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Sujet Apocryphe Date 24-05-07
Titre L’Apocryphon de Jean Section publication
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Sommaire

1. L’Apocryphon de Jean
1.1 Cadre Narratif
1.2 Enseignement sur l’Invisible
1.3 Enseignement sur le monde archontique
1.4 Enseignement sur l’homme
1.5 La tripartition de l’humanité
1.6 Au sujet de l’âme
1.7 L’Origine de l’esprit contrefait
1.8 Perspectives d’avenir
1.9 Épilogue
1.10 Notes
2. Bibliographie
3. Textes et Encartés
3.1 Table des matières des sujets


Avant-propos

L’Apocryphon de Jean (BG, 2)
Traduit du copte par Bernard Barc

Les personnes qui s’intéressent au gnosticisme sont souvent frappées par l’appropriation des textes bibliques par certains auteurs gnostiques. Ces récits sont souvent revisités, transformés et réinterprétés afin de leur donner de nouvelles valeurs. Cependant, certaines fois, le texte en question peut être simplement soumis à une exégèse audacieuse et non conventionnelle. Quelle qu’en soit l’approche, le livre de la Genèse paraît être une source extrêmement privilégiée, particulièrement en ce qui concerne ses premiers chapitres. Dans son introduction à l’Hypostase des archontes, le professeur Barc soutient que l’auteur de ce texte a utilisé comme source une version réécrite de la Genèse; source également utilisée par les auteurs de l’Écrit sans titre sur l’origine du monde, et de l’Apocryphon de Jean, deux autres textes découverts eux aussi à Nag Hammadi.

L’Hypostase des archontes est le quatrième traité du codex II de Nag Hammadi. Il est précédé de l’Apocryphon de Jean, l’Évangile de Thomas et l’Évangile de Philippe, et est suivi de l’Écrit sans titre sur l’origine du monde et de l’Exégèse de l’âme. Ce texte est très bien conservé, avec quelques lacunes mineures. Il est rédigé en sahidique, un dialecte copte, mais l’original aurait été écrit en grec. Le professeur Barc soutient que ses liens avec la pensée de Philon permettent de rattacher cet écrit à la communauté juive d’Alexandrie. Quant à la date, il y a lieu de faire une distinction entre la première rédaction, témoin d’une gnose encore purement juive, et qui a pu être rédigée dans la première moitié du deuxième siècle et la rédaction christianisée (deuxième rédaction) qui peut être datée de la deuxième moitié du IIe siècle.

BCNH - La Bibliothèque copte de Nag Hammadi


Plérôme : Terme grec qui signifie « plénitude » et qui, dans cette acception, appartient à la langue classique. On le relève une quinzaine de fois dans le Nouveau Testament. On le rencontre aussi dans le néo-platonisme tardif, par exemple chez Damascius (au moins trois fois). Mais c’est le gnosticisme qui lui a donné valeur technique (et qui a influencé chrétiens et néo-platoniciens, qui s’en défendent).

Il n’est pas facile de discerner le sens technique du sens banal : on parle du plérôme de la divinité, c’est-à-dire de sa plénitude ; du plérôme du Christ, c’est-à-dire de l’abondance de ses dons ; du plérôme des temps, c’est-à-dire de leur accomplissement ; du plérôme universel, c’est-à-dire de la totalité des êtres. En fait, le sens gnostique transparaît dans toutes ces expressions.

Il y a plérôme là où l’unité et l’intégralité des principes spirituels commandent la constitution du monde ou le déroulement de l’histoire du salut ; là encore où se révèle dans le temps, notamment aux époques privilégiées (les « derniers temps »), le dessein complet de la sagesse divine. Le plérôme englobe l’Un-et-Tout qui fonde l’expérience, organise ses éléments, répartit ses médiations ; il embrasse tout ce qui concourt et contribue à la création, à sa cosmologie (dualisme du monde d’en haut qui est lumière et du monde d’en bas qui est ténèbres), à sa chronologie (divisions du temps, détermination astrologique des ères favorables ou défavorables), à la sotériologie qui accompagne l’ontologie (chute dans le monde des corps, retour au monde des esprits).

C’est probablement dans la doctrine de Valentin, gnostique égyptien (sous le règne de l’empereur Hadrien), que la notion de plérôme est le mieux exposée. Valentin emprunte à Platon (Timée, 37 c sqq.) son opposition de l’éternité et du temps, de l’Entité immuable, vivante (durée supratemporelle) et des entités mobiles (celles qui président aux périodes cosmiques) ; le plérôme, réunion de toutes les entités, ressemble au monde intelligible qui contient les prototypes du réel. Basilide, gnostique alexandrin (IIe s.), fait du plérôme le monde de l’Esprit pur (qu’il subordonne à un dieu-qui-n’est-pas, à un absolu placé au-dessus de la catégorie de l’être).

Henry Duméry


Éons : L’âme, dans ce voyage céleste, remonte vers l’origine d’où elle était descendue en ce bas monde. L’ascension suppose une descente : l’âme, consubstantielle au monde divin, est tombée ici-bas. Peut-on dire que cette représentation soit propre au gnosticisme et que celui-ci serait caractérisé par l’idée d’une dégradation du divin ? Il s’agit certes d’un thème commun à tous les systèmes du gnosticisme. Du Dieu transcendant, inconnu, indicible, émane un monde divin ou Plérôme, constitué d’un certain nombre d’entités (généralement appelées « éons », c’est-à-dire « mondes » ou « périodes » hiérarchisées et groupées en couples (syzygies) comprenant une puissance masculine et une puissance féminine. Cette représentation mythique ne doit pas être comprise grossièrement : elle sert à désigner un processus analogue à la génération du Logos par la Pensée divine dans la théologie chrétienne orthodoxe. Ce Plérôme est complet en lui-même et fermé par la Limite (Horos). Le dernier éon, en général de nature féminine, appelé Sophia par les Valentiniens, Barbelo ou Mère des vivants par d’autres gnostiques, est envahi par la « passion », c’est-à-dire qu’il est victime d’un désir désordonné. Selon les Valentiniens, la Sophia a voulu voir l’infinité du Père transcendant, alors qu’elle en est incapable. Ce désordre l’entraîne hors du Plérôme, elle devient la Sophia Achamoth, la Mère du Démiurge, du Créateur du monde sensible.

Le royaume spirituel (pleroma) est composé d’une succession d’éons (en grec « émanations ») qui procéderaient d’un être divin primordial. L’éon Sophia (en grec « sagesse ») aurait donné naissance à un démiurge (identifié au Dieu de l’Ancien Testament), auteur de l’univers matériel – essentiellement mauvais – dans lequel sont emprisonnées les âmes humaines, appartenant à l’origine au royaume spirituel. L’éon Christ s’est uni à l’homme Jésus pour apporter à l’humanité la connaissance rédemptrice (gnosis) du royaume divin. Seuls les êtres humains les plus spirituels, les gnostiques eux-mêmes, sont pleinement en mesure de recevoir la révélation et de retourner par là-même au royaume divin après leur mort. Les autres chrétiens ne peuvent atteindre que le royaume du démiurge ; les païens, plongés dans l’existence matérielle, sont voués à la damnation éternelle.

Eric - Infologisme.com


1. L’Apocryphon de Jean
1.1 Cadre Narratif Début de page

Jean et Arimanias

Cela arriva pendant l’un de ces jours où Jean, frère de Jacques – les fils de Zébédée – était monté à Jérusalem. Alors qu’il était monté au Temple, un pharisien du nom d’Arimanias s’approcha de lui et lui dit : « Où est ton maître, celui que tu suivais ? » Jean lui dit : « Il est retourné dans le lieu d’où il était venu. » Le pharisien lui dit : « Ce nazôréen vous a entraînés dans l’erreur et vous a empli les oreilles de [mensonges] Il a fermé [vos coeurs et] vous a détournés des traditions de vos p[ères]. »

Jean s’interroge sur l’invisible

Lorsque j’entendis ces propos, je me détournai du Temple, me dirigeant vers la montagne, vers un lieu désert.

J’étais très affligé en mon coeur et je disais : « Comment le Sauveur a-t-il donc été mandaté ? Pourquoi a-t-il été envoyé dans le monde par son Père qui l’a envoyé ? Qui est son Père ? Et de quelle nature est cet éon vers lequel nous irons ? » Il nous a dit que cet éon où nous sommes avait reçu l’empreinte de cet éon incorruptible où nous irons, mais ne nous a pas instruits de ce dernier en nous disant de quelle nature il était ?

Jean a la vision de l’Invisible

A cet instant, alors que je pensais à cela, les cieux s’ouvrirent, la création entière s’illumina d’une lumière apparue en [dessous des] cieux et le monde [entier fut ébranlé]. Je fus effrayé et [je me prostern]ai.

Et voici que m’[apparut] un enfant, puis [il changea] d’apparence prenant celle d’un vieillard – en qui [il y avait] une lumière. – [Je regard]ai, mais sans [comprendre] ce prodige.

S’agissait-il d’une [Idée] aux formes multiples – [dans la] lumière – dont les formes [avaient été manifestées] les unes par les autres ? [Ou bien] s’agissait-il d’une [Idée] unique qui aurait un triple aspect ?

Le triple message du Sauveur

Cette apparition me [dit] : « Jean, pourquoi es-tu perplexe et [es-tu effrayé ?] Tu n’es [pas] étranger à [cette Id]ée. Ne sois pas pusil[lanime]. »

« Je suis avec [vous en] tout temps. Je suis [le Père], je suis la Mère, je suis [le F]ils. Je suis celui qui existe éternellement, celui qui est sans souil[lure et sans] mélange. »

« [Je suis venu] maintenant t’instruire [de ce] qui est, ce [qui a] été et ce qui doit [ad]venir afin que tu [connaisses] les choses invisibles comme [les] choses visibles, et [t’instruire] aussi au sujet de [l’Homme] parfait.

« Maintenant donc lève ton [visage], écoute et [écris ce que] je te dirai aujourd’hui [afin de] l’envoyer, toi-même, [à tes] compagnons spirituels qui sont [issus de] la race inébran[lable de] l’Homme parfait. »

1.2 Enseignement sur l’Invisible Début de page

L’Esprit-Père

La Monade, c’est l’Esprit-Père

J’[interrogeai] alors afin de penser noéîn et il me dit :

« [la Mona]de étant une monarchie, sur laquelle ne s’exerce aucun pouvoir, – elle est le Di[eu et] Père de toutes choses, [le] Saint, l’Invisible [établi] au-dessus de toute chose, [établi] dans son Incorruptibilité, [établi dans] cette lumière pure que que la lumière oculaire ne peut regarder. Il est l’Esprit. – »

Ce que l’Esprit est dans l’Invisible

Il n’est pas convenable de le penser comme dieu ou en des termes similaires, car il est plus qu’un dieu. Il est un pouvoir au dessus duquel n’existe aucun pouvoir, car rien n’existe avant lui.

– Il n’a pas non plus besoin de ce qui vient après lui : il n’a pas besoin de « Vie », car il est éternel. –

Il n’a pas besoin de quoi que ce soit, car il est imperfectible, dans la mesure où il n’a pas de manque qui le rende perfectible. Il est au contraire totalement parfait en tout temps. – Il est lumière. –

Il est l’illimité car nul n’existe avant lui pour le limiter. Il est l’indistinct car nul n’existe avant lui pour lui imposer une distinction. Il est l’incommensurable car personne d’autre ne l’a mesuré, qui existe avant lui. Il est l’invisible car nul ne l’a vu, lui cet Éternel toujours existant. Il est l’indicible car nul n’existe qui l’appréhende de façon à le dire. Il est l’innommable car il n’est personne qui existe avant lui pour le nommer. – Il est la lumière incommensurable, sans-mélange, sainte et pure, – Il est l’indicible parfait et incorruptible.

L’Esprit n’est pas soumis à la tripartition du réel

Il n’est ni perfection, ni béatitude, ni divinité, mais une réalité supérieure à ces notions.

Il n’est ni infini ni limité, mais une réalité supérieure à ces notions. je Il n’est ni corporel ni incorporel, ni grand ni petit, et ne peut être quantifié. Il n’est pas une créature.

Nul ne peut non plus le penser noeîn, car il ne fait partie de rien de ce qui existe, mais est une réalité supérieure à ce qui existe, non du fait de sa supériorité, mais en lui même.

Il ne peut faire partie d’un Éon car le temps n’existe pas pour lui. En effet, celui qui fait partie d’un Éon, d’autres ont préparé cet éon pour lui. Et le temps ne lui a pas été imposé comme mesure puisqu’il n’a pas reçu d’un autre qui le mesure.

Et il est sans besoin car il n’y a absolument personne avant lui ; c’est à lui même qu’il adresse ses demandes. – C’est dans la perfection de la lumière, qu’il pensera noeîn la lumière sans mélange ! –

Comment l’Esprit se manifeste dans le visible

Majesté incommensurable !
Éternel, dispensateur d’éternité !
Lumière, dispensateur de lumière !
Vie, dispensateur de vie !
Bienheureux, dispensateur de béatitude !
Connaissance, dispensateur de connaissance !

– Éternellement Bon dispensateur de bien, faiseur de bien, non à la mesure de ce qu’il possède mais à la mesure de ce qu’il dispense. Grâce qui dispense une grâce ! Don qui dispense un don ! Lumière incommensurable ! –

La Mère

L’Esprit est la tête des Éons

Que te dirai-je au sujet de cet être insaisissable ? Qu’il est l’Idée de la lumière ! Dans la mesure où je peux le penser noeîn. – car qui pourra jamais le penser noeîn ! – je pourrai t’en parler en ces termes :

Son Éon est incorruptible, en quiétude, se reposant en silence. Lui, l’Esprit existe avant toute chose. Il est la tête de tous les Éons,

– Existe-t-il quelque chose d’autre auprès de lui ! Nul d’entre nous ne connaît gar ce qui concerne cet Incommensurable hormis celui qui a habité en lui. C’est lui qui nous a dit ces choses. C’est Lui qui se pense noeîn lui-même dans sa propre lumière qui l’entoure. C’est lui qui est la source d’eau vive, la lumière pleine de pureté.

Barbèlô, manifestation de l’Unique-pensée du Père

La source de l’esprit s’écoula, venant de l’eau vive de la lumière. Et il présida les choeurs de irrigua tous les éons et des mondes.

En toutes leurs formes il pensa noeîn sa propre ressemblance en la contemplant dans l’eau de lumière pure qui l’entoure. Et son unique-pensée ennoia devint réalité, se manifesta et se tint devant lui, dans le issue du flamboiement de la lumière.

Telle est la puissance antérieure à toutes choses et qui a été manifestée.

Telle est la pré-pensée pronoia parfaite de toutes choses, à la fois lumière, idée ? de la lumière et ressemblance de l’invisible.

Telle est la puissance parfaite, Barbèlô, l’éon parfait de la gloire glorifiant l’esprit pour l’avoir manifestée. Et le pensant noeîn, elle est sa première-pensée protennoia, sa ressemblance.

Elle devint un homme primordial qui est l’esprit virginal : triple mâle à la triple puissance, triple nom, triple engendrement, éon non vieillissant, androgyne sorti de la pré-pensée pronoia de l’esprit.

Les dix Éons du Père

Et Barbèlô demanda à l’Esprit que « lui » soit donnée une Prescience. Et il fit un signe d’assentiment. Lorsqu’il eut fait un signe d’assentiment Prescience se manifesta, se tint auprès d’Unique-pensée Ennoia, – c’est-à-dire de Pré-pensée Pronoia, – glorifiant l’Invisible « Esprit » et la Puissance parfaite, Barbèlô, car c’est par son intervention que ces émanations sont venues à l’existence.

A nouveau cette Puissance, Barbèlô, demanda que lui soit donnée l’incorruptibilité. Et il fit un signe d’assentiment. Lorsqu’il eut fait un signe d’assentiment, Incorruptibilité se manifesta. Elle se tenait auprès d’Unique-pensée Ennoia et de Prescience, glorifiant l’Invisible et Barbèlô car c’est par son intervention qu’elle est venue à l’existence.

Elle demanda que lui soit donnée la vie éternelle. Il fit un signe d’assentiment. Lorsqu’il eut fait un signe d’assentiment, Vie-éternelle se manifesta. Et elles se tenaient toutes trois glorifiant l’Esprit et Barbèlô puisque c’est par l’intervention de celle-ci qu’elles sont venues à l’existence, – par la manifestation de cet invisible Esprit. –

Telle est la pentade des Éons du Père qui constitue l’Homme primordial. Telle est la ressemblance de l’Invisible qu’est Barbèlô associée à Unique-pensée Ennoia, Prescience, Incorruptibilité et Vie-éternelle.

Telle est la pentade androgyne qui compose la décade des Éons du Père celle qui constitue le Père inengendré agénètos.

Le Fils

L’enfantement du Fils dans le silence

Barbèlô regarda intensément vers l’Esprit, vers la lumière pure. Elle se tourna vers elle (voir III) et enfanta une étincelle de lumière bienheureuse, mais qui ne lui était pas égale en grandeur.

Tel est l’Unique-engendré Monogénètos issu du Père, tel est le Dieu Engendré-de-lui-même Autogénètos,

le Fils premier-engendré Protogénètos ? de tous ceux de l’Esprit, de la lumière pure. (voir III)

Alors l’Esprit invisible se réjouit au sujet de la lumière qui était venue à l’existence, qui était apparue dans la première Puissance, sa Pré-pensée Pronoia, Barbèlô. Et il oignit ce Fils de sa Bonté afin qu’il soit parfait et qu’il n’y ait en lui aucune déficience de Bonté puisqu’il l’a oint de la Bonté. C’est l’Invisible Esprit qui a versé sur lui cette Bonté.

Et le Fils reçut l’onction de l’Esprit vir[ginal] et se tint en [sa présence] glorifiant l’[invisible] Esprit par qui il a été manifesté et la Pré-pensée Pronoia parfaite.

Du silence à la Parole

Et le Fils demanda que lui soit donné « un partenaire », l’intellect Noûs. L’invisible Esprit fit un signe d’assentiment et Intellect Noûs se manifesta à lui et se tint auprès du Christ glorifiant l’invisible Esprit ainsi que Barbèlô.

Toutes les oeuvres qui précèdent ont été produites en silence et en Unique-pensée Ennoia.

L’invisible Esprit voulut alors faire une oeuvre. Sa Volonté devint une oeuvre, elle se manifesta et se tint auprès d’Intellect Noûs – et de la Lumière, – le glorifiant.

Le Verbe suivit la Volonté, car c’est par le Verbe que le Christ a créé toute chose, lui le Dieu Engendrement-de-lui-même Autogénès.

Quant à Vie éternelle et Volonté ainsi qu’Intellect noûs et Prescience ils se tinrent glorifiant l’invisible Esprit et Barbèlô car c’est d’elle qu’ils sont issus.

Le Christ est institué comme médiateur

Donc le Fils atteignit la perfection par l’intervention de l’Esprit.

– Lui le Dieu Engendrement-de-lui-même autogénès éternel, Fils de Barbèlô, lui qui s’est tenu en présence de l’Esprit invisible éternel et virginal,

– Lui le Dieu Engendrement-de-lui-même autogénès, le Christ, que l’Esprit avait magnifiquement honoré parce qu’il était issu de sa Première-Pensée Protennoia,

– Lui que l’invisible Esprit a établi comme Dieu sur le Tout, Dieu véritable.

L’Esprit lui donna tout pouvoir et fit en sorte que la Vérité qui est en lui lui fut soumise afin qu’il pense noeîn toutes choses lui dont le nom ne sera dit qu’à ceux qui en sont dignes.

La Tétrade des Luminaires

C’est de la lumière – qu’est le Christ – et de l’Incorruptibilité, par « le don » de l’Esprit, que les quatre grands lu[minaires] furent manifestés hors du Dieu Engendrement-de-lui-même au[togé]nès pour se tenir auprès du Fils en tant que triade composée de Volonté, Unique-pensée Ennoia et Vie, alors que la tétrade est composée de Grâce, Compréhension, Perception et Sagacité.

Les douze Éons du Fils

La Grâce du premier luminaire Armozèl, l’ange de lumière, est dans le premier éon ; avec lui sont trois éons : Grâce, Vérité, et Forme.

Le deuxième luminaire, [Oro]iaèl, a été établi sur le deuxième éon ; avec lui sont trois éons : Pré-pensée Pronoia, Perception, et Mémoire.

Le troisième luminaire, Daveithé, a été établi sur le troisième éon ; avec lui sont trois éons : Compréhension, Amour [et Idée].

Quant au quatrième lumi[naire, El]èlèth, il a été établi sur le quatrième é[on] ; avec lui sont trois éons : Perfection, Paix et Sagesse.

Tels sont les quatre luminaires qui se tiennent auprès du Dieu Engendreur-de-lui-même autogénétôr.

Tels sont les douze éons qui assistent l’Enfant, le grand Christ Engendreur-de-lui-même autogénétôr, par le bon vouloir du divin Esprit invisible. Ces douze éons sont ceux du Fils, de l’Engendré-de-lui-même autogénétos par qui toutes choses ont été établies par la volonté de l’Esprit saint, par l’intermédiaire de l’Engendrement-de-lui-même autogénès.

Le Modèle de l’humanité

La manifestation de l’Homme parfait

C’est de la Prescience et de l’Intellect parfait, « par le don et » le bon vouloir du grand Esprit invisible et le bon [vouloir] de l’Engendrement-de-lui-même autogénès, que provient l’Homme [par]fait véritable, le premier manifesté.

L’Esprit l’appela Adam. Et il l’installa sur le premier éon, près du grand Dieu, le Christ Engendreur-de-lui-même autogénétôr auprès du premier éon d’Armozel. accompagné de ses puissances. Et l’Esprit invisible lui donna une puissance intellectuelle noéron invincible.

L’Homme parfait dit alors : « Je glorifie et bénis l’Esprit invisible. »

« C’est par toi que tout a existé et vers toi que tout retourne.
Je te bénis,
Toi, l’Engendrement-de-lui-même Autogénès et les Éons,
Triade,
Père, Mère et Fils,
Puissance parfaite ! »

Le modèle de l’humanité séthienne

Et l’Homme parfait installa son fils Seth sur le deuxième « éon près du deuxième » lumi[naire Oro]iaèl.

Dans le tro[isième] éon fut installée la [sem]ence de Seth, – les âmes des saints qui sont éternelles – dans le troisième luminaire, Daveithaï.

Dans le quatrième éon enfin furent installées les âmes de ceux qui ont eu connaissance de leur perfection et n’ont pas été prompts à se repentir, mais sont restés temporairement dans cet état puis se sont finalement repentis. C’est auprès du quatrième luminaire, Elèlèth, que ceux-là resteront, lui qui se les est adjoints pour la glorification de l’invisible Esprit.

1.3 Enseignement sur le monde archontique Début de page

L’impétuosité de la Sagesse

Donc, Notre consoeur la Sagesse – qui est un éon – conçut une pensée de son propre chef. Pensant l’Esprit et la Prescience, elle voulut en manifester l’Idée par elle-même sans que l’Esprit se soit levé avec elle pour l’assister, sans même qu’il ait fait un signe d’assentiment, sans même que son conjoint, le virginal Esprit mâle, ait donné son consentement.

C’est donc sans avoir trouvé celui qui parle d’une seule voix avec elle qu’elle donnera son consentement ; c’est sans le bon vouloir de l’Esprit et sans que celui qui parle d’une seule voix avec elle n’en ait eu connaissance qu’elle s’élança au dehors.

A cause de l’impétuosité qui est en elle, sa pensée ne pouvait être inopérante. Alors son oeuvre sortit, imparfaite, laide d’aspect, parce qu’elle l’avait faite sans son conjoint. Et cette oeuvre n’était pas non plus à la ressemblance maternelle mais d’une forme autre.

La Sagesse installe Ialdabaoth comme démiurge

La Sagesse vit, à la réflexion, que son oeuvre était l’empreinte d’une autre forme – avec une face de serpent et une face de lion et des « yeux » brillants de feu. – Alors [elle] la chassa loin d’elle, [hors] de ces lieux, afin qu’ aucun des Immortels ne la voient parce qu’elle l’avait enfantée par ignorance.

Elle jumela son oeuvre à une nuée lumineuse. et plaça au milieu de la nuée un trône afin que nul ne voit cette oeuvre excepté l’Esprit saint que l’on nomme « Vie », la mère de tous.

Et elle lui donna son nom : « Ialdabaôth ». C’est lui le Premier Archonte. C’est lui qui déroba une grande puissance à la Mère.

Ialdabaoth se fabrique son propre Éon

Il s’écarta d’elle, s’éloigna du lieu de sa naissance, s’empara d’un autre lieu et se créa un éon flamboyant d’un feu lumineux, celui dans lequel il se tient maintenant.

Les puissances du monde inférieur

Alors il s’accoupla avec la folie aponoia qui l’accompagne, et engendra les autorités qui lui sont inférieures, douze anges affectés chacun à son éon propre, conformément au modèle des éons impérissables.

Et il créa pour chacun des douze anges, sept anges. et pour ces anges, trois puissances, de sorte que le total de ceux qui lui sont inférieurs est de trois cent soixante êtres angéliques, auxquels s’ajoute sa triple puissance conçue à la ressemblance du premier modèle qui existe avant lui.

Les noms doubles des douze premiers anges

En conséquence, lorsque ces autorités ont été manifestées par l’Engendreur principal, Premier Archonte de la ténèbre, c’est de l’ignorance de celui qui les a engendrées qu’elles ont reçu leur nom.

Le premier nom est Iaôth.
Le deuxième est Hermas, « l’oeil du feu ».
Le troisième est Galila.
Le quatrième est Iôbêl.
Le cinquième est Adônaios.
Le sixième est Sabaôth.
Le septième est Kaïnan et Kaê, celui que l’on nomme Kaïn, c’est-à-dire le soleil.
Le huitième est Abiressiné.
Le neuvième est Iôbêl.
Le dixième est Harmoupiaêl.
Le onzième est Adônin.
Le douzième est Bélias.

Tous ces autorités ont donc des noms différents qui leur viennent de la convoitise et la colère. Mais ce sont des noms différents doubles qui ont été donnés à celles-ci et Leurs seconds noms leur ont été donnés par la gloire du ciel, et manifestent véritablement leur nature.

Et Saklas les a appelés des noms qui précèdent mélangeant de la folie à leur puissance. Par ces derniers, par moments, ils déclinent et s’affaiblissent. Par les autres, au contraire, ils acquièrent force et croissent.

Sept anges règnent sur les cieux et cinq sur le Chaos

Et le Premier Archonte commanda à sept rois de régner sur les cieux et aux cinq autres de régner sur le Chaos infernal.

Les noms de gloire de ceux qui dominent sur les sept cieux sont les suivants :

Le premier est Iaôth à l’aspect de lion.
Le deuxième est Elôaios à l’aspect d’ âne.
Le troisième est Astaphaios à l’aspect de hyène.
Le quatrième est Iaô à l’aspect de serpent à sept têtes.
Le cinquième est Adônaios à l’aspect de dragon.
Le sixième est Adôni à l’aspect de singe.
Le septième est Sabbataios à l’aspect de flamme de feu lumineux. Telle est l’hebdomade du Sabbat ! Tels sont ceux qui gouvernent le monde !

De la hiérarchie du monde archontique

Quant à Ialdabaôth Saklas, lui qui s’identifie à cette forme multiple de sorte qu’il se manifeste lui-même en tout visage en fonction de son désir, il a réparti entre eux une portion du feu qui est sien et de sa puissance. Mais de cette lumière pure de la Puissance qu’il a dérobée à la Mère, il ne leur en a pas donné. C’est ainsi qu’il a été pour eux un Christ, à cause de la [gloire qui est en] lui, et qui lui vient de la puissance [de la lu]mière de la Mère. C’est pour [cette raison qu’il] s’est fait lui-même proclamer Dieu, se montrant ainsi désobéissant envers l’entité dont il était issu.

Les noms doubles des sept Puissances

Et Ialdabaôth jumela aux Puissances sept Pouvoirs. Par sa parole ils existèrent. Et il leur donna un nom. Il installa les Puissances en commençant par le haut :

Le premier Pouvoir donc est Pré-pensée pronoia, auprès de la première Puissance, Iaôth.
Le deuxième est Divinité, auprès de la deuxième, Eloaiôs.
Le troisième est Messianité, auprès de la troisième, Astaphaiôs.
Le quatrième est Jalousie, auprès de la quatrième, Iaô.
Le cinquième est Royauté, auprès de la cinquième, Sabaôth.
Le sixième est Com[préhension, au]près de la sixième, Ad[ôni].
Le septième est Sagesse, auprès de la septième, Sabbataiôs.

Ces Puissances possèdent un firmament correspondant à chaque ciel et un éon conçu à la ressemblance des éons primordiaux, sur le modèle des Immortels.

Le blasphème de l’Archonte

Ialdabaôth vit donc la création qui est au-dessous de lui ainsi que la foule des anges qui sont au-dessous de lui et sont issus de lui. Il leur dit : « Je suis un Dieu jaloux ! En dehors de moi il n’en existe point d’autre ! »

Par là, il signifie aux anges qui sont au-dessous de lui qu’il existe un autre Dieu, car s’il n’en existait pas d’autre de qui serait-il jaloux ?

La Sagesse portée

La Mère commença alors à être portée car elle perçut que sa déficience était due au fait que son conjoint n’avait pas été en accord avec elle lorsqu’elle s’était assombrie en perdant sa perfection.

Et moi, Jean, de dire : « Ô Christ, que signifie elle fut portée ? » Lui alors rit et dit : « Penserais-tu que ce soit dans le sens où l’a dit Moïse : elle était portée au dessus des eaux ? » Non ! mais voyant le mal et la révolte qui adviendraient de par son fils, elle se repentit, et faisant un va-et-vient dans la ténèbre de l’ignorance elle commença à avoir honte. Elle ne s’aventure pas à l’extérieur mais fait un va-et-vient. Son aller et sa venue c’est ce que signifie « être portée ».

Sagesse est placée dans le neuvième Éon

Lorsque l’impudent Archonte déroba de la puissance à la Mère, il ignorait que ceux qui sont supérieurs à sa Mère sont multitude. Il disait en effet de sa Mère qu’elle seule existait. Voyant la foule immense des anges qu’il a créés il s’exaltait au dessus d’eux. Lorsque la Mère comprit que l’avorton de la ténèbre était imparfait parce que son conjoint n’avait pas été d’accord avec elle, elle se repentit. Elle versa d’abondantes larmes. Alors son conjoint entendit la prière de sa repentance. Ses frères intercédèrent en sa faveur et l’Esprit saint invisible fit un signe d’assentiment et ayant fait un signe d’assentiment, l’Esprit invisible répandit sur elle un Esprit venu de la Plénitude. Son conjoint descendit vers elle afin de redresser ses déficiences.

C’est avec circonspection qu’il voulut redresser ses déficiences, aussi ce ne fut pas dans son propre Éon qu’elle fut replacée, mais, à cause de l’ignorance extrême qu’elle a manifestée, elle se trouve dans le neuvième éon jusqu’à ce qu’elle ait redressé sa déficience.

1.4 Enseignement sur l’homme Début de page

Manifestation de l’Homme primordial

Et une voix parvint à Sagesse qui disait : « il existe, l’Homme et le fils de l’Homme ». Le premier Archonte Ialdabaôth entendit la voix mais pensait que celle-ci ne venait pas [d’en haut]. Alors le Père saint et parfait, l’Homme primordial, les [instrui]sit sur lui-même en prenant la forme ? d’un homme. Le Bienheureux leur manifesta son Idée ? - et l’Archontat entier des sept Puissances se pencha et vit dans l’eau l’empreinte de la ressemblance.

La création de l’homme psychique

Les Puissances se dirent les unes aux autres : « Créons un homme qui soit à la ressemblance ? de Dieu et à l’apparence ? ». Elles créèrent leur oeuvre par une action conjointe avec toutes leurs Puissances. Elles modelèrent d’une part un modelage d’après elles-mêmes et [chac]une des pui[ssances] et, à partir de la Puissance, créèrent d’autre part l’â[me]. Elles créèrent cette âme d’après la ressemblance qu’elles avaient vue, comme une imitation de celui qui existe depuis le commencement, l’Homme parfait.

Elles dirent : « Nommons-le Adam afin que le nom de celui-ci et sa puissance deviennent pour nous lumière. »

L’homme psychique est à la ressemblance des Puissances

Et les Puissances procédèrent en commençant par l’intérieur : la première, Divinité, ce qu’elle fit est une âme d’os. La deuxième, Messianité, une âme de nerf. La troisième, « Jalousie », une âme de chair. La quatrième, Pré-pensée pronoia, une âme de moelle et qui constitue toute l’organisation du corps. La cinquième, Royauté, une âme de [sang]. La sixième, Compréhension, une âme de peau. La septième, Sagesse, une âme de cheveux. Et c’est ainsi qu’ elles organisèrent le corps entier.

Alors leurs anges les assistèrent et réalisèrent à partir de ce qui avait été précédemment préparé par les Puissances comme support de l’âme, l’ordonnancement harmonieux des membres. Et c’est ainsi que fut créé le corps entier, mis en ordre par la multitude des anges dont je t’ai parlé précédemment. Ce corps demeura inerte un long moment car les sept Puissances ne purent le mettre debout pas plus que les trois-cent soixante autres anges qui avaient procédé [à l’ordonnan]cement [des membres].

La Puissance de la Mère dérobée par les Puissances est donnée à Adam

Alors la Mère [voulut reprendre] la puissance qu’elle avait donnée à l’Archonte fruit de son impétuosité Elle sortit en innocence et adressa une supplique au Père de Tous dont la miséricorde est abondante, au Dieu de lumière. Et il envoya, par décision sainte, l’Engendrement-de-lui-même autogenès et les quatre luminaires sous l’apparence d’anges du Premier Archonte.

Ils lui prodiguèrent des conseils dans le but d’extirper de lui la puissance de la Mère. Ils lui dirent : « Souffle dans son visage de l’esprit qui est en toi et l’oeuvre se mettra debout ! » Il insuffla de son esprit dans celle-ci – c’est-à-dire de la puissance qui vient de la Mère – et son oeuvre se mut [aussitôt].

Alors le [reste des] autorités [fut jal]oux de Ialdabaoth, car c’était par elles toutes que l’homme avait existé, et elles donnèrent à celui-ci leurs propres puissances. et il devint ainsi possesseur des âmes des sept autorités et de leurs puissances. Sa sagesse devint supérieure à toute la leur et supérieure à celle du Premier Archonte.

Adam est entraîné vers la matière

Ialdabaoth et ses autorités comprirent que l’homme s’était dépouillé de la méchanceté en devenant plus sage qu’eux et qu’il avait accédé à la lumière. Il le prirent alors et l’entraînèrent vers les régions inférieures de l’immense matière.

L’envoi de la « Pensée d’en haut »

Le bienheureux Père, bienfaiteur miséricordieux, manifesta sa compassion envers cette puissance [de la Mère qui avait été soustrai]te au [premier Arch]onte. afin qu’elle exerce son pouvoir sur le corps - Lui, plein de pitié, envoya l’Esprit bienfaisant, comme aide pour celui qui était descendu en premier et qui avait été appelé Adam. Cet Esprit est Pensée-supérieure Epinoia de la lumière, celle qu’Adam a nommée « Vie ».

C’est elle qui assiste toute créature, peine avec elle, la redresse en vue de la perfection de son propre temple, l’instruit de la descente de sa déficience et lui enseigne sa remontée.

Et Pensée-supérieure Epinoia de la lumière était cachée en lui afin que les Archontes ne perçoivent pas sa présence, mais que notre soeur [la Sagesse qui est sem]blable à nous corri[ge] ses déficiences grâce à Pensée-supérieure Epinoia de la lumière.

Le modelage de l’Adam matériel

L’homme devint donc lumineux à cause de l’ombre de la lumière qui est en lui. Et sa pensée devint supérieure à celle de ses créateurs. Et, s’étant penchés vers lui, ils virent que l’homme leur était devenu supérieur.

Ils tinrent alors conseil avec tout le corps angélique des Archontes et le reste de leurs puissances. Alors le « souffle » et la terre furent mélangés à l’eau et à la flamme ; ils les assemblèrent au moyen des quatre vents au souffle brûlant, les unissant ensemble. [Provoquant une gr]ande confusion. [ils introduisirent ] l’homme à l’ombre de la mort.

Ils firent donc un remodelage, une nouvelle fois, mais à partir de terre, d’eau, de feu et de souffle, c’est-à-dire à partir de matière, de ténèbre, de désir et d’Esprit contrefait.

Le voilà le lien ! Le voilà le tombeau du modelage du corps dont ils ont revêtu l’homme comme d’un lien matériel ! La voilà, la descente primordiale et la séparation primordiale ! Mais l’Unique-pensée ennoia de la lumière primordiale qui est en l’homme, voilà celle qui éveille sa pensée !

Le Paradis de l’Archonte

Le premier Archonte prit l’homme et le plaça dans ce Paradis, dont il disait qu’il est délices pour lui, mais c’est afin de le tromper, car leurs délices sont amères, et leur beauté perverse. Leurs délices sont tromperie et leur arbre, impiété. Leur fruit est un poison incurable et leur promesse est mort pour lui.

Les arbres du Paradis

A propos de leur arbre qu’ils ont planté en prétendant qu’ il est l’arbre de la vie, je vous enseignerai le mystère de leur vie. Ce mystère, c’est l’ Esprit contrefait envoyé par eux afin d’égarer l’homme de sorte qu’il ne pense noein pas sa perfection.

Cet arbre est ainsi fait : Sa racine est amère, ses branches sont ombres de la mort. Son feuillage est haine et tromperie. Son huile est onction de perversité et son fruit désir de la mort. Sa semence ne s’abreuve que d’« obscurité ». Ceux qui goûtent à cet arbre, leur lieu - d’habitation est l’Hadès.

Quant à l’arbre qu’ils disent être « - pour connaître le bien et le mal », c’est la Pensée-supérieure Epinoia de la lumière. C’est à propos de celle-ci qu’ils ont donné le commandement de « ne pas goûter », c’est-à-dire de ne pas lui obéir puisque ce commandement a été édicté contre l’arbre afin que l’homme ne regarde pas en haut, vers sa perfection et qu’il ne comprenne pas qu’il est nu de sa perfection.

Mais c’est Moi qui les ai redressés pour qu’ils mangent !

Quel est le rôle du serpent ?

Je lui dis : « Christ ! N’est-ce donc pas le serpent qui a enseigné la femme ? » Il sourit et dit : « C’est le serpent qui lui a enseigné la procréation faite de désir, de souillure et de corruption, car elles sont choses utiles pour lui même ».

Qu’est-ce que l’oubli ?

Et le Premier Archonte sut que Pensée-supérieure de la lumière ne lui obéirait pas parce qu’elle était plus intelligente que lui. Aussi désira-t-il reprendre la puissance qui lui avait été retirée au profit d’Adam. Et il jeta un oubli sur Adam.

Je lui dis : « Christ ! qu’est-ce que l’oubli ? » Alors il me dit : « Ne l’interprète pas comme le dit Moïse : « il l’a fait dormir » , mais comprends qu’il voila les sens d’Adam d’un voile et l’appesantit d’insensibilité. Car le Premier Archonte a parlé par la bouche du prophète en disant : « J’appesantirai les oreilles de leur coeur pour qu’ils ne comprennent pas et ne voient pas. »

Le modelage de la femme

Pensée-supérieure Epinoia de la Lumière s’était auparavant cachée en Adam et de par sa volonté, le Grand Archonte désira l’en faire sortir au moyen de la côte. Mais comme Pensée-supérieure Epinoia de la Lumière est un être insaisissable, l’obscurité, bien qu’elle l’ait poursuivie, ne put la saisir.

Le Grand Archonte décida donc de faire sortir la Puissance hors d’Adam en faisant à nouveau un modelage en forme de femme et mit ainsi « cette » femme debout devant Adam. Cela ne se passa donc pas comme l’a dit Moïse : « il prit une côte », mais il fit la femme auprès de lui.

Adam sort de l’oubli et reconnaît Epinoia

A cet instant Adam fut dégrisé de l’ivresse de l’obscurité, car Pensée-supérieure Epinoia de la Lumière retira - le voile qu’il avait sur le coeur. Aussitôt qu’il connut sa propre essence. Il dit : « Maintenant c’est bien un os de mes os et de la chair de ma chair ! C’est pourquoi, l’Homme quittera son Père et sa Mère, s’unira à sa femme et ils deviendront, eux deux, une chair unique ». – c’est dire que le conjoint de la Mère sera envoyé et que la déficience de celle-ci sera redressée. – C’est pourquoi Adam la nomma « Mère de tous les Vivants ».

Pensée-supérieure instruit Adam

Par décision de la Souveraineté d’en haut et par la révélation qu’elle lui délivra, Pensée-supérieure Epinoia enseigna à Adam la connaissance. qui provient de l’arbre du même nom, sous la forme d’un aigle. Elle lui apprit à manger la connaissance, afin qu’il se souvienne de sa perfection – car tous deux avaient subi la chute de l’ignorance.

Adam et Pensée-supérieure chassés du Paradis

Yaldabaoth comprit qu’Adam et sa femme s’écartaient de lui, et les maudit.

Il ajouta aussi à l’adresse de la femme que son mari la dominerait, sans connaître le mystère qui s’était produit par décision sainte d’en haut. Mais eux eurent peur de le maudire et de manifester son ignorance à tous ses anges.

Il les chassa donc du Paradis et il les revêtit d’une morne obscurité.

1.5 La tripartition de l’humanité Début de page

Caïn et Abel

Ialdabaoth vit alors la vierge qui se tenait près d’Adam. Il fut rempli d’ignorance et voulant susciter d’elle une semence, il la souilla et engendra un premier fils, ainsi qu’un deuxième : Yaoué à visage ours et Eloim à visage de chat. L’un est juste et l’autre est injuste. Eloim est le juste et Yaoué l’injuste. Le juste, il l’a établi sur le feu et l’esprit ; l’injuste, il l’a établi sur l’eau et la terre. - C’est eux que toutes les générations des hommes ont nommés Caïn et Abel.

Jusqu’à aujourd’hui, l’union matrimoniale instituée par le Premier Archonte a existé. Il a semé en Adam un désir sexuel de sorte que - la copie à laquelle donne naissance ce désir, à l’instigation de leur « Esprit » contrefait, soit de même nature que celle instituée par l’Archonte.

Quant aux deux Archontes Eloeim et Iaoué il les a installés sur des principautés afin qu’ils gouvernent sur le tombeau.

Seth

Adam connut celle qui est de même nature que lui et engendra Seth d’après le modèle de la race qui est en haut dans les éons.

C’est de cette façon que la Mère a envoyé celui qui est sien. Pour elle, l’Esprit descendit afin d’éveiller celle qui est de même nature que lui, conçue d’après le modèle de la plénitude, pour qu’à son tour celui-ci éveille les hommes de l’oubli et de la malice du tombeau.

Et ainsi Seth demeura un temps. Il oeuvra en faveur de la semence de Pensée-supérieure Epinoia afin que lorsque l’Esprit viendra des éons saints il les ? établisse hors de la déficience de façon à restaurer l’Éon pour qu’il soit dans une perfection sainte, et soit donc sans déficience.

1.6 Au sujet de l’âme Début de page

Le sort du parfait

Je dis alors : « Christ ! les âmes de tous les humains vivront-elles dans la lumière pure ? » Il me dit : « Tu es parvenu à penser ennoia des choses importantes qu’il est difficile de dévoiler à d’autres qu’à ceux qui appartiennent à cette race inébranlable. »

Ceux sur qui l’Esprit de vie vient après qu’ils se soient unis à la Puissance, seront sauvés et parfaits et seront dignes de monter vers ces grands luminaires. Ils seront en effet dignes d’être purifiés là haut de tout mal et des attirances de la perversité puisqu’ils ne se sont appliqués à rien d’autre qu’à promouvoir ce rassemblement incorruptible. Ils se souciaient de celui-ci sans colère, ni jalousie, ni crainte, ni désir, ni avidité. Ils n’étaient affectés par aucune de ces passions, ni par aucune autre, mais seulement par la chair. pendant qu’ils s’en servent, guettant le moment où ils en sortiront et seront reçus par les contrôleurs dans la dignité de la vie éternelle incorruptible et de l’appel, endurant tout, supportant tout, pour mener à son terme le combat et hériter de la vie éternelle.

Le parfait malgré lui

Je dis : « Christ ! si elles n’ont pas accompli cela, qu’adviendra-t-il des âmes vers lesquelles la Puissance et l’Esprit de vie seront descendus afin de les sauver ? »

Il me dit : « Celles en lesquelles cet Esprit entre, en tout état de cause, vivront, car elles sont hors d’atteinte du mal. La Puissance entre en effet en tout homme ; car sans elle il ne pourrait tenir debout. C’est après que l’âme ait été engendrée que lui est amené l’Esprit de vie. Lorsque ce vigoureux Esprit de vie est venu il fortifie la Puissance, c’est-à-dire l’âme, et elle ne s’égare plus vers le mal.

Mais au contraire ceux dans lesquels l’Esprit contrefait descend sont attirés par celui-ci et tombent dans l’erreur. »

Je dis alors : « Christ ! Les âmes de ceux-ci, lorsqu’elles sortiront de la chair, où iront-elles ? »

Il rit et dit : « Vers un lieu destiné à l’âme, c’est-à-dire à la Puissance qui l’a emporté sur l’Esprit contrefait. Cette âme est forte. Elle fuit les oeuvres mauvaises et, grâce à l’incorruptible protection, elle est sauvée et accède au repos des Éons. »

Le sort des non-gnostiques

Je dis alors : « Christ ! Ceux qui n’ont rien connu, qu’en est-il de leurs âmes. Où iront-elles ? »

Il me dit : « Un Esprit contrefait a multiplié les pressions contre celles-ci quand elles ont trébuché et par cette méthode il accable leur âme, l’oriente vers les oeuvres mauvaises et l’entraîne dans l’oubli. »

Ainsi après qu’elle se soit dénudée, l’Esprit contrefait la livre aux Autorités qui relèvent de l’Archonte. A nouveau, ces Autorités les jettent dans des liens et elles tournent avec elles jusqu’à ce qu’elles soient délivrées de l’oubli, que l’âme acquiert la connaissance et atteigne ainsi la perfection et soit sauvée.

Le salut des non-gnostiques

Je dis alors : « Christ ! Comment l’âme peut-elle devenir petite de plus en plus petite ? et retourner dans le sein de la Mère ou de l’Homme ? »

Lorsque je l’eus interrogé, il se réjouit et dit : «  Bienheureux es-tu d’être capable d’intelligence ! » c’est dans ce but de les délivrer que ces âmes sont remises à l’autre âme que l’Esprit de vie habite. En faisant route avec elle et en lui obéissant, elle est sauvée sans qu’elle ait besoin de retourner dans une autre chair.

Les gnostiques renégats

Je lui dis : Christ ! ceux qui ont accédé à la connaissance puis se sont détournés, que deviennent leurs âmes ?

Il me dit : « Elles iront vers le lieu dans lequel - les anges de la pauvreté reconduisent ceux pour qui la repentance métanoia n’est pas venue et ils y seront gardés en vue du jour de leur châtiment. » Quiconque a blasphémé l’Esprit saint sera torturé dans un châtiment éternel.

1.7 L’Origine de l’esprit contrefait Début de page

L’engendrement de le Fatalité

Je dis alors : « Christ ! D’où est venu l’Esprit contrefait ? »

Il me dit : « Après que la Mère riche en miséricorde assistée de l’Esprit saint miséricordieux qui a peiné avec nous en tant que Pensée-supérieure épinoia de la lumière unie à la semence, eut éveillé la pensée des hommes de la race de l’homme parfait, lumière éternelle, le Premier Archonte apprit que cet homme avait été transféré dans les hauteurs de leur sagesse. » Il voulut s’approprier leur plan de salut. Du fait de son ignorance il ne savait pas qu’ils sont plus sages que lui.

Le Premier Archonte élabora un plan avec ses Puissances. Ils engendrèrent Fatalité. et lièrent au moyen de mesure, de temps et de moments, les dieux des cieux, les anges, les démons et les hommes. afin que tous soient pris dans le lien de cette Fatalité qui règne sur chaque chose. – dessein mauvais et pervers ! –

Le Déluge

Et le Premier Archonte se repentit à propos de tout ce qui était venu à l’existence par son action. Il tint conseil en vue de provoquer un déluge sur tout l’édifice humain. Mais la grandeur de Pré-pensée pronoia – Pensée-supérieure épinoia de-la-Lumière – en instruisit Noé qui l’annonça aux hommes. Mais ils ne le crurent pas.

Cela ne se passa pas comme Moïse l’a dit : « Il se cacha dans une arche ». Mais Pensée-supérieure le mit à l’abri dans un lieu.

Ce n’est pas seulement Noé mais aussi des hommes de la race inébranlable qui allèrent vers un lieu. Ils se mirent à l’abri au moyen d’un nuage de lumière. Et Noé connut la Souveraineté d’en haut lui et ceux qui sont avec lui dans la lumière qui avait brillé pour eux parce que la ténèbre s’était répandue sur tout chose sur la terre.

L’union des anges et des filles des hommes

L’Archonte élabora un plan avec ses anges et ils envoyèrent leurs anges vers les filles des hommes afin de susciter d’elles une progéniture, pour leur plaisir.

Et n’y étant pas parvenus la première fois, ils prirent tous la décision de faire l’Esprit contrefait en se remémorant l’Esprit qui était descendu.

Alors les anges changèrent « leur » propre apparence en celle de « leurs époux », afin que, passant pour leurs époux, ils remplissent celles-ci de l’esprit qui leur est associé dans la ténèbre qui provient du mal.

Ils leur apportèrent de l’or, de l’argent, des présents et des métaux de bronze et de fer et de toutes sortes. Ils les induisirent en tentation afin qu’elles ne se souviennent plus de leur Pré-pensée pronoia inébranlable. Ils les possédèrent et elles enfantèrent des fils issus de la ténèbre, issus de leur Esprit contrefait.

Cet Esprit ferma les coeurs de ces fils et ils devinrent durs de la dureté même de l’Esprit contrefait jusqu’à maintenant.

Que soit donc bénie la Mére-Père à l’abondante miséricorde, qui reçoit forme dans sa semence !

1.8 Perspectives d’avenir Début de page

Je suis d’abord monté vers l’Éon parfait, mais je te dis ces choses maintenant pour que tu les mettes par écrit et les transmettes à tes compagnons spirituels en secret, car ce mystère est celui de la race inébranlable.

La Mère est descendue une autre fois avant moi, ce qu’elle a fait dans le monde c’est de restaurer sa semence, mais moi je vous enseignerai ce qui adviendra ! En effet je t’ai transmis ces choses pour que tu les écrives et qu’elles soient conservées en sécurité.

Il me dit alors : « Maudit soit quiconque échangera ces écrits contre un présent, contre de la nourriture, de la boisson, un vêtement ou autre chose du même genre. »

1.9 Épilogue Début de page

Aussitôt après avoir confié ce mystère à Jean, le Christ devint invisible pour lui. Alors celui-ci vint vers les disciples, ses compagnons, et commença à leur dire les paroles qui lui avait été dites par le Sauveur.

La révélation secrète de Jean.

1.10 Notes

[ ] correction ou restitution par l’éditeur moderne
{ } suppression par l’éditeur moderne
( ) ajout par l’éditeur moderne
# # suppression par le scribe
/ / ajout par le scribe
† † passage corrompu

2. Bibliographie Début de page

Bernard Barc, Université de Lyon (France)

1980 : L’Hypostase des archontes Traité gnostique sur l’origine de l’homme, du monde et des archontes (NH II,4) [B. Barc], suivi de Noréa (NH IX,27,11-29,5) [M. Roberge]

Le traité enseigne la vérité sur les puissances qui possèdent le pouvoir et qui ont autorité sur le monde. Le récit commence par l’affirmation du démiurge, le chef des archontes, qui s’attribue les mots prononcés par le Dieu de la Bible: « Je suis Dieu, il n’y en a pas d’autres ». Cependant il existe un autre pouvoir que le sien, mais il l’ignore. Ce pouvoir blâme le démiurge et le fait tomber dans le chaos. A cet instant, « l’incorruptibilité » regarde vers les eaux primitives et « son image apparut dans les eaux, et les puissances des ténèbres la désirèrent, mais ne purent saisir cette ressemblance » (87,14-25). Les archontes créèrent alors un homme à son image, Adam, qui reçut aussi l’esprit venant du royaume supérieur. Après lui avoir amené tous les animaux et tous les oiseaux pour qu’il les nomme, ils l’amenèrent au jardin d’Éden, où ils essayèrent de lui retirer l’essence divine qu’il avait reçue. Or, cette essence devint une femme « la mère des vivants » (89,15). Les puissances la désirèrent et voulurent la violenter, mais elle se transforma en arbre, et leur présenta seulement son ombre. Cette ombre devint « la femme charnelle » (90,2), l’Ève biblique, la femme d’Adam. La femme spirituelle pris la forme du serpent et, sous cette forme, instruisit Ève sur le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Ève et Adam croquèrent le fruit de l’arbre, malgré l’interdiction des archontes. Ils furent chassés du jardin d’Éden comme dans la Genèse. Cependant, le chef des archontes est présenté ici comme un être ignorant, jaloux et effrayant. Le récit se poursuit avec l’histoire de Caïn et Abel, après qu’Ève eu donné naissance à Seth. Contrairement à la version « canonique » de la Genèse, elle met également au monde une fille, Noréa. Les archontes fous de jalousie essayèrent de détruire l’espèce humaine. Noréa chercha alors refuge chez Noé. A cet instant-là, l’archonte essaya de la posséder, elle cria pour demander de l’aide (93,1-2). L’ange Eleleth descendit des cieux pour se porter à son secours. A partir de son arrivée, Noréa s’exprime désormais à la première personne et le texte prend la forme d’un discours de révélation. Elle interroge Eleleth sur la nature et l’origine des archontes, sur sa propre nature et sur le temps qu’il reste avant la libération des « fils de la lumière » (97,14). L’ange raconte à Noréa la création de Samæl (le démiurge) par Sophia et son abandon. Il raconte aussi les actions de Zoé (vie), la fille de Sophia, et la repentance du fils de Samæl, Sabaoth. Le professeur Barc souligne que ces dernières révélations proviennent d’une source différente de celle du début du texte et que ces deux sources ne sont pas complètement en accord l’une avec l’autre. Le récit prend fin avec la discussion de la venue de « l’Homme véritable » (96,33-34) qui enseignera la vérité et libérera les élus, qui « monteront vers la lumière illimitée » (97,8).

Dans son introduction et son commentaire, le professeur Barc souligne que l’Hypostase des archontes serait le résultat d’un travail de synthèse à partir de deux sources principales. Le rédacteur, tout en respectant scrupuleusement le schéma traditionnel d’enseignement sur l’origine de l’homme, enrichit celui-ci en fusionnant avec lui une version gnostique des premiers chapitres de la Genèse. Il la considère comme la forme authentique de la révélation sur les origines, et dont la Genèse canonique ne serait que la version falsifiée. Cette dépendance à la Genèse est si fortement marquée dans l’Hypostase des archontes que certains commentateurs ont cru pouvoir faire de la première partie de cet écrit une paraphrase de la Genèse. Il démontre que les choses sont en fait plus complexes, si le rédacteur se réfère en effet directement à ce texte, il en reproduit cependant une version corrigée. Le professeur Barc présente un schéma anthropogonique de l’Hypostase des archontes, de l’Apocryphon de Jean et de l’Écrit sans titre. Il établi ainsi, grâce à la mise en lumière des éléments communs aux trois écrits, que les rédacteurs des ces traités ont utilisé la même Genèse « véritable ».

Le professeur Barc appelle le deuxième texte, qui a inspiré la seconde partie de l’Hypostase des archontes, la source théogonique. La complexité de la situation de l’Apocryphon de Jean rend incertaine l’utilisation par son auteur de cette source, mais il est certain que le rédacteur de l’Écrit sans titre l’a exploitée. Le professeur Barc par sa comparaison de l’Hypostase des archontes avec l’Écrit sans titre, arrive à restituer une partie de la source théogonique. Il la soumet à une analyse détaillée qui lui permet de mieux comprendre l’intention des rédacteurs lorsqu’ils intervenaient pour la remanier. Il démontre les liens existant entre la source théogonique et la philosophie de Philon d’Alexandrie, grand exégète et philosophe juif. Cette organisation bipolaire du monde archontique rappelle, en effet, les spéculations de Philon sur les deux hypostases divines les plus vénérables et les plus anciennes, le Créateur et le Seigneur.

Le Professeur Barc démontre que la présence de contradictions à l’intérieur même de l’Hypostase des archontes peut être imputée au dernier rédacteur, qui aurait retravaillé la première édition. Il confirme que cette première édition serait le produit d’un gnosticisme juif, la deuxième édition serait, quant à elle, l’oeuvre d’un rédacteur chrétien. Ce deuxième rédacteur n’a pas beaucoup altéré la partie du texte dérivant de la Genèse « véritable ». Cependant, il a effectué de nombreux changements dans les sections venant de la source théogonique, ce qui reflète ainsi une vue chrétienne de l’histoire.

Ce volume présente également le texte Noréa, un court poème, étudié par le professeur Michel Roberge. Noréa est le second texte du codex IX de Nag Hammadi, où il est précédé de Melchisedek et suivi du Témoignage véritable. Ce texte est écrit en sahidique, un dialecte copte.

Le récit commence par le cri de Noréa vers la Triade céleste (27,11-22a). Elle reçoit la révélation du Noûs Adamas et la faculté d’enseigner de façon à pouvoir, en se sauvant elle-même, porter aux hommes le message du salut (27,22b-28,12a). Prêchant parmi les hommes sans déchoir de sa nature spirituelle, elle rassemble une communauté d’élus et glorifie le Père, qui par son intervention, leur a donné le salut (28,12-23). Elle est gratifiée dès ici-bas de la vision du Plérôme, et elle est assurée d’y revenir par l’intercession de ses quatre défenseurs, les luminaires de l’Autogène veillant sur l’homme intérieur qu’elle construit en chacun des élus.

Dans son commentaire, le professeur Roberge discute du caractère poétique du traité. Il s’agit d’un hymne célébrant Noréa, figure de la femme spirituelle. Par son cri, elle personnifie la prise de conscience du gnostique menacé par la corruption matérielle. Également, par la révélation dont elle est dépositaire, elle résume l’instruction que l’âme spirituelle assure à l’homme intérieur, l’Adamas qui est au sein de tous les élus. Il estime que ce traité, de par sa forte cohérence, nous assure de son intégralité. Il suppose cependant que ce genre d’écrits se prêtait, comme d’autres hymnes gnostiques, à être incorporé à des ensembles rédactionnels plus vastes, sans jamais cesser toutefois de constituer une unité littéraire relativement autonome. Il établi également que le traité de Noréa contient suffisamment d’informations pour permettre de reconstituer, au moins dans ses grandes lignes, le mythe d’origine qui lui est sous-jacent. Son système est apparenté à ceux de l’Apocryphon de Jean, du Livre sacré du Grand Esprit invisible et des Trois Stèles de Seth. Enfin, il identifie et explique les différentes entités nommées dans l’hymne.

Ce volume contient les deux textes coptes, établis par les professeurs Bernard Barc et Michel Roberge, accompagnés de leurs traductions françaises, ainsi qu’une introduction et un commentaire pour chacun des textes. Il contient également une bibliographie, un index grec, copte et des noms propres.

1981 : Colloque international sur les Textes de Nag Hammadi (Québec, 25 août 1978)


3. Textes et Éncartés

3.1 Table des matières des sujets Début de page

Apocryphe, Gnose, Gnostique, je cherche dans le dico...
Bible, Écrits canoniques et apocryphes
Les anges et les démons judéo-chrétien et islamique
Manuscrits de Nag Hammadi et d’autres Bibliothèques

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Eric Début de page
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