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Sujet Philosophe Date 30-03-2006
Titre Platon Section Homo Sapiens
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On oublie trop souvent le sourire de Platon, qui ne cesse pourtant de rappeler que sa République, véritable bréviaire du platonisme, est un "simple jeu". Il est vrai que ce jeu met sur le chemin de la vérité ou du salut.

Platon (427-347) devrait être bien connu. Il est le seul philosophe grec dont presque toutes les œuvres nous sont parvenues, soit vingt-six dialogues, l'Apologie de Socrate et quelques lettres à l'authenticité fort contestée.

Pourtant, l'élève le plus doué de Socrate demeure aussi le plus mystérieux. Jamais il ne se met lui-même en scène dans ses dialogues. Le plus souvent, le meneur de jeu est Socrate, dont les discours évoluent en même temps que la philosophie de l'auteur. Par jeu ou par fidélité, Platon continue de mettre dans la bouche de son vieux maître ses opinions les plus évidemment personnelles. Comment rendre à Socrate et à Platon ce qui leur revient ?

Nous ne le connaissons même pas sous son vrai nom, qui est Aristoclès. Platon est le surnom qu'il reçoit au gymnase, en raison de sa stature athlétique et de ses larges épaules.

Par ses deux parents, Platon appartient aux plus nobles familles d'Athènes. Dans ce milieu cultivé, il reçoit la meilleure éducation. On lui promet la plus brillante carrière politique, mais aussi poétique. Très jeune il compose des poèmes lyriques et dramatiques.

La rencontre avec Socrate bouleverse le destin du jeune aristocrate. Après avoir jeté au feu ses tragédies, il décide de consacrer sa vie à la philosophie. Les deux vocations n'étaient pourtant pas contradictoires. Le génie littéraire de Platon fait aussi la splendeur de ses dialogues philosophiques.

En 399, Socrate est condamné à mort par le peuple athénien. Outre qu'elle le contraint de fuir pendant quelque temps sa cité, cette exécution inique renforce l'aversion de Platon pour une démocratie qui lui semble organiser le déclin athénien sur le plan intérieur aussi bien qu'extérieur. Il prend conscience qu'un Etat aussi malade ne peut être soigné par un simple changement de constitution, comme on le pense en général dans les milieux aristocratiques. Le salut public ne peut venir que d'une conception radicalement nouvelle de l'Etat.

Platon entreprend un long voyage, qui le conduit notamment en Egypte et en Grande-Grèce (Italie du Sud). Là il se lie avec Archytas de Tarente, philosophe pythagoricien, brillant mathématicien, qui est aussi un homme d'Etat et un chef militaire. C'est, si l'on veut, un philosophe-roi.

Pour Platon, en effet, l'Etat nouveau doit être arrimé à l'Etre. Pour ne pas sombrer sous les coups relativistes des sophistes, il doit posséder un fondement métaphysique. Ce lien entre la cité et le ciel exige que les philosophes deviennent rois (ou les rois philosophes). Pour Platon, le philosophe est l'homme d'exception qui, au terme d'une dure éducation où les mathématiques et la dialectique tiennent une place essentielle, réussit à contempler le monde transcendant, éclairé par le soleil du Bien, des Idées ou des Formes (eidos), dont les réalités terrestres ne sont que de pâles reflets.

Par Archytas de Tarente, Platon est introduit à la cour de Denys l'Ancien, tyran de Syracuse. Il paraît avoir conçu l'espoir de mettre ses idées politiques en pratique. Mais, entre le gouvernant sans scrupules et le réformateur politique épris d'absolu, le malentendu était fatal. Il semble que Denys ne tarde pas à expulser le philosophe vers une cité ennemie d'Athènes où, conformément aux lois, Platon est conduit au marché des esclaves pour être vendu. Heureusement, Annicéris de Cyrène le rachète et le renvoie à Athènes.

Comme Annicéris refuse le remboursement de Platon, celui-ci décide de consacrer la somme à l'acquisition d'un jardin dans les faubourgs d'Athènes, près du sanctuaire consacré au héros Académos. C'est là que, dans les années 380, il établit la première grande école philosophique de l'Antiquité, connue ensuite sous le nom d'Académie.

A deux reprises, Platon retourne en Sicile, non pas tant pour convertir à sa philosophie le nouveau tyran de Syracuse, Denys le Jeune, que par loyauté envers ses disciples siciliens, Dion notamment. Car, s'il a dès 399 pris conscience que la réforme politique doit être profonde et radicale, il sait depuis sa première mésaventure sicilienne que la route sera longue.

Toute réforme de l'Etat exige une préparation préalable des esprits et un travail patient d'éducation, notamment auprès des élites. Désormais, Platon consacre tout son temps à l'enseignement, oral avec les élèves de l'Académie, écrit en rédigeant des dialogues. Rapidement, son école très fermée devient l'université des futurs hommes d'Etat, de guerre et bien sûr de pensée. Pour se faire une idée de l'enseignement académique, il faut relire le grand dialogue de la maturité, la République, véritable bréviaire du platonisme, grand traité d'éducation, de morale, de politique, de métaphysique, de psychologie, de musique...

Les auteurs de manuel aiment à répéter qu'à la fin de sa vie, Platon, gagné par le pessimisme, cesse de croire à la possibilité de mettre en pratique ses idées politiques. Ces doctes rabougris oublient le sourire de Platon, maître de l'humour blanc, grand ironiste devant l'éternel. Conscient que la vérité est au fond d'un puits difficile à sonder, il est le premier à se moquer de ses idées, toujours présentées comme de téméraires hypothèses. Il qualifie son Timée de roman cosmologique. Il rappelle volontiers que sa République n'est qu'un “simple jeu”.

Mais ces romans, ces mythes et ces jeux mettent sur le chemin de la vérité ou du salut. Depuis vingtcinq siècles, les philosophes les plus différents marchent avec assurance sur le chemin de la vie, guidés par un “modèle dans le ciel”, la République de Platon.

Philippe-Jean Quillien


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PLATON - Philosophe Grec (427 av. J.C. - 347 av. J.C.)

Platon naquit probablement en 427 avant J.C. et mourut aux alentours de 347 avant J.C. à l'âge d'environ 80 ans. Mais les plus anciennes biographies de lui qui nous restent datent de plusieurs siècles après sa mort : celle d'Apulée fut sans doute écrite au second siècle de notre ère et celle de Diogène Lærce, dans ses Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, pas avant le troisième siècle. Et ces ouvrages n'ont pas grand chose à voir avec ce que nous attendons de nos jours d'une biographie. Pour tout arranger, Platon ne parle pratiquement jamais de lui dans ses dialogues (il ne le fait que deux fois, l'une dans l'Apologie et l'autre dans le Phédon, chaque fois en lien avec le procès et la mort de Socrate). Mais, si nous acceptons l'authenticité de la Lettre VII (ce qui est mon cas), nous y trouvons ce qui s'approche le plus d'une autobiographie, compte tenu de la pauvreté de nos sources, bien qu'elle ne concerne que certains aspects de la vie de Platon, malgré sa date tardive (elle n'a en effet pu être écrite avant l'assassinat de Dion en -354, auquel elle fait allusion, c'est à dire à une date où Platon avait plus de 70 ans.)

Dans ces conditions, nous ne devons jamais perdre de vue que presque tout ce que nous lisons concernant la vie et la chronologie de Platon n'est le plus souvent que suppositions, hypothèses empilées sur d'autres hypothèses par des générations de commentateurs, à commencer par les anciens dont les œuvres qui subsistent sont nos sources principales.
Ceci étant, que peut-on dire de la vie de Platon ? Nous sommes à peu près sûrs qu'il naquit peu après la mort de Périclès, dans l'une des plus nobles familles d'Athènes. Il était censé descendre des rois légendaires d'Athènes par son père, et était apparenté à Solon par sa mère. Parmi ses proches parents figuraient Critias et Charmide, qui se rendirent tristement célèbres par leur participation à la tyrannie des Trente en -404.

Un des événements qui a le plus profondément marqué sa vie est sans aucun doute sa rencontre avec Socrate, à un moment donné de son adolescence, sans que nous puissions savoir exactement quand ; il devint l'un de ses familiers jusqu'au procès et à la mort de ce dernier en -399. S'il a eu d'autres maîtres dans sa jeunesse, qui ils furent et ce qu'ils lui enseignèrent, nous n'en savons à peu près rien. Mais ce qui est évident à la lecture de ses dialogues, c'est qu'il était parfaitement au courant des doctrines de la plupart des philosophes qui l'avaient précédé (ceux que nous appelons aujourd'hui les "présocratiques" et les sophistes) et avait un niveau de connaissance scientifique exceptionnel pour l'époque, particulièment dans le domaine des mathématiques.

Du fait de ses origines, il aurait dû se lancer dans la politique, mais, comme il nous le raconte lui-même dans la Lettre VII (1), sous l'influence de Socrate et désabusé par ce qu'il vit de la politique Athénienne durant sa jeunesse, notamment la tyrannie des Trente conduite par plusieurs membres de sa propre famille, et pour couronner le tout, la condamnation et l'exécution de Socrate, il en arriva à la conclusion que le sort de l'humanité était sans espoir si l'on ne commençait pas par réformer de fond en comble l'éducation des hommes, en particulier de ceux qui se destinaient à la politique, et que seule ce qu'il appelait la "philosophie" (étymologiquement, l'amitié pour la sagesse) pourrait les rendre aptes à cette tâche. En conséquence, plutôt que de risquer sa vie dans la politique active, probablement aux alentours de la quarantaine, après un premier voyage en Sicile et en Italie (où il rencontra très probablement des pythagoriciens et se lia d'amitié avec Archytas de Tarente), Platon décida d'ouvrir à Athènes une école où il se proposait de former de futurs dirigeants. Cette école prit le nom d'Académie, du nom du jardin près duquel elle était située.

À partir de ce moment, l'essentiel de la vie de Platon fut consacré à l'enseignement et à la direction de son école, si ce n'est pour deux autres voyages en Sicile, à la cour de Denys le Jeune, tyran de Syracuse, le fils du Denys dont il avait fait la connaissance lors de son premier voyage, qui était mort entre-temps. Il y fut appelé à chaque fois par des amis, au premier chef Dion, le beau-frère de Denys, pour tenter d'y mettre en pratique ses théories politiques (les deux voyages furent des échecs).

À la mort de Platon, son successeur à la tête de l'Académie fut, non pas Aristote, qui, à ce moment-là, avait été pendant près de vingt ans élève, puis professeur à l'Académie, mais Speusippe, neveu de Platon. L'Académie continua à fonctionner, sous une forme ou sous une autre, pendant près de dix siècles après la mort de Platon.

Mais il est une chose à propos de laquelle nous n'avons pas la moindre donnée objective : c'est l'histoire de la composition des dialogues et leur chronologie. Quand Platon écrivit-il chacun de ses dialogues ? Tous, ou même certains d'entre eux, furent-ils "publiés" de son vivant ? Malgré les affirmations véhémentes de la plupart des spécialistes qui tendraient à faire croire le contraire, nous devons nous résoudre à admettre que nous n'en avons pas la moindre idée !...

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Philippe-Jean Quillien Début de page
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