empire, les satrapes nommés par Alexandre gardent leur pouvoir. Les satrapies occidentales, à part la Lydie, sont attribuées aux grands généraux macédoniens. Les plus importantes, celles qui détermineront les enjeux des luttes à venir, sont les suivantes : l'Egypte, la Cyrénaïque (partie orientale de la Lybie) et les pourtours de l'Arabie sont cédés à Ptolémée, la Thrace à Lysimaque, la Grande Phrygie, la Lycie, la Pamphylie à Antigone le Borgne, la Cappadoce (qui restait à conquérir) et la Paphlagonie à Eumène de Cardia (le seul Grec parmi les fidèles d'Alexandre). Perdiccas garde auprès de lui Séleucos à qui il confie le commandement de la cavalerie des hétaires (corps d'élite constitué de nobles macédoniens).

2.3 La guerre lamiaque Début de page

Quand la nouvelle de la mort d'Alexandre parvient en Grèce, la volonté de secouer le joug macédonien se manifeste tout de suite : il ne s'agit plus seulement de résister à la Macédoine, il s'agit désormais d'en libérer totalement la Grèce. Les orateurs Hypéride et Démosthène enflamment le peuple athénien et convainquent les autres Etats grecs de se joindre à une vaste coalition. Léosthène, ancien chef de guerre en Asie et qui peut lever rapidement des milliers de mercenaires démobilisés de l'armée d'Alexandre, prend la tête des opérations. Une première victoire des Grecs aux Thermopyles impose à Antipater de se réfugier à Lamia (Phtiotide) que Léosthène assiège aussitôt. Mais la situation se renverse en faveur des Macédoniens : Léosthène est tué lors d'un accrochage, la flotte athénienne est défaite (été 322) et Cratère, venus avec des renforts, lève le siège de Lamia. Quelques semaines plus tard, Antipater remporte une victoire décisive à Crannon, en Thessalie (septembre 322) et Athènes est durement châtiée. Hypéride est assassiné, Démosthène acculé au suicide. La Macédoine impose à nouveau sa domination à toute la Grèce (à l'exception de l'Etolie).

2.4 Le partage de Triparadisos Début de page

En Asie, Perdiccas, soupçonné de vouloir accaparer le pouvoir central, s'attire l'hostilité des diadoques. Ptolémée est son adversaire le plus dangereux, l'objet d'une de leurs querelles étant la dépouille d'Alexandre que Perdiccas voulait ramener en Macédoine et que Ptolémée fit ensevelir à Alexandrie. Les défaites répétées de Perdiccas entraînèrent une rébellion des officiers qui assassinèrent le général dans sa tente (été 321). Pendant ce temps, la lutte entre Antipater et Eumène tourna à l'avantage de ce dernier, lorsque Cratère, gendre d'Antipater, trouva la mort au combat. Antipater, Antigone et Ptolémée se liguèrent alors contre Eumène. Un nouveau partage, à Triparadisos, redistribua les cartes : Antipater devint le seul régent de l'empire, Séleucos reçut la satrapie de Babylonie. Antigone remplaçait Perdiccas à la tête de l'armée impériale avec la mission de venir à bout d'Eumène. Bon nombre de satrapies étaient par ailleurs réparties entre de nouveaux généraux.

2.5 La fin de la dynastie argéade Début de page

La mort d'Antipater (319) entraîna de nouvelles modifications. De violentes querelles dynastiques oppose Polyperchon, qui veille sur les deux rois, à Cassandre, fils d'Antipater. Querelles qui se soldent par les assassinats de Philippe Arrhidée et d'Olympias, le demi-frère et la mère d'Alexandre (317).

Antigone fait exécuter Eumène et s'octroie les régions d'Asie Mineure à l'Iran (318). Ces prétentions inquiètent ses anciens alliés et une nouvelle paix, en 311, met un terme à plusieurs années de guerre : Cassandre garde la main haute sur l'Europe en attendant la majorité d'Alexandre IV. Lysimaque est toujours en Thrace. En Egypte, Ptolémée est définitivement vénéré comme un pharaon. Antigone garde l'Asie mais il devra bien vite compter avec Séleucos qui le spolie des satrapies iraniennes.

A peine un an après cette fragile paix, Cassandre fait tuer Alexandre IV et sa mère Roxane. C'en est fini de la famille argéade… et du mythe d'un empire maintenu pour le fils d'Alexandre.

2.6 Les derniers diadoques Début de page

Avec Démétrios Poliorcète, le fils d'Antigone, c'est la seconde génération qui entre en scène. En 307-306, il prend Athènes et rétablit la démocratie. Il est alors traité comme un dieu sauveur par les Athéniens et appelé, ainsi que son père, basileus. Les autres diadoques ne veulent pas être de reste avec les honneurs et, dès 305, s'attribuent tous le titre royal.

Des guerres incessantes, des alliances trahies, des retournements de situation jalonnent ces années. La bataille d'Ipsos (301) marque une rupture importante : Cassandre, Séleucos et Lysimaque battent l'armée d'Antigone, qui meurt au combat, tandis que son fils s'enfuit. Mais loin de stabiliser la situation, cette victoire relance les rivalités entre les vainqueurs. Démétrios Poliorcète, de son côté, reprend la lutte et renoue des alliances avec son ancien ennemi Séleucos, tandis que Pyrrhos, son allié à Ipsos et nouveau roi d'Epire, se rallie à Ptolémée.

La mort de Démétrios Poliorcète (283), prisonnier de Séleucos, son ennemi à nouveau, met un terme aux guerres et, en 281, la carte d'un empire scindé en trois royaumes paraît fermement dessinée : l'Egypte revient à Ptolémée II, fils de Ptolémée Ier, l'Asie est dévolue à Antioche Ier, fils de Séleucos, la Macédoine reste à Antigone Gonatas, petit-fils du Borgne et fils de Démétrios Poliorcète.

Avec la mort de Ptolémée Ier (283), de Lysimaque, tué en 281 par Séleucos Ier qui s'approprie toutes ses possessions asiatiques, et l'assassinat de ce dernier par un fils de Ptolémée (280), la génération des successeurs directs d'Alexandre disparaît. La génération suivante (les épigones) s'attachera plus à consolider les acquis. Aucun ne sera plus porté par le rêve ambitieux d'un empire universel.

3. Les royaumes hellénistiques

3.1 Le Troisième siècle Début de page

Le IIIe siècle est marqué par l'épanouissement culturel et politique des royaumes lagide et séleucide, qui va de pair avec un affaiblissement progressif de la Grèce : l'économie souffre de la concurrence de l'Orient, les grandes routes commerçantes suivent désormais d'autres tracés ; conflits sociaux et rivalités politiques empêchent la Grèce de retrouver une unité qui l'aurait fortifiée. Enfin, sans sous estimer le rôle culturel que joue encore Athènes, la vie intellectuelle se déplace vers l'Orient, à Alexandrie surtout, mais aussi à Pergame ou à Antioche. Les savants trouvent dans ces villes des conditions favorables à leurs études et leurs recherches : venus du monde grec ou du monde barbare, ils se rencontrent dans les bibliothèques à Alexandrie et à Pergame (une bibliothèque moins prestigieuse est attestée à Antioche à la fin du IIIe siècle), ou au Musée d'Alexandrie ; les expériences dans le domaine de la science sont encouragées par les princes eux-mêmes et les Ptolémées autorisent désormais la dissection des corps humains, permettant à l'anatomie et à la médecine d'accomplir de rapides progrès.

Mais l'éclat des monarchies lagide et séleucide ne doit pas faire oublier l'existence du royaume attalide et la richesse de sa capitale Pergame.

3.2 L'Egypte des Ptolémées Début de page

Le royaume lagide (du nom de Lagos, père de Ptolémée Ier) est le premier des royaumes hellénistiques.

Il bénéficie de la richesse de l'Egypte qui lui permet de développer une intense politique diplomatique et militaire : les terres fertilisées par les crues du Nil sont d'inépuisables réservoirs de céréales que le souverain exporte en Grèce, et dont il attend en retour des métaux précieux qui lui permettent alors de payer des mercenaires, d'armer des bateaux, d'envoyer des ambassades. Sous l'impulsion des premiers Ptolémées, Alexandrie prend un essor extraordinaire : carrefour commercial entre l'Orient et l'Occident, exemple achevé de l'urbanisme antique et nouvelle capitale de la culture hellénistique, elle aligne de somptueux monuments et accueille une population cosmopolite et nombreuse.

La politique extérieure des souverains lagides consiste essentiellement à protéger les terres égyptiennes, en les ceinturant d'un vaste glacis protecteur établi aux dépens de la Grèce et du royaume séleucide. Pour affaiblir leurs puissants voisins dont ils convoitent les possessions, les Ptolémées lancent des expéditions (il y a plusieurs « guerres de Syrie » contre les Séleucides), nouent et dénouent des alliances, soutiennent des révoltes internes. Si la victoire n'est pas toujours dans leur camp, ils n'en demeurent pas moins la première puissance militaire de la région.

Cette suprématie s'appuie certes sur une exploitation méthodique des ressources de l'Egypte. Mais elle est rendue possible par une administration remarquablement organisée et efficace, même si, avec le temps, le poids excessif de la bureaucratie sera une des causes de l'affaiblissement des Lagides. C'est au fils de Ptolémée Ier, Ptolémée II Philadelphe, qu'il revient d'avoir structuré l'organisation administrative : le royaume est divisé en « nomes ». Chaque nome est sous l'autorité militaire et civile d'un stratège, assisté de fonctionnaires pour la justice et les finances, et de secrétaires. Les nomes sont eux-mêmes subdivisés en « toparchies », qui rassemblent des villages, ou kômai. A chaque niveau de cette hiérarchie, se retrouvent des fonctionnaires secondés par des scribes.

Le système de perception des impôts est particulièrement efficace : perçus en nature (redevances en céréales) et en espèces, strictement contrôlés par des fermiers et des économes, ils remplissent les magasins royaux et contribuent à l'enrichissement du souverain.

La passage dans les provinces de nombreux fonctionnaires et la présence des clérouques (les soldats à qui a été attribué un lot de terre au retour des campagnes) ont entraîné l'institution du stathmos (cantonnement), qui oblige le fellah (paysan égyptien) à céder son logement aux uns ou aux autres. Les abus sont de plus en plus nombreux (l'étranger refuse de rendre la maison à son départ, la sous-loue ou pose des scellés en attendant son retour) et exaspèrent les tensions entre « colons » et « colonisés », entre Grecs et indigènes. Elles dégénéreront en troubles sociaux, puis en véritables révoltes au IIe siècle. D'autant plus qu'elles seront soutenues par le clergé indigène, qui profite de l'affaiblissement de la dynastie royale pour exercer à nouveau son pouvoir sur la population et attiser les tendances nationalistes.

Car les premiers Ptolémées avaient compris l'importance du clergé égyptien, pléthorique, riche (il possédait d'immenses territoires attenant à des lieux sacrés) et influent : il s'agissait donc d'emblée de le contrôler par des largesses et des actes de dévotion au panthéon égyptien, pour en faire un instrument de propagande du pouvoir royal dans la population indigène.

C'est avec Ptolémée II Philadelphe que le royaume lagide connaît son apogée. Son successeur, Ptolémée III Evergète, après quelques campagnes en Asie, se contente de profiter des acquis. Après lui, c'en est fini de la grandeur des Ptolémées qu'affaiblissent les troubles sociaux, les révoltes indigènes (soutenues par le clergé) et le trafic des monnaies (qui entrave gravement le commerce méditerranéen). Les IIe et Ier siècles ne sont qu'une longue décadence, aggravée par l'incurie des souverains, la corruption de la cour, la trahison des hauts fonctionnaires qui ne servent plus qu'euxmêmes et l'abandon des terres par les paysans.

Avant que les Romains n'absorbent dans leur empire la dernière terre indépendante du monde grec, Cléopâtre (69-30) apparaît comme la dernière grande figure de la dynastie lagide, qui porta peut-être, une ultime fois, le rêve d'un vaste empire oriental.

3.3 Le royaume séleucide Début de page

L'empire que s'est constitué Séleucos, au terme de quarante années de lutte, s'étire de l'Afghanistan aux Détroits et du Pont à la Syrie. Aucune unité linguistique ou religieuse dans ces vastes contrées, découpées en 72 satrapies : on y parle le grec, l'araméen, le perse et toutes sortes de dialectes asiatiques ; on rend des cultes au panthéon grec, aux divinités indigènes d'Anatolie ; on adore Ahura-Mazdâ dans les hautes terres iraniennes et le Dieu unique des juifs dans la diaspora…

L'organisation de l'empire de Séleucos est difficile à définir tant elle est diverse. On peut diviser le royaume séleucide en deux entités administratives : un territoire sur lequel le roi exerce directement son pouvoir (la chôra royale) et un ensemble de zones dans lesquelles l'autorité royale est déléguée (avec plus ou moins de fidélité à la dynastie) à des cités, des gouverneurs, des peuples (ethnè (ethnos plur. ethn?) ) ou des sanctuaires. Redevances et tribut au trésor royal sont régulièrement perçus, même si l'administration politique et financière des Séleucides apparaît moins rigoureuse que chez leurs voisins lagides.

Séleucos Ier se distingue des autres diadoques par son active politique d'urbanisation : on lui attribue plus de 50 fondations (ou refondations) de cités et plusieurs Antioche, Séleucie ou Alexandrie parsèment son royaume. Ces villes, surtout celles de Syrie, restent des modèles de l'urbanisation hellénistique : leur construction en damiers (les rues se coupent à angle droit) et la répartition des édifices publics, commerciaux ou d'habitat par quartiers obéissent aux règles établies par Hippodamos de Milet, qui dessina au Ve siècle le plan du Pirée. En 300, Séleucos Ier fonde Antioche sur les bords de l'Oronte, dans une vallée riche et fertile et au carrefour des grandes routes empruntées par les caravanes. Ville commerçante prospère, grand centre de l'industrie textile et riche en ateliers où l'on travaille les métaux précieux, Antioche n'aura pourtant jamais le rayonnement culturel d'Alexandrie ou de Pergame.

Le choix de cette capitale fait de la Syrie le véritable centre du royaume et marque la volonté de Séleucos Ier d'assurer sa suprématie sur les côtes asiatiques de la Méditerranée (suprématie que les Ptolémées ne cesseront de lui disputer dans les nombreuses « guerres de Syrie »). Mais, en même temps, trop éloignée du centre géographique de l'empire (les Achéménides administraient leurs territoires à partir des villes iraniennes), Antioche, siège du pouvoir royal, ne peut prétendre contrôler la totalité des régions situées aux confins de l'Asie Mineure. Et, finalement, l'histoire de la dynastie séleucide est celle de la lente désagrégation d'un ensemble trop vaste et trop diversifié.

Assassiné en 281 par Ptolémée Kéraunos (fils aîné de Ptolémée Ier Sôter et roi de Macédoine), Séleucos Ier est remplacé par son fils Antiochos Ier, associé au pouvoir depuis 293. Dès les débuts de son règne, il doit affronter les sécessions des territoires de l'Asie du Nord et du Centre : la Bithynie, le Pont et la Cappadoce s'érigent en royaumes indépendants.

S'il parvint à repousser les Galates, redoutables guerriers qui envahirent l'Asie Mineure en 278, et à les cantonner dans une partie de la Phrygie (qui devint plus tard la Galatie), il ne peut empêcher Pergame de se constituer en royaume sous l'autorité d'Eumène Ier (vers 262).

L'Arménie, gouvernée par des princes indigènes, ne reconnut jamais la suzeraineté des Séleucides. Le Pendjab attendit à peine la mort d'Alexandre pour reconquérir son indépendance. De son côté, le satrape Atropatès érige une partie de la Médie en principauté (la Médie Atropatène) et n'entretient plus que de rares contacts avec Antioche.

Vers 250, sous le règne du successeur d'Antiochos Ier, Antiochos II, le gouverneur grec de Bactriane, Diodote, fonde un royaume grec, coupé du reste de l'empire.

En 247, les Parthes, envahisseurs d'origine scythe et qui razziaient régulièrement l'Est de l'Iran, occupent une satrapie séleucide, la Parthie, dont ils prennent le nom. Leur roi, Arsace Ier, fonde la dynastie des Arsacides : au IIe siècle, Mithridate Ier (vers 174-136) annexe la Médie, la Perse, prend le titre de Grand Roi et étend l'Empire parthe de l'Euphrate à l'Indus. Cavaliers magnifiques, les Parthes se libérèrent de la domination séleucide, puis tinrent tête aux Romains jusqu'au IIIe siècle apr. J.-C., époque à laquelle ils furent renversés par les Sassanides.

La fin du règne d'Antiochos II est assombri par de sanglantes luttes dynastiques entre ses deux épouses, Laodicé et Bérénice, et leurs fils respectifs.

Minée par la médiocrité des souverains, les intrigues de cour, les trahisons, les incessants combats avec les Ptolémées, la lignée des Séleucides compte un dernier grand roi en la personne d'Antiochos III (223-187). Quand il prend le pouvoir, à la mort de son frère Séleucos III, il doit faire face aux ambitions d'Attale de Pergame en Asie Mineure et à la suprématie de l'Egypte sur la Méditerranée. D'emblée, il mate les rébellions des satrapes orientaux et soumet la Médie. Malgré de sérieux revers contre d'autres rébellions soutenues par l'Egypte, il parvient à rassembler une armée de 100 000 fantassins et 20 000 cavaliers qu'il lance dans une série de campagnes en Asie occidentale (212-204) : il soumet l'Arménie, la Bactriane, la Parthie et reçoit le surnom mérité d'Antiochos le Grand. Vainqueur des Ptolémées lors de la cinquième « guerre de Syrie », il retrouve la suprématie sur les côtes orientales de la Méditerranée. Mais il fut finalement vaincu par les Romains et la paix d'Apamée (188) l'obligea à céder toute la partie asiatique située à l'ouest du Taurus et à payer de lourdes indemnités à ses vainqueurs. En l'obligeant à leur livrer sa flotte, les Romains se réservaient désormais le contrôle exclusif du trafic méditerranéen.

Les successeurs du dernier grand roi séleucide ne purent jamais secouer le joug romain. Quand Pompée annexe la Syrie en 64, il sonne le glas de la présence grecque et hellénistique en Asie.

3.4 Le royaume de Pergame Début de page

Il faut attendre le IIe siècle pour que le royaume de Pergame joue un rôle de premier plan dans l'Asie hellénistique. Pergame n'est encore qu'une citadelle lorsque Lysimaque, compagnon d'Alexandre et maître de la Thrace à sa mort, la laisse à la garde d'un officier gréco-asiatique, Philétairos. En 282, ce dernier trahit Lysimaque et s'inféode à Séleucos Ier. Son successeur, Eumène Ier (263-241), rejette l'autorité d'Antioche Ier et proclame l'indépendance de Pergame. Véritable fondateur de l'Etat pergamien, il ne prit pourtant pas le titre de roi. Son neveu, Attale Ier, écrase les Galates, se proclame roi (240) et, contre Philippe V de Macédoine, mène une politique d'alliance avec Rome. Après Attale Ier, son fils Eumène II (197-159) maintient sa fidélité à Rome et combat à ses côtés contre Antioche III, ce qui lui vaut d'acquérir les terres d'Anatolie. C'est sous son règne que la ville de Pergame atteint le statut d'un grand centre de la culture hellénistique. Admirable pour ses monuments dressés au sommet d'une colline de 300 mètres (notamment le sanctuaire de Zeus, chef-d'œuvre de l'art hellénistique avec son autel monumental, entouré d'une frise où s'affrontaient dieux et Géants), Pergame prétend aussi rivaliser avec Alexandrie grâce à la création d'une bibliothèque riche de 400 000 volumes et une pratique assidue du mécénat par les souverains, qui attiraient ainsi dans leur capitale érudits et ingénieurs du monde hellénistique.

La constante collaboration avec les armées romaines contre les autres souverains hellénistiques a permis à Pergame d'être le plus puissant royaume d'Asie Mineure au IIe siècle. Mais cette prééminence ne durera guère : l'hostilité jalouse des pays voisins, la fidélité capricieuse de Rome et, finalement, l'absence d'héritier (Attale III meurt sans enfant en 133 et lègue son royaume aux Romains) réduit Pergame à n'être plus qu'une province de l'Asie romaine (129).

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Béatrice Jaulin Début de page
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