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Sujet Philosophe Date 30-04-2006
Titre Socrate Section Homo Sapiens
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Aux accusateurs de Socrate, qui le font condamner à mort pour impiété, on doit accorder qu'il introduit une nouvelle divinité dans la cité, qu'on l'appelle raison individuelle, libre arbitre ou conscience morale. En corrompant la jeunesse athénienne, il a fait l'éducation de toute la Grèce, puis de Rome, de l'Occident enfin.

Les données de ce que les hellénistes appellent « le problème de Socrate » sont bien connues. Sur ce philosophe, qui n'a rien écrit, on aurait trop écrit. Ses adversaires, Aristophane notamment, et ses disciples (particulièrement Platon et Xénophon) dressent des portraits résolument contradictoires. Le premier grand philosophe athénien semble à jamais dissimulé derrière le capricieux entrelacs de développements littéraires contradictoires.

Une solution classique consiste à retenir Platon comme principal garant et à supposer que, dans ses œuvres de jeunesse, il se borne pour l'essentiel à développer les idées de son maître.

Socrate (469-399) appartient à une modeste famille athénienne. Son père est sculpteur, ou plutôt marbrier, et sa mère sage-femme. Il aurait lui-même commencé par exercer le métier paternel. Quand cet artisan a-t-il décidé de consacrer sa vie à la philosophie ? A-t-il été l'élève (voire le mignon) d'Anaxagore ou d'Archélaos ? On l'ignore.

Comme ses prédécesseurs, Socrate se passionne d'abord pour les choses de la nature. Dans Les Nuées, Aristophane le représente suspendu en l'air dans un panier, pour mieux découvrir « le secret des célestes réalités ».

Mais, sans doute après une sorte de crise sceptique, Socrate décide de passer tout son temps à examiner les opinions communes en matière de vertu et à soumettre à une constante épreuve toutes les valeurs morales. Dans les dialogues dits socratiques de Platon, on le voit s'entretenir au sujet du mensonge (Hippias mineur), de la justice (Premier Alcibiade), de la piété (Eutyphron), du devoir (Criton), de la beauté (Hippias majeur), de l'amitié (Lysis), de la sagesse (Charmide), du courage (Lachès) et de la vertu (Protagoras).

Cette enquête ne se montre pas moins subversive que les traités et les discours des sophistes. Elle établit la vanité des savoirs anciens, des idées reçues, des opinions traditionnelles. Pour le Grec moyen, la vertu (aretè) consiste à obéir aux lois et aux coutumes de la cité. La morale est une réalité extérieure, antérieure et supérieure à l'individu, qui s'impose à lui : elle semble se confondre avec le respect des règles collectives.

C'est peut-être en méditant la sentence fameuse inscrite sur le temple de Delphes : « Connais-toi toi-même », que Socrate prend conscience qu'il n'est pour l'homme de connaissance que celle de son intériorité. Avec Socrate, l'individu se prend pour source et arbitre de toute valeur morale, il s'affirme comme sujet moral autonome.

Comme les sophistes, donc, Socrate fait de l'homme la mesure de toutes choses morales. Mais il n'enseigne pas, lui, à rechercher la vertu dans l'étude des réalités extérieures et des sciences particulières, il apprend à écouter la voix intérieure. A l'érudition, il préfère l'introspection. Pour découvrir le vrai, le bien, le beau, il faut rentrer en soi et monter sa propre pente, en s'appuyant sur la dialectique.

Comme les sophistes, Socrate exprime une confiance presque infinie dans la raison, « belle chose, capable de commander à l'homme », de lui enseigner le bien et le mal, de le guider dans la vie. Cet intellectualisme intrépide se combine curieusement avec une inspiration mystique.

Interrogée par le fidèle Chéréphon, la Pythie donne l'oracle fameux : « De tous les hommes Socrate est le plus sage. » Bien que Socrate ne dissimule pas son dédain pour la religion populaire, il se se convainc que le dieu lui confie pour mission la réforme morale de la cité athénienne. D'autre part, dans la vie de tous les jours, il paraît convaincu de bénéficier d'avertissements divins. Toujours il obéit à son “démon”, sorte de voix intérieure qui, lorsqu'elle se fait entendre, le détourne de faire quelque chose.

Aux accusateurs Mélétos, Lycon et Anytos, qui en 399 le traîne devant le tribunal (pour impiété notamment), on doit accorder que Socrate introduit, ou du moins consacre, une nouvelle divinité dans la cité, qu'on l'appelle raison individuelle, conscience morale, esprit d'examen ou liberté de jugement. Cette libération des âmes ne peut que porter atteinte aux divinités anciennes, aux solidarités traditionnelles, à toutes les règles jusque-là suivies sans que l'intelligence s'interrogeât sur leurs fondements. Il est également difficile de nier que bien des disciples de Socrate montrent le plus grand mépris pour les lois, Critias, Charmide, Alcibiade et Xénophon par leurs actes, un Antisthène ou un Aristippe par leurs doctrines.

Pourtant, malgré sa révolution morale, Socrate n'est pas un extrémiste politique. Soucieux du sort collectif, il décide, après discussion, débat, délibération, d'obéir même aux lois qui lui font subir une injustice fatale. Mais c'est au nom de la raison individuelle qu'il juge juste d'obéir à un jugement injuste. L'obéissance cesse d'être un réflexe, elle devient le résultat d'une réflexion, d'un raisonnement, d'un choix. Loin de renoncer à sa liberté morale, Socrate l'exerce, l'exprime, la proclame en décidant de boire la ciguë.

Pour la foule des citoyens athéniens, persuadés d'avoir fait œuvre de salubrité publique, la mort de Socrate dut paraître un événement de peu d'importance. Mais cette scandaleuse exécution constitue, aujourd'hui encore le meilleur symbole d'un conflit éternel, entre la Vérité et l'Opinion, la liberté et l'autorité, la philosophie et le pouvoir, la lumière et les ténèbres de l'esprit.

Philippe-Jean Quillien


Biographie Début de page

SOCRATE - Philosophe Grec (Athène, 469 av. J.C. - Athène, 399 av. J.C.)

Il naît à Athènes, en 469, c'est-à-dire à la fin des guerres médiques. Sa mère était sage-femme et son père, Sophronisque, sculpteur. Il reçut sans doute l'éducation de son temps, gymnastique, musique, école du grammatiste. A-t-il suivi l'enseignement de tel ou tel philosophe ? Peut-être, mais c'est peu probable. En tout cas, vivant au « siècle de Périclès », le siècle le plus brillant d'Athènes, contemporain, ou presque, d'un Sophocle et d'un Euripide, il a connu, au long de ses soixante-dix ans de vie, la grandeur et la décadence de sa patrie. Il meurt en 399, quelques années après la fin de la guerre du Péloponnèse et de la tyrannie des Trente. Il était fort laid : chauve, le nez épaté, il ressemblait à un satyre ou à un silène ; ce visage scandalisait les Athéniens pour lesquels la beauté physique était le symbole de la beauté morale. Sa tenue vestimentaire é tait plus que simple (sans être provocante comme celle des cyniques) et il portait rarement des chaussures...

Nous ne savons rien sur la jeunesse de Socrate : peut-être a-t-il d'abord exercé le métier de son père avant d'aller écouter les philosophes... Il épousa Xanthippe dont la tradition nous dit qu'elle était une femme acariâtre et dont il eut trois fils.

La personnalité véritable de Socrate pose également une énigme ; l'histoire de la philosophie grecque est, traditionnellement, organisée autour de son nom et nous ignorons quel fut le véritable Socrate : son disciple Xénophon en fait un portrait assez fruste et banal ; son autre disciple, Platon, l'idéalise et lui prête ses propres conceptions philosophiques, Aristophane le caricature dans sa pièce Les Nuées. Nous n'avons aucun écrit de Socrate car son enseignement était tout oral.

Dans quelles conditions Socrate enseigne-t-il ? Son enseignement n'a rien à voir avec celui d'un directeur d'école philosophique ; son « école », c'est l'agora, la place publique où il se promène au milieu des petites gens comme des aristocrates, bavardant avec tous et les interrogeant, en prenant comme sujets de méditation les mille et un problèmes de la vie quotidienne.

Il va répétant qu'il a reçu comme mission de la part des dieux d'éduquer ses contemporains. Cet oisif, qui n'exerce aucun métier et a choisi de vivre pauvre enseigne gratuitement -contrairement aux sophistes qui faisaient payer fort cher leurs leçons. Mais cet oisif ne se refuse pas pour autant à ses devoirs de citoyen : il fait la campagne de Potidée au début de la guerre du Péloponnèse, assiste à la défaite des Athéniens face aux Thébains à Délion (424) où il sauve Xénophon.

Dans la vie civile Socrate fait également preuve de courage : il refuse de condamner en bloc les généraux qui n'avaient pas recueilli les corps des naufragés à la bataille des Arginuses (406) et, en 404, sous la tyrannie des Trente, il critique ouvertement les exécutions sommaires ordonnées par ceux-ci et refuse même de participer à une arrestation. Le courage de Socrate s'allie à une maîtrise de soi en toute circonstance : il n'est jamais ivre (même après avoir beaucoup bu ! ), ne s'emporte jamais et supporte avec flegme injures ou critiques, à la grande admiration d'Alcibiade, par exemple. Cette attitude et ce caractère, les disciples qu'il s'est attachés, lui ont donné une certaine notoriété qui ne va pas sans susciter jalousies et envies. Sa méthode d'enseignement et sa pratique ne sont pas de tout repos.

Les esprits conservateurs voient en lui l'incarnation de l'esprit nouveau, qui pervertit les vieilles valeurs morales et constitue un danger pour l'ordre social. En 399 Socrate est accusé par Anytos et deux acolytes dans les termes suivants : « Socrate est coupable du crime de ne pas reconnaître les dieux reconnus par l'Etat et d'introduire des divinités nouvelles ; il est de plus coupable de corrompre la jeunesse. » Le châtiment demandé est la mort. Socrate refuse le secours de Lysias et de la plaidoirie qu'il avait préparée, pour se défendre seul. Après délibération, Socrate est déclaré coupable par 281 voix contre 275.

L'institution judiciaire athénienne voulait que le condamné fît une contre-proposition pour sa condamnation ; or Socrate, au lieu de s'humilier comme le faisaient habituellement les condamnés, propose pour sa conduite passée... d'être nourri au prytanée (honneur suprême ! ) pour le restant de ses jours. Cette réponse apparut comme un outrage aux juges et la condamnation à mort de Socrate fut votée avec 80 voix de plus que ne l'avait été sa culpabilité. Socrate dit alors un dernier adieu à ses juges en leur promettant un châtiment beaucoup plus pénible : celui de voir croître ses disciples (le récit de ce procès se trouve dans l'Apologie de Socrate de Platon).

Enfermé en prison, Socrate n'est pas exécuté immédiatement car le vaisseau qui va tous les ans porter à Dèlos des offrandes à Apollon vient de partir et aucune exécution capitale ne peut se faire avant son retour ; pendant les trente jours de son emprisonnement Socrate s'entretient avec ses disciples qui lui proposent en vain un plan d'évasion (cf. Criton de Platon). Le jour où il boit la ciguë, il consacre ses derniers moments à dialoguer avec ses amis sur l'immortalité de l'âme : ces propos nous sont rapportés dans le dialogue du Phédon de Platon.


La mort de Socrate Début de page

Au printemps de l'année 399 avant notre ère, l'arrivée d'un navire sacré revenant de Délos pour commémorer la victoire de Thésée sur le minotaure fut douloureusement ressentie par les disciples du philosophe Socrate. C'est en effet au retour de ce navire que la sentence du tribunal athénien envers Socrate dut être appliquée ; il fut mis à mort. Comment le premier régime «démocratique» de l'humanité a-t-il pu faire mourir un homme dont le seul crime fut de poser des questions? Pour tenter de comprendre ce paradoxe, regardons dans un premier temps la situation d'Athènes à l'aube du IVe siècle avant notre ère. Puis examinons qui était le citoyen Socrate et, finalement, comment se déroula ce procès.

Athènes en 399 avant Jésus-Christ

En 430 avant notre ère, lorsque Périclès fait l'éloge de la démocratie devant l'assemblée, Athènes est au sommet de son pouvoir. La plus puissante polis de tout le monde grec a derrière elle près d'un siècle de gloire absolue. Mais la guerre qui a commencé il y a près d'un an n'a pas encore entamé ses forces vives ; ce qui n'est plus du tout le cas à l'aube du IVe siècle. Vingt-cinq années de conflits - la guerre du Péloponnèse - ont transformé Athènes en une cité vaincue, meurtrie et déchirée. Thucydide, notre principale source d'information, se fait l'historien de cette guerre fratricide.

Tous les Athéniens furent frappés par cette guerre. Les plus pauvres perdirent les terres qu'ils exploitaient et furent également les principales victimes d'une épidémie de peste. Les bien nantis perdirent leur fortune pour financer les opérations militaires et leurs esclaves sur les champs de bataille. Mais le plus important demeure le fait qu'un quart des citoyens athéniens trouvèrent la mort pendant ces vingt-cinq années. C'est cette fracture dans le corps civique athénien qui favorisa une remise en question du régime politique d'Athènes. Par deux fois dans les dernières années du Ve siècle avant notre ère, des oligarques tentèrent de se faire maîtres de la cité. Malgré l'instabilité de la guerre, le démos défendit victorieusement la démocratie à chaque fois. Suite au conflit, les coffres de la cité étaient vides, épuisés par l'effort de guerre. En conséquence, l'État dut couper dans le misthos (indemnité payée aux jurés), le réduisant à un point tel que les magistrats ne pouvaient plus en vivre. Cette nouvelle mesure entraîna un désintéressement de la vie politique chez les citoyens, ceux-ci ayant besoin d'argent pour reconstruire leur vie.

Les ennemis du pouvoir démocratique, qui avaient tenté les deux coups d'État, étaient de jeunes hommes issus de milieux aristocratiques qui suivaient, pour la plupart, les leçons d'étranges professeurs qu'on appelait les sophistes. La sophistique est un héritage de la tradition rationaliste des Ioniens qui s'inscrit en tant que doctrine propre par une remise en question des traditions. Le discours de ces rhéteurs, de par la diversité des opinions qu'il contenait, a nourri les controverses politiques de la fin du Ve siècle avant notre ère et a ainsi troublé davantage le climat politique de la cité. La loi, les dieux, les rapports sociaux dans la cité, tout était remis en question. Ces hommes n'ont fait que diviser davantage la cité en reconstruction, sapant les certitudes à la base de la culture athénienne. Aristophane, dans sa comédie Les Nuées, fait paraître Socrate comme le maître à penser de tous les sophistes. Interrogeons-nous donc sur cet homme pour comprendre comment il peut être présenté, d'un côté, par le célèbre dramaturge, comme le modèle premier des sophistes et, de l'autre, par ses disciples, comme leur adversaire le plus acharné.

Socrate : l'homme

Socrate a une réputation d'anti-démocrate ; ce n'est pas tout à fait exact. La démocratie n'était simplement pas pour lui synonyme de bon ou de vrai pour les hommes, puisqu'il concevait aisément que la majorité puisse être dans l'erreur. Les critiques qu'il formulait ne sortaient cependant pas du cercle de ses amis intimes. Il s'acquitta consciencieusement de ses devoirs de citoyen et combattit en tant qu'hoplite à Potidée, Amphipolis et Dellion. Il faut cependant dire que Socrate était en faveur du régime politique oligarchique de Sparte. Lors d'une discussion avec Périclès le jeune, fils du grand stratège, Socrate lui dit ceci :

« Quand est-ce en effet que les Athéniens, imitant les Lacédémoniens, respecteront la vieillesse, eux qui en commençant par leurs pères, dédaignent les vieillards ? Quand exerceront-ils leur corps comme on le fait à Sparte, eux qui, non seulement ne s'inquiètent pas de lui donner de la vigueur, mais encore se moquent de ceux qui s'y appliquent ? Quand est-ce que, comme à Sparte, ils obéiront à leurs magistrats, eux qui se font un point d'honneur de les mépriser ? Quand vivront-ils dans la concorde comme à Sparte, eux qui au lieu de s'entraider dans leurs besoins mutuels, cherchent à se nuire et sont plus jaloux les uns des autres que des étrangers ? »

Ce n'est pourtant pas en tant qu'admirateur de Sparte ou comme traître à la cité qu'il sera traîné devant le tribunal athénien. Peu importe l'arrière-plan politique réel de son procès, ce sont d'autres motifs qu'invoquèrent les accusateurs de Socrate.

Le procès

L'organisation judiciaire d'Athènes était l'un des points extrêmement importants de sa constitution démocratique. Le tribunal nommé l'héliée était formé de 6000 juges que l'on tirait au sort annuellement. C'est dans ce bassin de juges que l'on recrutait, de nouveau au hasard, les membres des tribunaux pour chacune des causes. Les débats terminés, les juges devaient aller déposer un caillou (pséphos) dans l'urne correspondant à leur jugement, celle de la culpabilité ou celle de l'innocence.

L'accusation contre Socrate ne fut portée que par trois citoyens : Mélitos, Anytos et Lycon. Il semble que Mélitos se rendit seul déposer une plainte devant les magistrats, faisant ainsi de ses deux compagnons des « supporters » bien plus que des complices.

Ils portèrent contre Socrate deux chefs d'accusation : corruption de la jeunesse et croyance en des divinités qui n'étaient pas celles de la cité. Sur le premier point, il n'est pas nécessaire de s'interroger longuement. Ami d'Alcibiade, de Critias et de Charmide, Socrate pouvait aisément passer pour avoir été le mauvais conseiller de jeunes hommes politiques. La seconde accusation est également facile à comprendre. Socrate, tout comme plusieurs philosophes ou sophistes, valorisait davantage la logique que la foi. Avec des affirmations comme «le soleil est une pierre et la lune une terre», les vieux Grecs pouvaient bien voir en Socrate un anticonformiste qui déviait de la religion traditionnelle. Il est évident que sous le couvert de ce procès pour impiété, il y avait un procès politique. Socrate n'étant investi d'aucune fonction publique, il fallut un autre biais pour l'atteindre.

Le jour du procès, Xénophon nous rapporte que Socrate n'avait pas préparé sa défense, préférant faire confiance à la sagesse du peuple athénien. Il aurait même refusé l'aide du logographe Lysias, l'un des plus en vue de son temps. Après que Mélitos ait développé les principaux chefs d'accusation, Socrate prit la parole. Il ne chercha pas à apitoyer les juges ou à se justifier. Néanmoins, la réfutation qu'il fit des arguments de Mélitos était si convaincante qu'Anytos et Lycon durent venir porter secours à leur ami. Lors du vote, sur les 556 juges, 281 voix se prononcèrent pour la condamnation de Socrate et 275 pour son acquittement. Quand vint le temps de décider d'une sentence, Mélitos proposa la mort. Lorsqu'on demanda à Socrate ce que, d'après lui, il méritait, il répondit que le plus juste serait de le nourrir au Prytanée, récompense suprême accordée aux vainqueurs olympiques. Des deux choix, les juges réclamèrent la peine de mort.

La sentence du tribunal ne put être aussitôt appliquée ; on dut attendre le retour du navire sacré. Socrate passa cette période de temps dans la prison des Onze à s'entretenir avec ses amis qui lui rendaient quotidiennement visite. Puis, un soir, finalement, devant un splendide coucher de soleil, il but la ciguë, s'étendit sur son lit et mourut.

Conclusion

La mort de Socrate est un évènement qui a marqué l'histoire de la civilisation occidentale. L'image du sage, victime de l'intolérance de ses concitoyens, mais admirable par son courage et sa sérénité n'a rien perdu de son caractère exemplaire, même après 25 siècles d'histoire.

Pour l'Athènes du Ve siècle avant notre ère, la mort de Socrate est un évènement secondaire dans son histoire. La cité, ravagée par la guerre, tentait de se reconstruire et, pour ce faire, elle devait recoudre son tissu social. Les hommes au pouvoir éliminèrent toutes les voix discordantes de la vision qu'ils avaient de l'État. Ils ne laisseront jamais plus un mouvement comme celui des sophistes se lever pour détruire le cœur de la polis et ses idéaux. Le procès que subit Socrate ne fut donc pas véritablement orchestré contre lui. Pour ses concitoyens, ce procès avait davantage pour but d'améliorer le mieux-être intellectuel de la cité. Quel terrible échec !

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Philippe-Jean Quillien Début de page
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