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Sujet Apocryphe Date 24-05-07
Titre Fragment du Discours Parfait Section publication
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Sommaire

1. Manuscrits de Nag Hammadi - Fragment du Discours Parfait
1.1 Manuscrit
1.2 I. L’Homme et le Divin
1.3 II. Prédiction sur l’Égypte et ses Dieux
1.4 III. L’Au-delà et le jugement des Âmes
1.5 Notes


1. Manuscrits de Nag Hammadi - Fragment du Discours Parfait

1.1 Manuscrit

Avant-dernier et dernier texte du codex VI, la notice du scribe et le fragment du Discours Parfait sont précédés par les Actes de Pierre et des Douze Apôtres, de la Brontè, de l’Authentikos Logos, du Concept de notre Grande Puissance, d’un fragment de la République de Platon, de l’Ogdoade et l’Ennéade et de la Prière d’action de grâces. L’état de conservation du codex est variable et ces deux textes présentent quelques lacunes sur la plupart des feuillets. Tous deux sont rédigés en sahidique, un dialecte copte, le Logos Teleios aurait été écrit en grec mais la date de sa composition est inconnue. La notice du scribe a été rédigée en copte et écrite par le même scribe qui a copié le reste du codex VI. La première publication moderne des Définitions hermétiques, préservées dans six manuscrits arméniens copiés entre le XIIIe et le XVIe siècle, eut lieu en 1956. La première traduction en langue française a été faite par le professeur Mahé en 1976, sa traduction dans ce présent volume constituant une révision de son premier travail. La langue originale de ce texte aurait été le grec, et le professeur Mahé date cette traduction en arménien du milieu du VIe siècle.

La notice du scribe est assez brève. Pour le professeur Mahé, le scribe s’adresse à des interlocuteurs qu’il connaît pour poser une question précise, il déclare hésiter sur le texte qu’il convient de recopier, désirant s’informer d’abord de voeux et des besoins des futurs lecteurs. Après avoir analysé cette notice, il émet l’hypothèse que celle-ci fournit quelques explications sur la diffusion des écrits hermétiques, la date de leur traduction copte et sur les usagers de la Bibliothèque copte de Nag Hammadi.

Le texte grec en partie perdu du Logos Teleios, et traduit en latin dans l’Asclepius, correspond aux pages 152-200 du volume. La version latine est donnée avec le texte copte et sa traduction française. Ce texte, prétendument un dialogue entre Hermès Trismégiste et son disciple Asclépius, commence avec une surprenante comparaison très explicite entre une union charnelle et la transmission de mystères sacrés (65,35). Cette association est également présente dans le texte 7 du codex VI, mais de façon beaucoup moins explicite. Suit une discussion sur l’origine et la nature de l’homme. Dans cette discussion, les humains sont dits supérieurs aux dieux, parce qu’ils sont à la fois mortels et immortels. L’immortalité s’acquiert par l’apprentissage et la connaissance. Ce passage semble être une défense du culte des idoles.

Par la suite, l’Égypte est exaltée comme étant une image du ciel (70,4-5), mais le texte prédit de terribles choses pour cette terre. Le dialogue prend prétendument place dans un passé lointain, son auteur utilise cette fiction pour donner son opinion sur des événements passés: la désacralisation de la terre d’Égypte et son abandon par les dieux (71,12-13). Dans le passage suivant, Hermès se lamente sur le monde qui deviendra bientôt un fardeau pour l’homme alors qu’il était une si belle chose (71,35-72,26). Cependant, après ces fléaux, une régénération du monde est à venir « et telle est la naissance du monde[…], le rétablissement des choses saintes et bonnes » (74,6-74,9). Le texte fini par la description du grand démon qui a été assigné « pour être inspecteur ou juge des âmes humaines » (76,24-20). En quittant son corps, l’âme monte vers le ciel où elle rencontre le grand démon. Si l’âme est bonne, elle pourra continuer son ascension, mais « les âmes qui sont entièrement remplies de méchanceté ne seront pas admises à circuler dans l’air, mais seront établies dans les lieux (relevant) des démons » et seront punies cruellement (78,24-27).

Bibliothèque copte de Nag Hammadi


Fragment du Discours Parfait (NH VI,8.8a)

Traduit du copte par Jean-Pierre Mahé

Trismégiste dialogue avec Asclépius dans le sanctuaire d’un temple égyptien . Tat et Ammon assistent silencieusement à l’entretien.


1.2 I. L’Homme et le Divin Début de page

(Le mystère de fécondité)

[…] Et si tu veux contempler la réalité de ce mystère, regarde l’image merveilleuse de l’union consommée par le mâle et la femelle : une fois arrivée à son terme, la semence jaillit. Alors , la femelle reçoit la puissance du mâle et le mâle, de son côté, reçoit pour lui la puissance de la femelle, car tel est bien l’effet de la semence !

C’est pourquoi le mystère de l’union est accompli en secret, de crainte que les deux sexes ne semblent indécents à la foule qui ne sait pas (vraiment) à quoi s’en tenir en cette matière. En effet, c’est en particulier que chacun transmet son principe générateur. Car, pour ceux qui ignorent ce qu’est (vraiment) cette œuvre, si elle se produit en leur présence, [elle devient un objet de] raillerie et d’incrédulité ! Pourtant, tout au contraire, il s’agit de mystères sacrés en paroles et en actes : non seulement on ne saurait les entendre, mais on ne saurait non plus les voir.

(La science et la gnose, remèdes de l’âme)

Aussi, les gens de cette espèce, (les ignorants), sont des blasphémateurs, des athées et des impies. Quant à ceux de l’(autre) sorte, les hommes pieux, ils ne sont pas nombreux, mais bien peu qu’on puisse dénombrer !

La raison pour laquelle la malice se rencontre en beaucoup, c’est qu’ils n’ont pas la science des choses qui existent réellement. Car la gnose des choses qui existent réellement est, en vérité, le remède aux vices de la matière. C’est pourquoi la science est issue de la gnose.

Or, quand il y a de l’ignorance et que la science fait défaut à l’âme humaine, les vices y persistent et n’ont point de remède, tandis que la malice les accompagne, à la façon d’une blessure irrémédiable. Cette blessure gangrène l’âme, qui s’empuantit, rongée aux vers par la malice.

(La création de l’homme)

Toutefois, Dieu est innocent de ces maux, car il a envoyé aux hommes la gnose et la science.

Ô Trismégiste, est-ce seulement aux hommes qu’il les a envoyées ?

Oui, ô Asclépius, il ne les a envoyées qu’à eux ! Mais il vaut la peine que nous te disions pourquoi c’est seulement aux hommes, qu’il a accordé en grâce la gnose et la science, comme leur part de sa bonté.

Maintenant donc, écoute :

Le Dieu, Père et Seigneur, a créé l’homme après les dieux, et il l’a tiré de l’élément matériel. [Comme il a] intro[duit] dans sa fabrication [la m]atiè[r]e en [quantité éga]le à s[on] s[ouff]le, les v[ice]s y demeurent. De là, ils se répandent sur son corps, car il ne saurait subsister sans user de cette matière comme nourriture, lui qui est un être vivant. Puisqu’il est mortel, il est en outre inévitable que des désirs lui viennent hors de propos et lui fassent du mal.

Mais les dieux, qui sont tirés d’une matière pure, n’ont pas besoin de science ni de gnose. Car l’immortalité des dieux est (pour eux) la science et la gnose : puisqu’ils sont tirés d’une matière pure, c’est elle qui leur a tenu lieu de gnose et de science, conformément à la Nécessité.

L’homme, au contraire, (Dieu) l’a distingué, il l’a établi dans la science et la gnose. Pour les raisons que nous avons dites avant, il a porté ces (facultés) à leur perfection afin que, grâce à elles, (l’homme) éloignât les vices et les malices d’ici-bas, selon sa (divine) volonté.

La nature mortelle de (l’homme, Dieu) l’a menée vers l’immortalité. (L’homme) est devenu bon et immortel, ainsi que je l’ai dit. (Dieu) lui a créé en effet, deux natures : l’immortelle et la mortelle ; et il est arrivé ainsi selon la volonté de [Dieu], que l’homme es[t] supér[ieur] aux dieux, car [les die]ux, pour leur part, sont (seulement) immortels, mais les hommes, eux, sont immortels et mortels à la fois.

C’est pourquoi l’homme est devenu parent des dieux, et ils ont mutuellement connaissance de leurs affaires, avec certitude. Les dieux, de leur côté, connaissent ce qui est aux hommes, et les hommes connaissent ce qui est aux dieux.

Je ne parle cependant, ô Asclépius, que des hommes qui ont reçu la science et la gnose : quant à ceux qui en sont dépourvus, il vaut mieux que nous n’en disions rien de fâcheux, car, puisque nous sommes consacrés aux dieux il nous sied de tenir des propos épurés.

Puisque nous en sommes venus à parler de la communion des dieux et des hommes, apprends, , ô Asclépius, ce que l’homme aura de puissance grâce à cela !

De même, en effet, que le Père, Seigneur du Tout, fait des dieux, ainsi l’homme, de son côté – cet être qui vit au ras du sol, ce mortel qui ressemble [également] à Dieu – lui aussi, à son tour, il fait des dieux ! Non seulement [il est fortifié], mais [il fortifie], non seulement il est divinisé, mais il fait des dieux !

Admires-tu cela, ô Asclépius, ou es-tu, toi aussi, incrédule comme la foule ?

Ô Trism[égiste, je ne trou]ve [pas] de paroles à répondre ; je te cro[is bi]en quand tu [parl]es, mais je suis [stu]péfait de [ce] que tu dis là, et je compte l’homme pour bienheureux d’avoir reçu cette grande puissance !

De fait, lui qui est plus grand que tous ces êtres, ô Asclépius, il est digne d’admiration !

Ce qui nous apparaît pour l’engeance des dieux – et nous en tombons d’accord, ainsi que tout un chacun – c’est qu’elle est tirée d’une matière pure. Leurs corps sont donc uniquement des têtes. Mais ce que les hommes façonnent, c’est la ressemblance des dieux. (Puisque) les (hommes) sont tirés du dernier élément de la matière, et que ce (qui est façonné) est issu de l’essence inférieure des hommes, non seulement ces (dieux) ont des têtes, mais aussi toutes les autres parties du corps, à la ressemblance de leurs (auteurs).

De même que Dieu a voulu que l’homme intérieur fût fait à son image, de même, pour sa part, l’homme fait des dieux sur terre, à sa ressemblance.

Ô Trismégiste, n’est-ce pas des statues que tu parles ?

Ô Asclépius, c’est toi qui parles de « statues » !

Tu vois comme, toi aussi, ô Asclépius, tu es incrédule à l’égard de la parole quand tu dis, à propos d’êtres qui ont en eux âme et souffle : «les statues » !
Elles qui accomplissent de si grands miracles !
Tu dis, à propos d’êtres qui délivrent des prédictions : « les statues » !
Elles qui causent d[es maladies et] qui les guérissent, qui [envoient] aussi les épidémies !


1.3 II. Prédiction sur l’Égypte et ses Dieux Début de page

(Départ des Dieux)

Ne sais-tu pas, ô Asclépius, que l’Égypte est une image du ciel, bien plutôt la demeure du ciel et de toutes les puissances qui sont dans le ciel ?
S’il nous convient de dire la vérité, notre pays est le temple du monde !

Il ne faut pas non plus que tu ignores qu’un temps viendra où les Égyptiens sembleront avoir déployé en vain leur zèle envers la divinité, et leur application toute entière au culte divin sera méprisé.

En effet, la divinité toute entière quittera l’Égypte et remontera au ciel, et l’Égypte sera veuve, elle sera désertée des dieux.

(Invasion étrangère)

Car les étrangers entreront en Égypte et ils domineront sur elle. L’Égypte, et, avant tout, les Égyptiens, seront empêchés de rendre un culte à Dieu. Bien plus, ils encourront le suprême châtiment, comme quiconque, parmi eux, sera pris à honorer Dieu pieusement.

Et en ce jour-là ce pays, qui est pieux au-dessus de tous les pays, se verra devenir impie. Il ne sera plus rempli de temples, mais rempli de tombeaux et il ne sera plus rempli de dieux, mais de cadavres.

Ô Égypte, Égypte !

Mais [tes dévotions] passeront pour des fables, et tes cultes divins, nul n’y croira plus, [bien qu’il s’agisse] d’œ[u]vres prodigieuses et d[e pa]roles sai[nt]es. Or, s[i] tes mots qu[i] font merveille ne sont plus que des pierres (gravées), alors le barbare l’emportera contre toi, ô Égyptien, par sa piété : qu’il soit Scythe ou Indien, ou tout autre du même genre !

Mais pourquoi même parler de l’Égyptien ?

Car ceux-ci quitteront eux-aussi l’Égypte. Une fois, en effet, que les dieux auront abandonné l’Égypte et seront remontés au ciel, alors, tous les Égyptiens périront et l’Égypte sera vidée des dieux et des Égyptiens.

Et toi, ô fleuve !

Un jour viendra où tu couleras de sang, plutôt que d’eau ; quant aux cadavres, ils iront jusqu’à s’entasser au-dessus des digues !
Pourtant, on ne pleurera pas le mort autant que le vivant : pour celui-ci, on ne le reconnaîtra comme Égyptien qu’à sa langue et en s’y prenant à deux fois – à quoi bon pleurer, ô Asclépius – car il aura tout l’air d’un étranger, d’après son comportement !

(Inversion des valeurs)

Mais la divine Égypte endurera des maux encore plus grands que ceux-là :

L’Égypte, l’amante des dieux,
la demeure des dieux,
l’école de la piété,
deviendra l’image de l’impiété !

Alors, en ce jour-là, l’univers ne sera plus admiré. […] et l’i[mp]iét[é]. [O]n n[e] l’adorera plus […] quand nous disons : « Il est aussi [b]eau que bon, et il n’y en a jamais e[u] un semblable ni (pareil) spectacle ! »

Au contraire, le voilà qui risque de devenir un fardeau pour tous les hommes.

C’est pourquoi, on le méprisera, ce monde magnifique (créé) par Dieu, œuvre qui n’a pas sa pareille, réalisation pleine de vertu, spectacle multiforme, chorégie exercée sans envie, remplie de tout objet de contemplation !

On préférera les ténèbres à la lumière et l’on préférera la mort à la vie. Personne n’élèvera plus son regard vers le ciel ; mais l’homme pieux sera compté pour fou, l’homme impie sera honoré comme un sage, le couard sera compté pour vaillant et l’on châtiera l’homme de bien comme un malfaiteur.

Quant à l’âme et aux choses de l’âme, ainsi qu’à celles de l’immortalité et au reste de ce que je vous ai dit, ô Tat, Asclépius et Ammon, non seulement on pensera qu’il s’agit là de choses ridicules, mais encore, on les bafouera. Bien plus, croyez-moi sur ce point, les (spirituels) de cette sorte encourront, pour leur vie, le suprême péril.

Une loi nouvelle sera établie : (rien de saint, rien de pieux, rien de digne du ciel ni des dieux célestes ne s’entendra ni ne se croira plus).

(Catastrophe cosmique)

Ils s’en iront alors, les génies bienfaisants, et les mauvais anges resteront avec les hommes, se joignant à eux pour les entraîner au mal en toute impudence, à l’impiété, aux guerres, aux brigandages, leur enseignant ce qui est contre nature.

En ces jours-là, la terre n’aura plus d’assise et l’on ne naviguera plus sur la mer, on ne connaîtra plus les étoiles au ciel.
Toute voix sainte ou parole de Dieu, on sera forcé de s’en taire, et l’air sera malade.
Telle est la vieillesse du monde : athéisme et déshonneur, dédain de toute parole de bien !

(Renaissance du monde)

Quand cela se produit, ô Asclépius, alors le Seigneur, Père et Dieu, Démiurge du Premier Dieu unique, commence par observer ce qui est arrivé. Puis, dressant contre les désordre, son conseil qui est le bien, il extirpe l’erreur et retranche la malice : tantôt il la consume dans un feu violent, et tantôt, il l’écrase sous les guerres et les pestilences, jusqu’à ramener [et rétablir son univers à l’état ancien], - (de sorte qu’il paraisse à nouveau digne d’adoration et d’émerveillement et que Dieu lui-même soit glorifié comme Créateur) de cette œuvre.

Telle est d[onc] la naissance du mond[e] : [le] rétablissement de la nature des choses saintes et bonnes, qui se produira par l’effet du mouvement circulaire du temps qui n’a jamais eu de commencement.

(La volonté divine)

Car la volonté de Dieu n’a pas de commencement, non plus que sa nature, qui est sa volonté. En effet, la nature de Dieu, c’est la volonté, et sa volonté, c’est le bien.

Ô Trismégiste, son conseil, est-ce sa volonté ?

Oui, ô Asclépius, puisque sa volonté est dans son conseil.

En effet, ce qu’il a, ce n’est pas dans la déficience qu’il le veut : étant de partout Plénitude, il veut ce qu’il possède en plénitude et c’est tous les biens qu’il possède. Or, l’objet de sa volonté, il le veut, et il a le bien qu’il veut ; donc il a le Tout. Ainsi, Dieu conçoit sa volonté et le monde, qui est bon, est l’image d’un (Dieu) bon.

(Hiérarchie des dieux)

Ô Trismégiste, est-ce que le monde est bon ?

Ô Asclépius, il est bon, comme je vais te l’enseigner.

De même, en effet, – (que pour tous les genres et individus qui sont au monde, tous ces bienfaits), [l’intellect, l’âme et la vi]e pr[oviennent d]e Dieu, [de même] le Soleil di[spens]e les bi[en]s [da]ns la matière : les changements de l’atmosphère, e[t la] beauté de la maturation des fruits et tout ce qu’il y a de semblable.

C’est pourquoi Dieu règne au-dessus de la cime du ciel : il est partout et regarde partout. Mais, au lieu qui est sien, il n’y a ni ciel ni étoiles ; il est bien éloigné des corps !

Quant au Démiurge, il domine le lieu qui est entre la terre et le ciel. C’est lui qu’on appelle Zeus, c’est-à-dire la Vie. Et Zeus-Ploutonios, c’est lui qui est Seigneur sur la terre et la mer. Mais il ne détient pas la nourriture de tous les vivants mortels, car c’est Korè qui porte les moissons.

Ces puissances, en tout temps, exercent leur pouvoir tout autour de la terre ; celles des autres (dieux), en [tout] temps, [sur] tout ce qui existe.

(Retour des dieux tutélaires)

Mais ils se retireront de là-bas, les Seigneurs de la terre, et ils s’établiront dans une ville située à l’extrémité de l’Égypte, que l’on construira du côté du soleil couchant : tous les hommes y entreront soit ceux qui arriveront par mer, soit ceux qui arriveront par la terre ferme !

Ô Trismégiste, pour l’instant, ces (dieux-là), où seront-ils établis ?

Ô Asclépius, dans la grande ville qui est sur la montagne [de Libye] . (Mais en voilà assez sur cette question).


1.4 III. L’Au-delà et le jugement des Âmes Début de page

(Ne pas craindre la mort)

[Il nous faut maintenant parler de la mort, car la mort effraie la foule] [comme le] plus gra[nd m]a[l, par] ignoranc[e] de la réali[té]. En fait, la mort survient com[me] le détachement des souffrances du corps, et une fois accompli le nombre (d’années imparties) [aux jointures] du corps. Le nombre est en effet la jointure du corps, et le corps meurt quand il ne pe[u]t plus soutenir l’être humain.

Voici donc ce qu’est la mort : dissolution du corps et suppression de la sensibilité corporelle. Il ne faut craindre ni l’une ni l’autre, mais bien plutôt ceci, que l’on ignore par incrédulité.

(Le jugement)

Qu’est-ce donc, [ô Trismégiste], que l’on ignore et qui laisse incrédule ?

Écoute, ô Asclépius !

Il y a un Grand Démon que le Grand Dieu a préposé comme inspecteur ou juge des âmes humaines. Or, Dieu l’a installé au milieu de l’air, entre la terre et le ciel. Quand donc l’âme sortira du corps, inéluctablement, elle rencontrera ce Démon.

Alors, il fera rebrousser chemin à cet (homme), l’examinant sur la façon dont il aura agi durant sa vie : et, s’il trouve qu’il a accompli avec piété toutes les œuvres en vue desquelles il est venu au monde, cet (homme)-là, il le placera (dans la région qui lui sied) […] le fait retourner […] […] Mais s’[il voit], […] qu’un tel (homme) a passé sa vie dans les œuvres [mauvai]ses, il l’attrape au moment où il prend son essor ve[rs] les hauteurs, et il le précipite vers le bas, en sorte que le voilà suspendu dans le ciel inférieur, où on lui inflige un grand châtiment ;

(L’enfer aérien)

Or, cet (homme)-là sera privé de son espérance, demeurant en grande affliction : et cette âme-là n’a pu trouver assiette ni sur terre, ni dans le ciel, mais elle a abouti dans la mer aérienne, là où il y a un grand feu, avec de l’eau glacée, ainsi que des traînées de flammes et un grand tourment, où les corps se voient supplicier, jamais semblablement entre eux : tantôt ils sont précipités dans des eaux courantes, tantôt ils sont jetés au fond du feu, qui doit les anéantir.
Toutefois, je ne dirai pas que c’est là la mort de l’âme – car voilà qu’elle serait délivrée du mal – mais c’est là une sentence de mort.

Ô Asclépius, il faut croire à ces (peines), et tu dois bien les redouter, de crainte que nous n’y tombions. Car, pour les incrédules, ils sont impies et ils pèchent. Mais après, ils seront contraints d’y croire. En effet, il n’y aura plus seulement des discours à entendre, mais ils subiront la réalité même : aussi bien, ils ne croyaient pas [qu]‘ils endureraient cela !

(Équité des sentences)

N’est-ce pas seulement (la loi humaine qui punit les péchés des hommes, ô Trismégiste) ?

Tout d’abord, [ô Asclépius], tou[t] ce q[ui est ter]restre est [mortel ] e[t] corps […] [ q]ui sont mauvais. Toute forme [qui ], est bo[n]ne auprès des gens de cette sorte.

Car les choses de ces lieux-ci, ne ressemblent pas à celles de là-bas. Comme les génies […] les hommes, méprisent […] de là-bas n’est pas de même espèce. Mais, en réalité, les dieux de ce lieu-(là) puniront spécialement le (coupable) qui est resté caché ici-bas, lui infligeant chaque jour un rude châtiment.

Ô Trismégiste, de quelle nature est l’impiété la plus gr[ande] ?

Ne penses-tu donc pas, ô Asclépius, que si quelqu’un vole un objet dans un temple, il se comporte en impie, – car c’est un brigand que l’(homme) de cette espèce, et un voleur – et de cette affaire-là, dieux et hommes en sont affligés ?

Mais les choses d’ici-bas et celles de l’autre lieu, ne les compare pas entre elles !

(Supplice des âmes perverses)

Or, je veux te tenir ce propos comme un mystère, car il ne recevra absolument aucun crédit : les âmes qui sont entièrement remplies de méchanceté ne seront pas admises à circuler dans l’air, mais seront établies dans les lieux relevant des démons qui ont abondance de supplices. En tout temps ils sont pleins de sang et de meurtre et leur nourriture, c’est les larmes, le deuil et le sanglot !

Ô Trismégiste, qui sont-ils ?

Ô Asclépius, ceux qu’on appelle les « Étrangleurs » et ceux qui roulent les âmes du haut des collines vers le bas, et ceux qui leur donnent le fouet, qui les jettent à l’eau, qui les jettent au feu, et qui travaillent aux tourments des hommes et à leur malheur !

Car ces (maux)-là ne sont pas conçus d’une âme divine, ni d’une âme raisonnable et humaine, mais ils sortent du plus mauvais de la malice.

(La piété, unique sauvegarde)

[Or, il n’y a qu’une seule sauvegarde, et qui est de soi nécessaire, c’est la piété ; car sur l’homme pieux, saint et vénérable, ni mauvais génie, ni Fatalité ne sauraient jamais dominer ou avoir prise ! Dieu, en effet, protège de tout mal l’homme qui est ainsi véritablement pieux. Le seul et unique bien parmi les hommes, c’est la piété].


1.5 Notes

[ ] correction ou restitution par l'éditeur moderne
{ } suppression par l'éditeur moderne
( ) ajout par l'éditeur moderne
# # suppression par le scribe
/ / ajout par le scribe
† † passage corrompu

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Auteur
Eric Début de page
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